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| consacré à Benoîte Groult le 22 mai, 2000, à la société de gens de lettres, Paris
Josiane Savigneau l'a présentée comme "la femme du siècle" dans le sens où elle incarne le siècle. Née en 1920 entre la liberté des années folles et l'étouffement provoqué par Vichy, sa vie et son oeuvre sont " la parfaite illustration de la dialectique du consentement des femmes à leur propre assujettissement ". Elle a voté pour la première fois à l'âge de 25 ans seulement. Elle a connu la contraception et l'avortement interdits, puis leur légalisation (grâce en partie à elle-même, une des premières signataires de la pétition "j'ai avorté" dite "des 343 salopes"). C'est dans sa chair et son âme qu'elle a pris conscience des injustices faites aux femmes et la soumission les contraignant. Elle a aussi vécu "le réveil de la moitié de l'humanité". C'est elle qui a expliqué l'action des filles de Bobigny (c.a.d. celles qui manifestaient pour la légalisation de l'avortement) à leurs propres mères, car Benoîte Groult avait l'âge des mères, tout en étant de tout coeur avec les jeunes filles. Cette
féministe, qui a été éduquée au cours Ste Clotilde et non au lycée,
dont la mère avait pour amis Cocteau et Marie Laurencin, a affirmé
que "naître en tant que féministe c'était un peu comme naître tout
court". Dans un message lu pendant le colloque, Sylvianne Agacinski, la philosophe, reconnaît avoir eu tort de ne pas avoir été dès le début d'accord pour un des autres grands combats de Groult : la féminisation des noms de métiers. Elle a rectifié le tir depuis, mais notons qu'Elisabeth Badinter (autre intervenante) se prononce toujours contre. Benoîte Groult a aussi milité pour le droit au plaisir pour les femmes... ce qui n'allait pas de soi pour une femme de son âge et de son rang social ! Elisabeth Badinter évoque au cours du colloque une émission télévisée lors de la dernière nuit de "l'année internationale de la femme" où Groult a été copieusement insultée par Jean Cau et se souvient d'avoir pensé "Quel courage elle a ! ". Pour Badinter, Groult est "un bon petit soldat qui a lutté pour montrer que l'heure de la soumission et de l'auto flagellation féminine sont révolues " Benoîte Groult souligne, quant à elle, "qu'il faut que la mauvaise conscience change de camp ". Toujours selon Badinter, avec Benoîte Groult, qui a écrit "Disons-le tout net, mes chéris, votre panoplie n'a rien de séduisante ; c'est mou, c'est froid, ça a quelques poils comme les derniers cheveux d'un chauve... "la dérision aussi change de camp ! Badinter a également comparé Simone de Beauvoir et Benoîte Groult. Alors que Badinter se défend d'être parmi ceux qui nient à une femme sans enfants le droit de parler de la maternité, (elle estime, au contraire que Beauvoir, justement pour ne pas les avoir vécus, a pu parler d'autant plus brillamment du mariage et de la maternité), elle reconnaît que seule Benoîte Groult a su joindre la réflexion juste à l'expérience vécue. Selon Badinter, de Beauvoir est géniale (la seule fois où Badinter était en retard à la fac c'est lorsque, obnubilée par la lecture du Deuxième Sexe elle a raté son arrêt de bus), mais son style universitaire n'est pas très accueillant. Tandis que Benoîte Groult n'a pas hésité à manier l'humour dans ses écrits féministes et ses idées. C'est elle à qui l'on doit "avant, les femmes voulaient donner des enfants a leur mari. Maintenant, elles veulent donner un père à leurs enfants ". Benoîte
Groult est auteure (elle-même tient à cette féminisation, qu'elle
a inventée) (1)
Un de mes slogans préférés à Beijing 95 fut : « Respect des
Nota
de notre journaliste : Après 3h de conférence intéressante tenue
par quatre intervenants (dont trois femmes) devant une audience
à 95% féminine, le premier à prendre le micro fut un mec, qui s'est
adressé à Boris Cyrulnik, seul intervenant masculin. « M. Cyrulnik
a parlé des Taliban et je voudrais préciser que..." or, ce n'est
pas M. Cyrulnik qui a évoqué les Taliban, mais Mme Badinter.
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