Cet été, ce fût un tsunami gaie sur Montréal.
Ce n'est pas moi qui le dis. C'est Mado.
Oups, pardon : Madame Mado. Vous la connaissez sans doute ?
On parle d'elle dans le génial bouquin Génération
Arc-en-ciel de Cécile Bailly et Grib Borreman.
Mado : c'est la Grande Dame des nuits Montréalaises. Et
je ne vous dis pas ça parce que, je ne sais pourquoi, l'entrée
m'a été gentiment offerte par la "caissière"
de son cabaret pour son unique soirée MadOlympique. Moments
magiques : les chanteuses du Boulevard des Rêves qui viennent
y finir la soirée en plein orage déferlant sur le Village.
Notre Marais de chez nous mais à l'échelle du continent
Américain !

Je vais vous
la présenter Mado : c'est tout simplement la reine des
Drag Queens !
Et moi, j'aime les Drag Queens. Pas que moi. Toutes les lesbiennes,
paraît-il, aiment les Drag Queens. C'est Mado qui le dit. Mado,
c'est une coquine qui a rempli une rue entière - fort larges
et longues tout là-bas - avec son Mascara, la nuit des drags
lors de la semaine de la DiversCité et des 1ers
Outgames mondiaux Montréal 2006.
Ce même soir, il y avait la cérémonie de clôture
des Outgames. Elle a sans doute contribué à vider le
stade olympique. Beaucoup trop chère la cérémonie,
il faut bien le dire ! Et un peu plate sans doute.
Arrivée à ce point du récit, je vous dois quelques
explications : les Fées m'ont demandé de raconter
mes vacances. Pas facile à décrire un tsunami gaie…
Imaginez juste un instant le délire : la semaine de la
DiversCité à cheval sur les Outgames.
La DiversCité, c'est notre marche des fiertés, puissance
j+7 - des spectacles renversants et des partys étourdissantes.
En plein air et partout avec une marche de nuit ! La marche,
là-bas, on la regarde d'abord passer. C'est toutes les assoces
qui défilent. Des gaies alcoolos aux gaies panthères
grises, roses,…, d'Air Canada. Interminable ! Le public ne s'y
engouffre qu'en queue.
Les Outgames, c'est les premiers Outgames mondiaux LGBT - 12000 athlètes
venus participer aux jeux olympiques LGTB (soit plus qu'aux JO d'Athènes
en 2004) et une foultitude de touristes gaies.
C'est 12000 corps beaux comme des dieux et déesses grecques
exposés à la boulimie de sortie des Montréalais,
après et avant leur long hiver. C'est la célébration
en parfaite harmonie du droit à la différence dans le
respect absolu de l'individu. Onze jours avec la présentation
de compétition dans 35 disciplines. De quoi envoyer le pape
définitivement en enfer !
Et Mado emportant la foule de lesbiennes… Madame la cabotine qui ne
met pas moins de 32 tenues à faire pâlir de jalousie
Mme De Fontenay… pour présenter les 32 revues de ses filles
toutes plus belles les une que les autres.
Madame raconte partout que les lesbiennes voudraient avoir des jambes
de Drag Queens. Garanties sans un gramme de cellulite ni culotte de
cheval. Et des culs d'enfer.

Et Mado aime
les lesbiennes vu que c'est son fond de commerce principal !
Mais ne vous y fiez pas ! C'est avant tout une généreuse
génératrice de plaisir, une Diva avec la main sur le
cur.
Si vous souhaitez aider Mado. Allez-y ! Elle recherche des candidatEs
à la naturalisation avant les prochaines élections gouvernementales
pour l'aider à sortir la droite homophobe canadienne copulant
sans vergogne avec son niaiseux voisin : "ferme ton Bush".
C'est simple, lors de la cérémonie d'ouverture des Outgames,
le représentant du gouvernement n'a pas pu l'ouvrir, lui, sa
bouche. Huées, tapage dans le stade olympique ! Vacarme
à n'en plus finir. À se péter les tympans et
les cordes vocales !
Là-bas, les acquis tel que le mariage gay sont remis en cause.
Et c'était chaud pour les fesses de l'envoyé du sinistre
qui n'avait pas eu le courage de venir lui-même ! Enfin,
même si cette cérémonie était un peu plate
parce que j'aurais préféré des délégations
en string et shorty, c'était pas moche non plus les tites tâches
de couleurs des maillots bien assortis dessinant des figures au sol.
Non, je n'étais pas avec le maillot officiel de l'équipe
de France, mais avec celui des Fées. Un rose !

Et les lesbiennes
de là-bas ? Elles sont comment ? Du fond de ma Province
et malgré mes escapades parisiennes, je trouve qu'elles ont
de la chance. Question sex-shop tout d'abord ! Y'en a plein
et particulièrement un qu'elles affectionnent. Des mètres
carrés de XXX dédiés à tous les plaisirs.
Je n'en dirai pas plus. Une vraie caverne d'Ali Baba.
Leur grand rendez-vous, c'est le 5 à 7 du vendredi soir au
Drugstore en plein village. Un lieu sur 4 ou cinq étages avec
plein de salles, une déco fantastique, et aussi des tables
de billard, d'autres jeux, de la musique et des parquets pour danser
et une terrasse avec asperseur rafraîchissant tout au sommet.
1000 m² bourrés de lesbiennes. Oui, c'était canicule
là-bas ou un tsunami qui a élevé anormalement
la température.
En plus de ça, elles sont belles les Québécoises.
Madame Mado peut toujours vanter son cul, les lesbiennes québécoises
aussi savent le bouger !
Ce qui les rend si belles, c'est aussi leur accueil chaleureux. Elles
adorent les françaises et je vous conseille d'aller voir vous-même
pour la prochaine DiversCité.
À part ça, pour Dame Mado, la majorité des sportifs
se couchait trop tôt et ne pensait qu'aux médailles.
Et c'est vrai que les soirées étaient remplies par nos
cousinEs même si on pouvait y danser dans toutes les langues.
Tant mieux, c'est eux-elles- que j'étais venue voir… J'ai cavalé
entre presque tous les lieux. Mado a toujours raison.
Je vais revenir au sport et à mon histoire : le sport
est un vecteur d'intégration fantastique. J'ai profité
des Outgames pour faire ma sortie de placard familiale et professionnelle.
Ça s'est hyper bien passé. Depuis, tout va bien mieux
dans ma tête !
Et puis il y a eu ce 5 août. J'ai ramé puis volé
jusqu'au podium lors du 10 km de course à pied sur route… J'en
ris encore ! Si des records sont tombés lors des jeux,
ce n'est pas moi qui l'ai fait ! J'ai beau avoir hissé
le maillot des Fées sur la plus haute marche, ce n'est pas
ma vieille peau qui a battu le record du 10 km. Loin de là !

Car j'ai bien
tout fait comme Madame Mado a dit : "Entraînement
sur les pistes de danse et stoute pour le fun."
Alors, merci Mado pour ces instants magiques sur le podium. Les autres
auraient dû t'écouter ! Et surtout merci à
mes potes de là-bas qui se sont tapés le double du parcours
en patins alignés pour m'encourager tout au long de ma course
en or…
Oui, je rempile pour les prochains Outgames qui auront lieu à
Copenhague en 2009. En espérant, une victoire de plus pour
une bad girl ! Mais ce n'est pas gagné. Je veux faire
patinage artistique et y'a pas de patinoire dans ma ville ! Ce
n'est pas grave : je ne courrais pas du tout il y a deux ans…
Alors, pourquoi pas un show à la Mado et en patins pour 2009 ?
Ces jeux m'ont une fois de plus démontré que la vie
est un sport de combat. Le notre est loin d'être fini. Je revois
les t-cheurtes jaunes des bénévoles entrant dans le
stade en portant bien haut les pancartes représentant les
pays absents, là où l'homosexualité est punie
de mort : Afghanistan, Arabie Saoudite, Iran, Nigéria,
Mauritanie, Soudan et Yémen. Je les revois se regroupant au
centre du stade accompagnés par le silence soudain de 32000
personnes.

Je sais les
ruses employées par les participants de pays où les
LGTB sont condamnés par diverses peines d'emprisonnements ou
100 coups de fouets. Je sais les dangers affrontés en traversant
le globe, juste pour le plaisir de participer. Je sais les yeux mouillés
d'émotion et les larmes de joies des présents. Je sais
les risques encourus pour s'inscrire par courrier et sans Internet.
Je sais aussi les trop nombreux absents - pourtant inscrits - remplacés
au pied levé par les MontréalaisEs portant bien haut
le nom de ces pays où nous serions nous aussi criminalisés.
Alors, malgré tout nos Vanneste et consorts, je me dis que
j'ai de la chance même si rien n'est jamais gagné.
Je me plais à rêver que ce que nous gagnerons ici soit
aussi une avancée pour le Monde en général. Pour
que touS puissent vivre pleinement leur vie, sans avoir à cacher
son homosexualité, sa transsexualité par peur de moquerie,
de représailles, de violence, voire de criminalisation.
Alors, on court toutEs ensemble main dans la main jusqu'aux Présidentielles
de 2007 ?
Pour eux, pour nous…