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Le camping de la tentation |
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Quoi de plus excitant que de "convertir" une hétéro ? Forcément c’est tentant, c’est presque un défi, surtout quand on la sent, l’air de rien, débordante de curiosité Comment résister ? Je suis sûre que ça vous est déjà arrivé, à vous aussi Alors je vais vous raconter ce qui m’est arrivé cet été A. et moi on est parties une semaine en camping On avait envie de se retrouver un peu seules, loin de la présence parfois pesante des autres. Le soleil, le farniente et autant de temps qu’on veut pour se faire des câlins. Et bon, je le reconnais, on en a profité J e ne sais pas ce que nos voisins ont bien pu penser de notre rythme de vie mais on faisait jamais rien en même temps que les autres : on disparaissait après l’apéro et on revenait finir de manger à 16h, parfois on était debout à 7h (Mais c’est parce qu’on s’était pas couchées) et d’autres fois on émergeait à 12 ! Enfin on les croisait quand même de temps en temps, juste assez pour échanger un sourire et quelques mots. Parmi nos voisins les plus proches il y avait deux jeunes couples de hollandais, sympas, la trentaine Et cinq enfants en bas âge à eux quatre ! L’une des deux jeunes mamans nous a tout de suite tapé dans l’œil, sans qu’on en parle entre nous. Bon, c’est pas parce qu’on est au régime On faisait rien que regarder, on faisait pas de mal, et puis on est des filles très ouvertes, au moins sur le principe. La semaine s’est écoulée comme ça, tout doucement Le samedi on a appris qu’une soirée dansante était organisée à la réception du camping. On devait partir le lendemain, alors on s’est dit que ça pourrait être marrant, et puis qu’on pourrait faire mieux connaissance avec nos chers voisins Mais non, ce n’était pas prémédité je vous dis !! On avait fait un effort pour s’habiller, malgré la chaleur. La soirée démarrait bien, bonne ambiance, musique sympa, petite bière fraiche. Nos hollandaises sont arrivées sans leurs maris, avec leurs deux petites filles. Pendant que les gamines allaient s’amuser sur la piste, on les a invitées à notre table et on a engagé la conversation, en anglais bien sûr. Elles nous ont raconté d’où elles venaient, qu’elles étaient infirmières, tout ça Puis on est allées danser. A. et moi on aime ça, on fait un peu le spectacle quand on s’y met, on lance des chorégraphies débiles, on court partout Et là je crois qu’on était particulièrement en forme, allez savoir pourquoi ? Au début on a dansé dans notre coin, puis progressivement on s’est rapprochées et on s’est mises à délirer avec les hollandaises, à les faire rire, puis à danser avec elles en duos croisés. Pendant ce temps le rosé et la bière coulaient à flots et les verres se vidaient. Les maris ont débarqué, ils avaient couché les garçons et se sont joints à nous. Alors on les a fait rigoler aussi et ils ont payé leur tournée. Puis ils se sont assis et on a continué à danser. C’était très bizarre cette ambiance : extérieurement personne n’aurait pu soupçonner ce qui se passait, et pourtant il se passait quelque chose. Le jeu des regards, le toucher des mains, des corps pendant qu’on dansait, les sourires pleins de sous-entendus De temps en temps A. et moi on se regardait, incrédules et hilares, et on continuait notre numéro de charme. On ne pensait pas à l’après, l’alcool aidant c’était pas difficile, on vivait simplement l’instant présent, intensément. Et elles n’étaient pas indifférentes, elle ne l’était pas du tout Quand la soirée s’est terminée, les hollandais se sont levés pour aller se coucher, les filles à moitié endormies dans les bras. Ils nous ont dit bonsoir et quelle ne fut pas notre surprise de constater qu’elle ne les suivait pas. Nous nous sommes retrouvées toutes les trois assises en cercle, curieusement très proches les unes des autres, sous prétexte de finir nos verres, attendant quelque chose d’indéfinissable Un signal peut-être ? Et c’est elle qui l’a donné ce signal : pendant que je saluais d’autres gens qui partaient se coucher, elle a glissé sa main dans celle d’A. et l’a laissée là, caressante et douce. D’un coup d’œil on s’est mises d’accord A. et moi et on l’a invitée à finir son verre dans notre tente (À 20 mètres de la sienne !) : elle a accepté. Alors tout est allé très vite. On est montées bras dessus, bras dessous. Le temps que je fasse un peu de lumière, elles s’embrassaient devant la tente On l’a invitée à s’asseoir mais on n’avait que deux chaises (C’est fou quand même ces coïncidences !). Alors elle s’est assise sur les genoux de ma belle et je me suis assise en face. Et elle s’est retrouvée prise en sandwich entre nous deux Nos quatre mains ont exploré son corps parcouru de frissons, de baisers en caresses, l’une le cou, l’autre la nuque puis le dos On se regardait de temps en temps par-dessus son épaule Parfois elle se redressait en essayant de retrouver son self-control, et puis elle se laissait aller de nouveau à la renverse dans les bras d’A, me dévoilant son ventre, totalement abandonnée, frémissante entre nos mains Et c’est là que je vais vous casser votre délire À un moment, en français très vite et dans l’oreille, A. me dit qu’elle veut arrêter là et s’en va aux toilettes. Moi, pas vraiment d’accord, j’essaie d’argumenter et d’avoir une explication mais peine perdue. Alors réglo, je tente d’expliquer la situation à notre invitée. Au début elle le prend très bien. Puis A. revient et on essaie de lui faire comprendre qu’il faut partir Pas décidée, elle hésite, elle essaie encore de nous charmer Son insistance me refroidit et puis j’ai besoin de parler avec A., de comprendre ce qui se passe. On finit par lui dire bonne nuit et on ferme la fermeture-éclair de la tente. Elle reste là, devant, appuyée contre un arbre, planante Elle n’est pas partie tout de suite Vous me direz peut-être que c’est un peu con de s’être lancées là-dedans pour s’arrêter là Je reconnais que j’ai pensé comme vous. Mais A. avait des scrupules, sa conscience la tiraillait Moi sur le moment j’ai pensé que cette nana devait avoir le choix de sa vie, de ses décisions, de ses actes. J’ai pensé (Mais parce que j’en avais envie) que tant qu’elle était consentante il n’y avait pas de raisons de s’arrêter, et pourquoi s’arrêter? C’était une grande fille responsable, adulte et pleinement consciente de ses actes. Mais j’y ai repensé depuis, beaucoup repensé, et ma conscience me travaille à mon tour. Je crois que c’est A. qui avait raison. Elle avait raison quand elle me parlait des trois gamins et du mari. Elle avait raison aussi, surtout, quand elle m’a dit « Tu sais comment ce genre de choses peut retourner la tête de quelqu’un ? ». Fallait la voir le lendemain, avant notre départ : elle était pas redescendue, elle avait l’air complètement perdue. Je crois qu’on lui a retourné la tête Pas parce que c’est nous, mais parce que forcément, c’est tellement différent entre femmes Est-ce que c’est forcément meilleur ? Nous avons toutes notre propre conception de notre sexualité : certaines sont très sûres d’elles, de leur voie, certaines le sont aussi d’ailleurs pour éviter l’incertitude D’autres sont plus floues, hésitent On dit souvent qu’elles ne s’assument pas. Mais est-ce vraiment ce qui compte ? Toute forme d’amour, de bonheur n’est-elle pas respectable ? Cette fille avait choisi sa voie, son bonheur. Elle avait décidé de prendre la responsabilité d’élever trois enfants. Elle n’avait pas l’air malheureuse avec son mari avant qu’on ne débarque avec nos gros sabots de lesbiennes, ils s’embrassaient encore amoureusement sur la piste de danse le soir même. Ce n’est pas comme si elle était tombée amoureuse d’une femme C’était un trouble purement physique, très fort, très perturbant comme peuvent l’être ces choses-là. Trop perturbant ? Je me le demande Nous sommes parties sans laisser d’adresse, donc je ne le saurai jamais, mais j’ai peur que ce que nous lui avons donné la trouble au point qu’elle se prenne la tête et fasse des conneries Pour nous c’était juste un jeu mais pour elle ? Où s’arrête le jeu ? Quand commence la prise de conscience ? Et doit-elle toujours avoir lieu ? Une femme qui ressent une attirance pour une autre femme doit-elle forcément devenir lesbienne ? Peut-on prendre le risque de briser une famille, comme ça sans réfléchir, par plaisir, pour se tester, pour des raisons futiles ? Avons-nous semé la graine du doute dans sa tête d’hétéro bien-sous-tous-rapports ? Ou étions-nous seulement des instruments du destin ? Pour l’instant en tout cas c’est moi qui doute Merci à toi A. de m’avoir rappelé à temps que mes actes peuvent avoir des conséquences, et que mes envies ne doivent pas toujours diriger ma vie Et pardon à vous pour cette morale un peu brutale J’avais besoin d’un "confessionnal" lol ! |
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