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Le syndrome Mauresmo |
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Il y a un peu plus d'un an, je faisais part à la mailing-list de ma décision de vivre de manière visible mon homosexualité, non seulement dans la vie de tous les jours, mais aussi, et surtout, au travail. Je suis prof en collège dans la banlieue parisienne. Et, comme tant d'autres de mes collègues, je suis homo. J'étais à l'époque extrêmement virulente et très fonceuse. Mon mail avait alors suscité pas mal de réactions, globalement positives, mais peu encourageantes : « Tu vas en baver ». Depuis lors, j'ai vécu de manière visible dans mon collège. Et je pense qu'il est judicieux de revenir sur ma courte expérience. Je tiens bien à préciser, avant toute chose, que je ne tiens pas à passer pour une donneuse de leçons et que par la suite je me bornerai à témoigner de ce que j'ai vécu et ressenti en toute subjectivité. Loin de moi, l'idée d'analyser de manière théorique mon expérience : je n'en ai ni le temps ni l'envie et encore moins le talent. L'idée de me cacher m'a toujours déplu. Je ne me sens pas opprimée et je n'ai pas honte de ce que je suis. J'ai donc vécu dès ma première relation homo ouvertement dans la rue comme à la fac. Et, le moment venu d'entrer dans le monde du travail, j'ai continué comme avant, j’ai annoncé mon homosexualité aux collègues à qui j'avais envie de le dire et en qui j'avais confiance. Je ne l'ai pas clamé haut et fort dans les couloirs. J'ai simplement raconté ma vie privée telle qu'elle était réellement à ceux que ça intéressait. Mes collègues sont en majorité jeunes et ouverts. Je n'ai jamais essuyé de rejet en deux ans. Bien au contraire, je me suis retrouvée dans une situation où une bonne partie des profs est au courant et où je peux vivre totalement libre. Je ne me suis jamais fait insulter par mes élèves. Il n'y a eu aucune manifestation de parents à la sortie des cours, pas de pancartes « les gouines au bûcher » ni de jets de pierres. Rien de tout cela. Alors, me direz vous, où est le problème ? Le problème, c'est que j'avais oublié, bien naïvement, l'existence de la petite minorité homo du collège qui vivait tranquille, heureuse et cachée jusqu'à ce que j'apparaisse à l'horizon. Je me suis doutée assez rapidement de qui était homo et qui ne l'était pas, mais je n'avais jamais eu l'occasion d'en parler directement avec les principaux intéressés. Ma visibilité virulente n'a pas été bien accueillie : c'est le moins que l'on puisse dire ! Je garde un cuisant souvenir d'une discussion avec une vieille de la vieille qui m'a tancée vertement pour mon manque de prudence et qui a rappelé à mon bon souvenir l'existence des fameuses listes noires de l'Educ Nat *. Même si, sur le coup, j'ai trouvé cette réaction injuste et excessive, j'ai compris plus tard que mon attitude posait un véritable cas de conscience à certains de mes collègues. Le fait que je parle un peu trop librement de mon homosexualité peut inciter d'autres profs homos à avouer la leur, alors qu'au départ ils n'en avaient pas envie. C'est, paraît-il, de l'outing involontaire. Je tiens bien à souligner que je n'aime pas du tout cette notion d'outing involontaire. Chacun est libre de parler ou de se taire. Pour ma part, l'outing reste la révélation par un tiers de l'homosexualité de quelqu'un sans l'accord explicite de cette personne. Je ne me suis jamais trouvée dans ce cas. Cette accusation m'a beaucoup touchée, même si je l'ai prise pour ce qu'elle était : un moyen de me faire payer mon choix de vie et de me forcer à plus de prudence par la suite. Par contre, je comprends la peur légitime d'être découvert. En effet, s’il y a une lesbienne au collège, le doute s'installe rapidement dans les esprits S’il y en a une il peut y en avoir d'autres Le plus dur pour moi est d'endosser le rôle de l'agent double. Des collègues hétéros n'hésitent pas à me demander, à l'occasion, des précisions sur qui est homo ou pas. Et là, oui, je dois faire très attention à ne pas faire de l'outing involontaire. Ce n'est pas toujours facile à assumer. Je me suis vue bien près d'être mise au ban du petit groupe homo du collège. Puis, petit à petit, les esprits se sont calmés. Et comme aucun problème n'est apparu, j'ai senti que la tendance s'inversait. Je me retrouve désormais dans la situation où je vois mes collègues homos, naguère si timorés, jouer à celui qui sera le plus visible. Et moi, échaudée par cette accusation d'outeuse involontaire, je freine des deux pieds ma visibilité. Cette situation vous rappelle peut-être quelque chose ? C'est typiquement le syndrome Mauresmo. Lorsque cette dernière a annoncé son homosexualité, cela n'a pas amélioré ses relations avec les autres joueuses homos. Bien au contraire. Celles-ci avaient peur que Mauresmo les dénonce ou jette un doute sur leur sexualité. C'est un phénomène qu'il ne faut pas oublier de prendre en compte lorsque l'on décide d'être visible. La solidarité entre homos s'arrête aussi aux intérêts de chacun. Mettez de coté vos beaux principes, personne sauf vous n'est prêt à se battre pour des valeurs autres que monétaires. J'apprécie mes collègues homos, mais je ne me fais guère d'illusions. Si je devais subir un préjudice du fait de la nature de ma sexualité que ce soit de la part d'un parent, d'un élève ou de l'administration, aucun ne lèverait le petit doigt pour me défendre. Ils ne sont en cela guère différents de nombre de mes collègues hétéros. Je ne voudrais pas finir cet article sur une note pessimiste. Vivre ouvertement son homosexualité est une expérience formidable. Et, sans cela, je ne me sentirais pas si épanouie. Je tenais simplement à rappeler les règles de la prudence la plus élémentaire à toutes celles qui, comme moi, ont tendance à foncer tête baissée. Il nous reste encore bon nombre d'obstacles à franchir avant de pouvoir vivre au grand jour. Il s'agit de ne pas l'oublier. |
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Anne-Marie |
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* Les listes noires sont les listes de ceux qui ne doivent progresser dans leur carrière qu'à l'ancienneté. Cela inclut, a priori, les homos, ceux qui passent à la télé pour cracher sur l'Education Nationale, etc. |
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