Maman fait son coming-out
de et par Marie-Némo
Interview



« Non seulement maman a une petite amie, mais elle le fait savoir à tout le monde… »
« À travers huit personnages puisés dans la vie quotidienne et chez ses proches, Marie-Némo décrit les réactions de l’entourage à cette nouvelle. C’est un tableau des différentes attitudes face à l’homosexualité, tantôt tendre, tantôt acide, toujours drôle, où chacun peut se reconnaître et s’interroger. »

Dans le numéro de juin 2004, nous vous en avions déjà parlé ( ici ) car nous avions adoré. Marie-Némo nous a reçu à l’occasion de la reprise de sa pièce jusqu'en juin 2005 le vendredi et le samedi à 22h15 au café-théâtre –  très intimiste – Le Bout, 6 rue Frochot, métro Pigalle. Une rencontre très sympathique pour une pièce à voir, revoir et à recommander sans modération !


Marie-Némo, Bonjour !

Bonjour !

Dites-nous, comment avez-vous eu l’idée de monter cette pièce ?
C’est ma maman qui m’a demandé d’écrire un texte à l’occasion d’un festival de la culture gay et lesbienne qu’elle organisait à Nancy…

Ah ? Et toute ressemblance avec des personnages réels est-elle fortuite ?…
Non, du tout, ce n’est que du vécu ! C’est réellement l’histoire de ma maman qui fait son coming-out, à l’âge de 40 ans, après avoir été mariée à un officier vosgien, mon père. Pour l’histoire et les personnages, je n’ai presque rien inventé : ce sont quinze années de notes prises en douce dans la tête et les portraits sont fidèles à mes souvenirs.

Oui, 8 personnages que vous mettez en scène… Alors Monique, Marguerite…
Et Dédé, oui, tous existent !

Ah !?… Et quelle a été leur réaction ?…
Bon… ils ont tous vu la pièce… mais à vrai dire, les relations n’étaient déjà pas au beau fixe… Alors, j’ai réglé quelques comptes !

Et votre mère, votre belle-mère ?
Ma maman a pris cette pièce comme un cadeau. Et quand elles viennent toutes les deux, elle pleurent !

Ce sont bien les seules ! Les autres pleurent de rire surtout.
Oui. Mais si la pièce retrace les diverses réactions au coming-out, elle parle avant tout d’une vie de couple, la leur. Il est vrai qu’elles se trouvent parfois un peu godiches, mais bon, tous les personnages sont un peu caricaturés.

Et quel est votre personnage ?
La plus jeune des deux filles, celle de 15 ans, la rigolote ! Et oui, c’est vrai : avoir une « reum goudou », c’était la frime ! J’étais différente de toutes les autres ! Pas du tout traumatisant, au contraire : je m’en servais comme excuse pour sécher ;-)

Quand on sort de la salle, les réactions sont unanimes…
Euh… la copine de gym, elle fait surtout rigoler les lesbiennes ! Les hétéros ne voient pas ce qui est drôle ;-)

Hétéros, homos, tous trouvent la pièce excellente. C’est vraiment une pièce fédératrice !

Merci. Je pense que si je n’avais rien eu à voir avec le milieu homo, si je n’avais pas vu ce qu’était une histoire d’amour homo (différente quand même…), si j’étais quelqu’un d’extérieur à tout ça, cela aurait été mal pris…

Et puis, sur la scène, vous y mettez vos tripes ! Pourtant, c’est la première fois que vous jouez, exact ?

Pas tout à fait, j’ai tenu le rôle d’un saucisson dans une comédie musicale, à l’âge de 8 ans, et j'ai même été intermittente dans mes jeunes années. En fait, c’est la première fois que je suis seule sur scène. Après un bac A3 Art dramatique à Nancy en 1994, des études de théâtre un peu plus poussées à Aix en Provence, on a créé une association liée au théâtre avec deux amis, j’ai donné des cours de théâtre, bourlingué un peu... Mon travail consiste habituellement à écrire des spectacles pour les autres et à faire la mise en scène.

Alors il s’agit d’une reconversion vers le métier de comédienne – dans lequel vous nous avez épatés ?
Disons que je suis comédienne à titre exceptionnel, pour défendre cette pièce et pour raconter l’histoire d’amour des deux personnes que j’aime le plus au monde… et qui ont pu avoir du mal à vivre leur relation : c’était il y a 13 ans ! Cela dit, si ce n’est pas mon métier, il se pourrait que ça le devienne car être sur scène me plaît.

Vous êtes donc totalement impliquée dans cette pièce ?
C’est exact. Je comptais la jouer à ce festival et puis passer à autre chose. Et puis, les réactions que j’ai eues en retour, l’impact que j’ai pu mesurer, m’ont fait changer d’avis. Une fois, lors d’une représentation à Marseille, une jeune fille de 14/15 ans est venue me voir à la fin du spectacle. Sa mère était lesbienne et elle l’avait poussée à aller voir le spectacle car elle vivait très mal cette situation. Elle m’a dit : « En une heure, je suis devenue très fière ! C’était vraiment cool ! ».

Donc vous continuez ?
Oui ! En fait, j’aime de plus en plus jouer cette pièce. Le texte est de plus en plus proche de ce que je veux faire passer. Et puis, j’ai compris que cette pièce était utile. C’est pour ça que je continue.

Oui utile, et tellement drôle ! Merci Marie-Némo.


Ines (avec le soutien moral d’Ally)


P.S. : Le spectacle sera repris au Festival d'Avignon.
Deux dates sont aussi prévues à Lausanne et une date à Genêve est en négociation.
Si vous connaissez des salles qui seraient intéressées, n'hésitez pas à contacter Ally.


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