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Les têtards
Troisième et dernier volet de ma trilogie anthropozoologique |
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Le têtard, fils du crapaud se définit morphologiquement en deux pôles : « P'tite queue-Grosse tête » et, à l'inverse, « Grosse queue-P'tite tête ». Malgré l'incompatibilité des espèces, le têtard s'acharne à poursuivre les guenons de ses avances lubriques (grosse queue) dans l'inconscience la plus totale (p'tite tête) de la disgrâce physique à laquelle l'adolescence le condamne sans merci. En effet, Mère Nature, très ingrate à ses heures, ne l'a pas épargné. Il faut être aveugle, sourd et agnosique pour tomber sous le charme de l'acné séborrhéique surinfectée, de la toison capillaire naturellement huileuse et des reliefs du dernier déjeuner à la cantine qu'arbore, sans la moindre retenue, son appareil dentaire. La guenon n'y succombe pas (ou alors, c'est qu'elle appartient au futur troisième groupe de belettes sur lequel je ne reviendrai pas, fallait suivre ou prendre des notes !). Telle la guenon devenant belette, le têtard se métamorphose. Premier cas de figure : l'avorton s'extirpe de la mare aux diables par je ne sais quel miracle et fait un prince charmant tout à fait fréquentable, sous l'influence d'une hérérote croqueuse de pommes notoire. Celui-là deviendra crapaud, la demandera en mariage, lui fera beaucoup d'enfants, partagera peut-être les tâches ménagères, n'oubliera jamais son anniversaire (c'est pas défendu de rêver) et l'aimera au moins... un certain temps. Second cas de figure : la métamorphose n'a pas sauvé l'avorton qui devient « Moustachu » malgré tous les efforts de la précédemment citée croqueuse de pommes, qui fait confiance, pauvre innocente, à la sorcière (la mère du têtard). Le Moustachu est un rancunier. À jamais frustré de n'avoir pu convaincre la guenon de ses attraits, il n'aura de cesse de la poursuivre, de sa vindicte cette fois. Contrairement à l'abbé dont l'habit fait le moine, il n'est malheureusement pas toujours aisé de distinguer le Moustachu dont le poil ne fait pas le tyran. Ainsi avons-nous vu des Hélène Love versifiant leur amour à des Émilies décomposées, comprenant, un peu tard, que la bave du vilain crapaud pouvait atteindre la blanche belette. Alors Guenons et Belettes, restons vigilantes, ne répondons plus sans vergogne à l'appel de ces sirènes dont le Yeti envie l'obscure pilosité et qui jettent le discrédit sur nombre de batraciens que j'ai toujours plaisir à fréquenter. |
| Minouchon |
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