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Butch/fem ou le jeu du Tachi/Neko au Japon
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Butch, fem... deux mots encore incompréhensibles pour moi il y a un an alors que le papillon de la lesbienne que je suis était encore prisonnier dans sa chrysalide hétérote. Tant et si bien que lorsque j'ai fait mes premiers pas dans le « Milieu » et que j'ai rencontré ce grand clivage, j'ai fait l'acquisition de l'excellent Butch-fem, mode d'emploi pour tenter de comprendre, en bon petit rat de bibliothèque. Je vous passe la théorie (lisez le livre !) et je passe à la pratique ou plutôt à mes premières expériences sur le sujet, se déroulant dans la capitale japonaise puisque c'est là que je vis depuis un an. Je commence par une petite anecdote arrivée à une de mes amies française, G, expatriée comme moi à Tokyo. Le lieu du crime : Goldfinger, la soirée girls only à la mode de la capitale. Les protagonistes : G, donc, et une Japonaise qui, comme beaucoup de ses compatriotes, n'est pas insensible au charme exotique de notre petite française. Tant et si bien qu'après le traditionnel « chez toi ou chez moi ? » nos deux tourterelles quittent le club en quête d'intimité. C'est ce moment que choisit la Japonaise pour lancer le sujet brûlant en demandant à G « Tu es butch ou fem ? ». Un peu interloquée, G répond qu'en France c'est généralement 50/50 et que sur le grand théâtre de l'amour physique, elle n'a aucun rôle assigné. La Japonaise répond alors qu'elle, elle est fem, et que si G ne fait pas la butch au lit, ça ne va pas être possible et elle tourne les talons en plantant là notre pauvre G interloquée ! Cette anecdote n'est qu'un exempl de l'omniprésence de l'opposition butch/fem au Japon... Combien de fois ai-je entendu en boîte des réflexions étonnantes de naïveté de « collègues » japonaises : voyant un couple composé de deux butchs : « Mais comment font-elles au lit ? » (je ne m'inquiète pas pour elles, elles doivent se débrouiller !) ou encore à un couple d'amies : « Qui est la butch dans votre couple ? » (façon plus « polie », si l'on peut dire, de poser l'indiscrète question « c'est qui qui fait l'homme ? »). Il me suffit d'ailleurs d'ouvrir ma nouvelle acquisition, la revue trimestrielle lesbienne japonaise Anise, pour en être convaincue. À côté de la section érotique, mettant en scène bien sûr un couple butch-fem ou l'on explique par le menu aux apprenties butchs comment faire l'amour à leur copine avec dessins à l'appui -- et aux fems comment se faire plaisir (là c'est plus facile, il suffit de s'allonger les bras en croix sur le lit et d'attendre que l'autre fasse le boulot), il y a tout un glossaire plus qu'édifiant. Je ne résiste pas au plaisir de vous le traduire ! Tachi (butch en japonais) : Il s'agit du rôle de « l'homme ». Ce terme désigne celle qui est sexuellement active (...). Pour les lesbiennes s'habillant de façon féminine, mais étant sexuellement actives, on parle de Suka tachi (suka est la transformation japonaise de l'anglais skirt, comprendre donc en gros « butch en jupe » -- si ça, c'est pas un concept qu'il est beau !) Neko (fem en japonais) : Il s'agit du rôle de la « femme ». Ce terme désigne celle qui reçoit sexuellement. Pour les lesbiennes s'habillant de façon masculine, mais étant sexuellement inactives, on parle de Zubo neko ( zubon pantalon en japonais : de la même façon, on pourrait traduire en français par « fem en pantalon »). Ribasu (transformation de l'anglais reverse) : Désigne celle qui prend du plaisir à la fois en étant active et inactive sexuellement. Les Japonais étant les champions de la catégorisation, je vous passe les autres termes -- on vous explique même ce qu'est un hétérosexuel et un homosexuel !) et si vous séchez, je ne peux plus rien pour vous, repassez votre bac de lesbianitude -- sauf mon préféré : maguro, qui veut dire littéralement « thon », mais attention, le sens est très différent de l'aimable terminologie française puisqu'il s'agit de la lesbienne inactive sexuellement au point de refuser d'enlever ses vêtements pendant l'acte. Vous avez de la chance, puisque mon intégrité journalistique m'a dicté d'aller à la pêche au thon -- pardon, au maguro -- à vrai dire bien malgré moi, je l'avoue. Une Japonaise que je draguais et que j'ai fini par inviter à dîner (oui oui, dîner, vous voyez le mal partout !), s'est révélée être non pas la sirène que je croyais, mais maguro. Je confirme votre intuition géniale du début : oui, sans les vêtements, c'est mieux ! Bref, elle a gardé ses vêtements tout du long (là je ne parle plus du dîner !) ce qui fait que j'ai écourté assez rapidement cette mascarade. Je me demande ce qui serait arrivé à cette Cendrillon de pacotille, si elle avait daigné enlever ne serait-ce que sa pantoufle de vair... sûrement la révélation d'un corps et d'un plaisir dont elle a si honte qu'elle se le refuse... Bonne pâte, j'ai fini par lui proposer le sommeil et un pyjama qu'elle a refusé... Peut-être aurais-je dû plutôt lui passer mon col roulé et mes moon-boots ! Est-ce une spécialité japonaise, je n'en sais rien, mais le fait est que dans cette société ultra-codifiée, où chacun a son rôle dans le groupe, il semble que dans le milieu lesbien aussi la séparation des tâches est très développée. Voilà donc le secret du marasme économique japonais : ils en sont restés au taylorisme ! Et pourtant, cette classification absurde qui se mord la queue puisqu'elle admet qu'on peut être butch d'apparence et inactive au lit ou fem d'apparence et active ou encore un superhybride ayant le goût exotique d'aimer prendre ET donner du plaisir, est en elle-même une preuve que les Japonais aussi admettent la complexité et l'impossibilité de mettre les gens en général, et les lesbiennes en particulier, dans des cases. Bref, je ne sais pas si j'ai mieux compris le concept, mais je crois en tout cas qu'il est bien réducteur et qu'il vaut mieux ne pas trop cogiter, sinon ça donne des termes aussi farfelus que « butch en jupe » et avouez quand même que ça fait un peu blague Carambar ! |
| Laurence |
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