Ma première Pride lesbienne


Le vendredi 27 juin 2003, un défilé de lesbiennes était organisé à Paris en marge de la Gay Pride du lendemain, depuis la porte Saint-Martin jusqu'à la place Sainte-Catherine. Avec quelques copines de Cibel* (mon association adhérente de la CLF*) et quelques Panthères roses, nous avons décidé d'aller voir de quoi il retournait.
L'information nous était parvenue par bouche à oreille et nous craignions que cette (contre ?) manifestation ne soit l'œuvre des lesbiennes séparatistes.

Dès 19 heures, rendues à la porte Saint-Martin munies de divers tracts, pancartes et T-shirts bricolés avec amour et conviction, nous décidons d'attendre, non loin de là, à la terrasse d'un café. Il y a peu de mouvement et peu d'information. Nous apercevons juste quelques filles de notre connais-sance et quelques voitures de police.
Bientôt, un groupe se positionne devant la grande porte et déplie une large banderole. Nous nous approchons et retrouvons là les Panthères roses munies de leur propre tract. Après concertation, le groupe décide de se joindre à cette première qui s'annonce plutôt bon enfant.
Il y a si peu d'initiatives lesbiennes...
Parmi les divers tracts distribués (parfois de simples photocopies de prospectus des années 70 -- 80 !), notre attention est attirée par l'un deux en particulier. Il prône l'exclusion de tout représentant du sexe masculin ! Une jeune fille nous explique alors l'importance pour des lesbiennes de se retrouver entre elles à cette manifestation et propose que nos amis hommes nous suivent discrètement sur le bas-côté, qu'ils ne se joignent surtout pas au cortège ou au rassemblement. Respectant les réticences et sensibilités de chacune nos amis s'éloignent, un autre (transsexuel) se joint à nous et le départ est donné. Sur les trottoirs, quelques gays sympathisants suivent la manifestation à distance.

La marche se déroule sans incident notable. Deux hommes, qui prenaient des photos, sont violemment pris à partie par quelques participantes. En mon for intérieur, je note que cette réaction me semble bien disproportionnée... Nos pas nous conduisent à travers le Marais. À notre grande surprise, les réactions sont très positives dans le quartier gay. Des filles sortent des bars pour nous applaudir et nous encourager, de jeunes américaines se joignent à nous et quelques curieux nous posent même des questions sur le but de la manifestation. Quelques rares couacs, tout de même : une bombe à eau jetée d'une fenêtre et des volets qui se ferment avec fracas. Mais au-dessus de nos têtes des drapeaux arc-en-ciel et des applaudissements nourris accompagnent notre progression.

Place Sainte-Catherine, celle qui semble être une des organisatrices nous invite à écrire nos revendications sur une grande bande de papier déroulée sur le sol. Il semble utile d'approuver cette démarche spécifiquement lesbienne, tout en attirant l'attention sur le risque d'amalgame et de récupération par un (ou des) groupe(s) radical(aux). Mon message est, par conséquent, centré sur l'acceptation à l'avenir de toute femme lesbienne, quelle que soit son origine : « Non au séparatisme, oui au respect des différences en tout GENRE ».

Un jeune homme qui passait par là lit les messages et questionne mon amie sur l'objectif de cette manifestation et le contenu de certains slogans. Tous deux sont pris à partie par une jeune femme visiblement outrée qu'un homme se permette de s'immiscer dans ce rassemblement (il est 21 heures et nous nous trouvons au beau milieu d'une petite place très passante, cernée par des restaurants qui ne sont pas fréquentés que par des femmes, loin s'en faut). Je m'approche et tandis que j'essaie de calmer les esprits, je m'aperçois que, sur la feuille, mon message a été modifié. Le « non » a été changé en « oui » et le « oui » en « non »...

Étranges comportements de la part de qui prétend réagir contre toute forme d'oppression de la femme... Pour une radicale, que signifient liberté d'expression et respect de la femme ou des différences ?

Il s'ensuit une agression verbale des plus violentes d'une virago qui refuse de me reconnaître lesbienne, me demande de me « barrer en boîte avec mon pote » (sic), refuse de s'expliquer à propos de son intervention sur mon message, sur l'appartenance des organisatrices et l'orientation du défilé.
Peur d'effrayer certaines participantes ou de créer des incidents ? Dans ce cas, pourquoi cette absence de réaction à la distribution du tract des Panthères Roses ? Parce qu'elles étaient plusieurs ? Pourquoi s'en prendre à une individue ?
Voilà les questions auxquelles je n'ai pas eu de réponse, agonie d'insultes et d'arguments politiques venus de je ne sais quel manifeste révolutionnaire...

Plusieurs choses me restent de cet incident : mon amie, qui participait pour la première fois à une Pride, a été extrêmement choquée de cette violence. Elle pensait, en se retrouvant parmi des femmes, éviter la violence, que l'on reproche souvent aux hommes, dont elle a eu à souffrir dans sa vie personnelle et professionnelle.
Le visage que certaines lesbiennes ont montré à un public assez nombreux sur cette place est nuisible à l'image de la femme en général et à celle des lesbiennes en particulier par le risque d'amalgame qu'il comporte.
Il est impossible de dialoguer avec certaines militantes qui cherchent par tous les moyens à imposer leur point de vue. Elles qui considèrent le genre masculin comme malsain à tout point de vue, que diront-elles à leur copine qui défile aujourd'hui avec son petit enfant en poussette et qui demain sera un grand garçon ?

En tout cas, l'année prochaine, j'y retourne ! Il est hors de question de laisser ces personnes occuper seules la place. Ce n'est pas à elles de décider de ce qu'est une « bonne » lesbienne et d'intervenir sur le droit à l'expression.
Vivent les différences et vive l'amour !!!


Pertina

Cibel : Compagnie des Insoumises, Baladines, Enthousiastes et Lesbiennes (association non mixte militante et culturelle) dont la présidente est Évelyne Rochedereux, 20, rue de Plaisance à Paris.
CLF : Coordination Lesbienne en France (anciennement Coordination Lesbienne Nationale) -- Même adresse pour le groupe de Paris.


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