Camp retranché ou respiration ?




« Alors, c’est bien tes vacances dans ton camp retranché de lesbiennes radicales ? »
Oooopppppsssss…
Qu’est-ce que je peux répondre à ça, moi ?
C’est vrai que j’ai fait du camping, c’est donc un camp…
C’est vrai que c’était à l’écart, en pleine campagne, c’est donc un camp retranché…
C’est vrai que c’était avec des lesbiennes, c’est donc un camp retranché de lesbiennes…
C’est vrai qu’il n’y avait que des lesbiennes et sans doute quelques radicales parmi elles…
Mais je n’ai pas eu du tout l’impression de me retrancher dans un camp de lesbiennes radicales, moi !

Au contraire, j’ai encore une fois retrouvé cette impression de liberté, de respiration, cette bouffée d’air pur qui me donne l’impression de m’ouvrir, de décoincer mes muscles, de délier mon corps. Qu’est-ce qui se passe en moi, qu’est-ce qui se passe autour de moi pour que j’aie cette sensation-là ? Bien sûr, c’est les vacances, alors il y a des contraintes en moins, plus de chef, plus d’objectif, juste sa vie à vivre. Mais ce n’est pas uniquement ça. Je ne pense pas que ce soit suffisant pour me donner cette sensation de liberté. Je ne vais pas oser dire ou penser qu’il n’y a pas besoin ici de « paraître », ce serait faux, complètement, puisque là aussi je suis regardée, évaluée, jugée sans doute. Mais quoi alors ?

Est-ce que c’est parce que brutalement je me trouve entourée de personnes qui me ressemblent, que je n’ai soudain plus besoin de me justifier, de justifier ma vie, de justifier mes choix de vie ? Et pourtant, nous sommes loin d’être d’accord sur tout. Il existe même des sujets qui nous divisent profondément et qu’il vaut mieux éviter, sinon ça peut donner des discussions houleuses. Alors, est-ce que je suis victime, moi aussi, du réflexe communautaire ? Est-ce que j’ai besoin de la protection de mes « sœurs » pour mieux respirer ? Je ne pensais pas avoir été atteinte pourtant. Est-ce que c’est grave docteur ?

Et pourtant, je ne fuis pas la société ni les hommes. Pendant mon séjour, j’ai eu aussi beaucoup de plaisir à retourner voir cet artisan qui parle si bien de son art. J’ai aimé flâner dans le marché du village sous l’œil attentif des commerçants, entre les badauds. Ce n’est pas une fuite, pas un repli, une retraite hors du monde. Mais… Mais… En fait, c’est tellement reposant de ne pas avoir à expliquer, de ne pas avoir à lire les questions dans le regard des autres. Pas besoin de dire qui je suis et ce que je vis.

C’est juste un instant pour respirer, ne pas se poser de question et vivre…


Mireille


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