Une prof homo, ça existe ?


Imaginez un collège avec des élèves, garçons et filles (mixte quoi !). Quelque part dans l’établissement, un antre où se retrouvent, entre les heures de torture, tous les bourreaux.

Voilà, j’ai planté le décor.

Un jour, je me décide à m’approcher de cette salle enfumée d’où sortent des bourreaux mâles ou femelles. Je suis à la recherche de renseignement sur les … lesss, lesb… lesbi… (si ! je vais le dire, je vais y arriver !) sur les lesbiennes (ça y est !). (vous me direz, pourquoi ne pas être allée tout simplement à la bibliothèque… vous vous imaginez, vous, à 14 ans demander au documentaliste bourru et misogyne, devant tous les autres élèves, où vous pouvez trouver des renseignement sur les lesbiennes ? Franchement !)

Donc me voici devant la salle des profs (des bourreaux, donc). Je cherche désespérément une femme, cheveux courts, en treillis, avec au moins un piercing, cinq anneaux à la même oreille, chemise à carreaux… Enfin bref, une prof gouine comme nous la présente la télé. Celle qu’on voit tout de suite et qui porte, forcément, écrit sur son visage en corps 72, gras, souligné et vert fluo « je hais les mecs ». J’attends, un jour puis deux puis trois, puis trente, … quand les toiles d’araignées commencent à me gratter les narines (je vous rappelle que j’attends devant la salle des profs fumeurs -une gouine ça fume !- et qu’il est hors de question de respirer) et que mon estomac est bourré d’ulcères (j’ai faim et je stresse à l’idée de devoir prononcer le mot, less… lesb… … vous-savez-quoi), je commence à me demander si, chez profs, les gouines existent.

Vous en avez déjà VU, vous, des profs qui sont goudous ? Moi, je fais encore le guet, avec un masque à gaz (je suis incognito et je peux respirer, c’est plus pratique), j’attends toujours.

Je me pose des questions : pourquoi les profs seraient-elles épargnées par ce fléau (n’ayons pas peur des mots) ? Si elles ne le sont pas (épargnées par ce fléau, vous suivez, oui ?), pourquoi ne sont-elles pas habillées comme toute bonne gouine qui se respecte ? Pourquoi n’est-il pas facile à une adolescente de trouver des renseignements sur les lesbiennes dans son établissement, alors qu’on lui expliquera en détail comment utiliser la pilule, un stérilet ou un spermicide?

Pourquoi, moi qui suis enseignante (si ! si !), je ne souhaite pas que mon homosexualité soit connue des collègues et des élèves?

Combien de temps vais-je devoir rester à monter la garde devant la salle de réunion du rectorat (toujours avec un masque à gaz, mais un haut-parleur en plus-je suis incognito, je respire , mais vous le savez déjà, mais je peux maintenant me faire entendre !) pour que quelqu’un ou quelqu’une réponde à mes questions ?

(une fonctionnaire gouine, ça existe sûrement, je vais surveiller les sorties de la salle, on ne sait jamais, j’en verrai peut-être une, non ?)

P.S. de Carole qui tient à ce propos à remercier toutes les profs lesbiennes du lycée Guist'hau de Nantes qui n'ont pas tendu la main à une petite butch paumée : Maintenant j'ai des noms ;)