Parfois j'ai peur. J'ose difficilement l'avouer, mais j'ai peur. Sentiment diffus qui m'envahit très sournoisement. Sensation mal identifiée qui me paralyse, m'enferme, me bloque. Malaise mal assumé et plein de non-dits qui me fait taire et fige mes gestes.
J'ai peur et je ne veux pas l'avouer. Parce que je ne veux pas m'avouer les raisons de cette peur ou parce que je sais déjà que ces raisons sont mauvaises. Parce que ces raisons sont troubles, grises, parce qu'elles prennent leurs racines dans cette zone obscure de mon inconscient où je refuse de regarder. Parce que regarder dans ce trou sans lumière c'est m'avouer ma faiblesse, mes incapacités, mes incertitudes. Zone de questions sans réponse où je me perds, où je ne sais plus qui je suis… Danger… Peur…
Peur des autres. Peur de l'autre qui pourrait ouvrir une brèche dans le mur que j'ai difficilement construit autour de cette zone sans réponse. Peur de l'autre qui voudrait m'obliger à donner des réponses. Mais je ne veux pas entendre les réponses à ces questions, alors je ne veux pas me poser ces questions. Je suis tellement persuadée que les réponses seront faiblesse, incapacité, incertitude et je ne veux pas entendre ces réponses la encore une fois.
Alors je fuis. Je m'enferme avec mes questions sans réponse. Tellement persuadée que les réponses sont faiblesse, incapacité, incertitude. Je m'enferme avec cette faiblesse sans chercher ma force. Je m'enferme avec ces incapacités sans chercher ce dont je suis capable. Je m'enferme avec ces incertitudes sans chercher ce que j'ai déjà appris. Je fuis les autres. Je fuis l'autre. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur de ne pas savoir répondre à son attente. Peur de n'avoir rien à donner.
Je fuis loin de ce que les autres m'offrent. Je fuis loin de l'autre qui se donne. Trop peur d'un échange que je crois inégal. Je refuse de recevoir persuadée de n'avoir rien à donner. Mais on ne m'a rien demandé en échange. Un sourire, un regard, une caresse, un amour, ils sont offerts tout simplement. Ils ne peuvent être échangés.
Lorsque j'ai moins peur, cet amour que je reçois d'un sourire, d'un regard, d'une caresse, se glisse derrière le mur et ouvre la porte et les fenêtres. Et derrière le mur, il y a un trésor de force, de possibles, de savoirs. Plein de questions et plein de réponses et tout ce que je suis capable de donner, tout ce que l'amour peut m'apprendre sur moi et sur l'autre.
Alors je n'ai plus peur. La force nouvelle que je sens en moi me rend capable de tout et si sure de ce que je peux donner, un sourire, un regard, une caresse, un amour…
Je t'aime… ouvre-moi…