Désir d'enfant


Comme toutes les gamines, je me suis posé la question du nombre d’enfants que je mettrais sur terre, de l’intérêt de la démarche et surtout de prénoms que je donnerai à ces petits moi-même. J’ai même envisagé dans mes périodes les plus nihilistes de mon existence de ne pas infliger au reste du monde des reproductions de ma fascinante personnalité. J’en arrivais toujours à la conclusion que je verrais ça avec l’homme de ma vie, l’ingénieur ou le médecin que je ne manquerai pas de rencontrer dès que le moment fatidique de la reproduction serait arrivé. A 23 ans, j’ai rencontré la mère de mes enfants, celle qui m’a fait basculer vers le côté obscur de la sexualité. Je n’ai jamais envisagé avec autant de forces la maternité. Oh non, rassurez vous, surtout pas la mienne, mais celle de ma petite femme, la personne qui avait fait naître en moi des sentiments que je ne me sentais plus capable d’éprouver. Je voulais que mon amour mette au monde des enfants qui lui ressemblent.

Ces quelques lignes sont volontairement naïves. Depuis, j’ai bien compris que l’adoption et la conception par des homosexuelles d’enfants bien portants était un sujet tabou. J’ai réalisé tardivement que les hétéros pouvaient en quelques minutes concevoir la vie alors que pour nous ça serait un long chemin de croix. (J’aurais peut être du vous épargner la métaphore religieuse.)

Fascinante et éprouvante constatation...
Et vous savez comment j’en suis arrivée à de telles conclusions.

En regardant le visage cramoisi de ma petite maman quand nous avons abordé récemment à la table familiale et estivale le choix des prénoms de notre future progéniture.

En baguenaudant sur un marché avec ma moitié. Ca pignait de partout. Des mômes à la pelle. Des parents accablés par la chaleur et les hurlements de leurs tout petits, qui en arrivaient sans aucun doute à regretter les quelques minutes de la conception et qui juraient à l’insu de leur moitié qu’on ne les y reprendrait pas...

J’ai réalisé comme c’était facile pour eux d’en avoir, autant qu’ils le voulaient visiblement parce que les gniards gueulards étaient rassemblés par grappes de plusieurs...au retour ma cousine m’a expliqué que les enfants « ça rendait insomniaque », « que c’était drôlement fatigant » et que « bon c’était difficile d’avoir du temps libre avec toute cette marmaille. » Je lui ai souri et j’ai même cru bon d’ajouter que ça laissait à réfléchir.

Le mois prochain, je vous raconterai la fois où j’ai pris conscience que je ne me marierai pas en blanc à l’église... ;)