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Attelons-nous les filles à un petit exercice de mémoire. Rappelons-nous ensemble de l’instant qu’aucune de nous toutes ne pourra oublier…son coming out auprès de sa petite famille. Dans mon cas, c’était auprès de ma mère adorée. Un dimanche en fin d’après midi… pour fêter ça, j’ai le soir même dîné avec mon meilleur ami homosexuel lui-aussi et outé depuis au moins un an dans un fast food entourée de clowns stressants. Contrairement à ce que l’introduction pourrait laisser penser ce n’est pas les instants de ma vie dont j’aime le plus à me souvenir. On ressort ces souvenirs un peu glauques lors d’une première rencontre avec des futurs amis homos ou hétéros curieux de ces choses là. Enfin récemment, ma moitié et moi étions invitées par une amie de ma belle maman adorée à un barbecue glauque. Comme la conversation se languissait un peu. Je me suis jetée à l’eau et j’ai abordé avec cette créature étrange un sujet qui excite ma curiosité depuis au moins deux ans : ce que la mère de ma moitié pense de notre relation. Pour resituer le débat, la première année, elle était incapable d’articuler mon prénom, en début de seconde année ou presque, elle a consenti à me rencontrer mais a omis de me parler et depuis c’est le statu quo. Les questions se bousculaient donc dans ma tête : est-ce qu’elle me hait ? A quel point ? La reverrais je un jour ? Bref… On dit souvent à question bête, réponse du même acabit, je crois qu’on ne se trompe guère. La charmante hôtesse est donc partie dans des grandes considérations sur l’homosexualité féminine en général, la nôtre en particulier, la sienne en passant (oui je vous vois surprises…à nous aussi ça nous a fait un choc et on l’a vécu en direct !), et enfin la réaction des parents de M. Là le verdict est tombé aussi surprenant que déstabilisant. Ma mie avait choisi le mauvais moment pour en parler à ses parents. Il y a deux ans, ils n’étaient pas prêts, aujourd’hui ils le sont… Quelque peu choquées par cette proposition, éventuellement se ré-outer parce que je vous rappelle qu’aujourd’hui ils sont prêts, ils devraient donc super bien réagir et m’accueillir à bras ouverts non ? Nous avons essayé d’entamer le débat avec notre nouvelle amie communautaire. Euh mais vous ne pensez pas, que si nous en ressentions le besoin, c’était que le moment était venu ? Nous fallait il souffrir un an dans le silence à feindre une relation hétérosexuelle imaginaire pour ne pas heurter leur sensibilité ?… Tous nos arguments furent vains, et la dame resta campée fermement sur ses positions. Selon toute vraisemblance elle l’est encore. Je songe à toutes les filles et à tous les garçons, je ne suis pas sectaire, qui se traumatisent en ce moment à l’idée que leurs parents découvrent leur homosexualité, qui se demandent s’ils doivent cracher le morceau et si oui comment ? Que dois je leur répondre en tant que vétérante : attendez le bon moment ? Alors maintenant il va falloir apprendre à distinguer les éléments perturbateurs : chômage dans la famille, manque d’argent chronique, maladie, dépression, temps pourri au mois d’août, mauvais résultats du petit dernier, homosexualité de l’aîné (ne riez pas ça arrive et je sais de quoi je parle…), rage de dents, rhumatismes… Pour conclure cette diatribe inutile mais qui soulage la rédactrice…Je pense qu’il n’y a jamais de bon moment pour les parents, et que c’est à nous de le faire quand on est prêt, na ! P.S. : pour moi ça n’a pas été horrible, ma mère a écrasé une larme et dit qu’elle le savait… |