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même quand on n'en a pas spécialement envie Au départ, je voulais écrire quelque chose de plutôt drole, par exemple, raconter la tête des gens dans mon bled quand j’ai exhibé pour la première fois, toute fiérote, mon t-shirt Petit Bateau bleu layette avec « I LOVE CHEAP BLONDES » écrit dessus. Je voulais donner dans le léger, le frivole, dans la petite-chronique-amusante, mais ce sera pour une autre fois. J’ai une copine qui s’est longtemps posé des questions sur ses préférences sexuelles (j’aime mieux dire « préférences amoureuses », il m’arrive d’être prude), et qui a les réponses à ses questions. Elle se sait lesbienne et elle est amoureuse de sa meilleure amie (hétéro, of course). C’est une longue discussion avec elle qui m’a fait changer d’avis sur ce que serait cet article. Une discussion qui a tourné au monologue parce qu’il était 4heures du matin et qu’elle s’endormait. Mais moi, j’étais lancée dans l’un de mes grands discours, je cherchais des mots élaborés (de plus de trois syllabes) pour lui dire tout plein de choses, et ELLE S’ENDORMAIT !! Alors j’ai essayé de tout mettre par écrit, pour elle, d’accord, mais pas seulement (ça s’appelle l’optimisme). Tout ça n’est peut-être pas très bien écrit, mais c’est sincère. Voilà , ma petite *****. Je ne sais pas si tu te souviens de tout ce que je t’ai dit l’autre nuit, tu m’as cloué le bec à 4 heure et demie. Je te le redis, et j’ajoute tout ce que j’ai oublié. On dirait que tu en es encore à penser « l’homosexualité, c’est mal ». Cette impression que tu as d’être le mouton noir d’un groupe tout le temps, il m’est arrivé de l’avoir aussi. Tu me dis que les choses ne peuvent pas être pires. Je suis d’accord. Tu te demandes pourquoi tu ne peux pas avoir la paix et aimer les mecs « comme tout le monde ». Une solution consisterait à ne fréquenter que des lesbiennes. Je vais me faire des ennemies, mais je n’y crois pas trop. J’adore tous mes proches parce qu’ils sont EUX, je ne vois pas pourquoi je changerais d’amis. M’en faire d’autres ? Oui, mais je ne veux pas entrer dans quoi que ce soit qui ressemble à un ghetto, et toi non plus. Il me semble que je me sentirais encore plus mal, de n’avoir que des amis homos. Tu n’as pas d’autres lesbiennes (célibataires) dans ton entourage (à part moi, mais bon, justement, c’est moi), et tu te demandes, à l’instar de Patrick Juvet, ou sont les femmes. Ben… je n’ai pas trop de réponse, sauf celle-ci : si toi, tu es lesbienne, que moi aussi, qu’on s’est rencontrées dans la grande ville de Toulouse, c’est que, statistiquement, le monde est petit et qu’il doit bien y en avoir d’autres ! Je voudrais que tu me croies quand je te promets que les choses vont aller mieux pour toi, c’est seulement une question de logique, du moins à notre age et dans les conditions de vie qui sont les nôtres. Tu te rends compte que tu aimes les filles, que tu les aimes beaucoup , tu te sens comme obligée de le cacher, et si tu ne te sens pas obligée, tu es tout de même gênée pour en parler. Les gens hétérosexuels (qui parfois ne savent pas ce qu’ils font, aussi fait-il leur pardonner), voient que tu n’es « pas pareille ». Et, oui , d’accord, ils peuvent être intolérants. Mais réfléchis à ce qui peut t’arriver de pire, en essayant d’être objective : tu peux perdre des amis (pas tous, seuls les cons s’en vont, et ceux-là, crois-moi, tu ne les regrettes pas longtemps), tu peux te faire renier par tes parents (là, je n’ai qu’un conseil, réfléchis avant de leur dire, moi, je l’ai regretté amèrement et eux aussi). Pour toi comme pour moi, c’est à peu près tout. Quand je te parle de logique, j’ai raison (de toute façon, j’ai toujours raison, mais là encore plus que d’habitude). Tu peux choisir de cacher ton homosexualité et de la vivre mal, mais justement, cette situation devient rapidement intenable. Pour reprendre ton expression, tu «pètes les plombs » : c’est peut-être ce qui est salutaire. Oui, je sais, là, tu penses que je n’ai pas vraiment écouté quand tu m’as parlé de tes problèmes et que je je dis les choses de façon simpliste et optimiste parce que je vais bien. Ben non. En fait, ton histoire me rappelle la mienne à tel point que, quand tu me racontes ce qui t’arrive, j’en ai parfois mal au ventre, j’ai l’impression que quelqu’un a appuyé sur les touches « rewind » et « play » de ma vie à moi. Et pour le coup, je vais te sembler pessimiste, c’est en ce moment le seul sentiment d’ « appartenance à une communauté » que je sois capable de ressentir. C’est triste à dire, quand même. Je reviens à mon histoire de « pétage de plombs salutaire ». Comme tu n’en peux plus, tu finis par arriver à imposer ta manière d’être aux gens. C’est dit en une phrase, mais c’est le plus long et ça peut faire très mal. On finit par arrêter de réfléchir aux conséquences : quand tu t’imagine t’assumer ouvertement en tant que lesbienne, les retombées sont toujours pires que ce qui arrive réellement. Je suis certaine que ça ne peut qu’aller mieux (là, je m’engage sérieusement), même si c’est long et difficile. Il me semble, ma puce, que je t’ai dit tout ce que tu n’as pas écouté l’autre soir. En fait, tu avais peut-être écouté, mais je n’ai parlé qu’à toi, et j’aime bien l’idée de parler pour plein de gens. Que tous les « plein de gens » m’excusent s’ils me trouvent réductrice et pontifiante, je ne pouvais pas dire quelque chose qui soit vrai pour toutes. |