Femmes afghanes


« Nous nous battons pour la liberté. Pour moi, la pire des choses serait de vivre esclave. On peut tout avoir : à manger, à boire, de quoi se vêtir, un toit où se loger ; si on n'a pas la liberté, si on n'a pas la fierté, si on n'est pas indépendant, cela n'a ni goût, ni valeur ».

Massoud

Si vous êtes passé(e) par fées du logis pour vous remonter le moral, passez votre chemin, car j’ai envie de vous parler d’un peuple qui connaît toutes les souffrances : la guerre, la faim, le froid, la sécheresse, mais surtout la négation du corps et de l’identité. Ce peuple, c’est celui des femmes afghanes….

Plantons le décor :
En 1996, après plus de quinze ans où russes et moudjahidine s’étaient succédés à la tête de l’Afghanistan, où les afghans n’avaient connu que la guerre, les talibans, avec à leur tête Mollah Omar, prirent le pouvoir.
Les talibans sont des fanatiques de Dieu, 30 000 à 40 000 hommes tout au plus qui contrôlent 95% du territoire afghan. Depuis leur arrivée, l’Afghanistan est un état islamique qui a bien failli être reconnu comme état souverain par l’ONU. Ce serait chose faite si ces intégristes n’avaient pas eu l’idée folle de détruire les deux grands bouddhas de Bamihan. Vous pouvez écraser votre peuple messieurs les talibans, mais pas le patrimoine mondial, nan mais, faut pas déconner !

Le Pakistan et l’Arabie saoudite les soutiennent, heureux de voir possible ailleurs ce dont ils rêvent pour chez eux, l’Occident les a armés et équipés de centrales nucléaires sans états d’âme, jusqu’à ce que ces goujats osent s’attaquer à des ambassades américaines. Là encore, fi de la situation du peuple, l’important est de ne pas NOUS toucher. Les talibans ont instauré la loi coranique qui prévoit notamment et dans le désordre, le port de la barbe (mesurée par les talibans) pour les hommes, l’interdiction de toute religion autre que l’islam, de posséder des photos de famille ou des vidéos, et tout ce qui peut gêner le retour à la « pureté des origines de l’islam ». La guerre, la famine, le froid déciment la population, plus d’un enfant sur quatre meurt avant l’âge de 5 ans et l’espérance de vie moyenne est de 44 ans, et nous ne faisons rien, ou presque.
Mais le pire ne réside pas là, mais dans la situation des femmes…

Avant 1996 et depuis 1959 (date où le tchadri est devenu facultatif), les femmes afghanes allaient en jupe ou pantalon, portaient le maillot de bain, et représentaient 70% des enseignants, 50% des fonctionnaires et étudiants et 40% des médecins. Mais depuis l’arrivée des talibans, leur vie a plus que radicalement changé.
Elles doivent porter le tchadri traditionnel (sorte de tente plissée recouvrant le corps de la tête aux pieds, équipée d’un grillage couvrant les yeux), porter dessous un pantalon noir. Le simple fait de porter des chaussettes blanches est puni de coups de fouet.
Les fenêtres de leurs maisons doivent être peintes en blanc pour que l’on ne puisse pas les apercevoir sans tchadri, elles ne peuvent sortir de chez elles qu’accompagnées d’un homme de leur famille.
Elles doivent quitter l’école à 12 ans et n’ont droit à aucune autre forme d’enseignement.
Le travail leur est interdit sous peine de mort.
Elles n’ont pas le droit d’écouter de la musique, d’ailleurs les radios et télés ont été supprimées en Afghanistan, et si cela ne suffisait pas, des petits garçons orphelins sont payés par les talibans pour surveiller maisons et jardins et prévenir si ils entendent de la musique.
Elles n’ont le droit ni aux médicaments ni aux soins, tout juste un lit d’hôpital pour mourir, cachées derrière un rideau.
Les lapidations sont monnaie courante, pour une main sortie d’un tchadri, pour une mère qui a voulu enseigner la lecture à sa petite fille.

Pas un seul chef d’état ne s’est ému de cette situation et le silence régnerait toujours si quelques femmes journalistes, au péril de leur vie, n’étaient allées voler des images de ces afghanes.
Pourtant, malgré la guerre et leur statut si peu enviable, les femmes et jeunes filles afghanes ne souhaitent pas quitter leur pays, auquel elles sont profondément attachées. Quelques-unes fuient, par crainte de la mort ou pour pouvoir tout simplement s’instruire, et ces dernières parlent, quand elles n’ont pas peur pour leur famille restée au pays. Elles ne hurlent pas, non, elles parlent sobrement et s’émeuvent qu’il faille dynamiter des statues pour qu’on les aperçoive, elles, derriere.

Voilà, je voulais juste vous parler d’elles, simplement pour qu’on ne dise pas qu’on « ne savait pas », comme on a pu le faire pour d’autres situations révolues. Si vous désirez en savoir plus, ou même crier avec des millions de femmes et d’hommes à la place des afghanes étouffées pour contraindre les politiques à bouger,

Sources et contacts :
- Dossier Afghanistan - Courrier International 22 mars 2001
- Dossier talibans, le martyre des femmes afghanes – Nouvel Observateur 12 avril 2001
- Negar, soutien aux femmes d’Afghanistan, BP 10, 25770 Franois, negar@wanadoo.fr
- Femmes contre les intégrismes, BP 0640, Lyon cedex 02
- www.afghana.org
- www.afgha.com
- www.afgha.net