Comment changer le monde en une leçon



Connaissez-vous Ma'hlah, Noah, 'Haglah, Milkah et Tirtsah ? Leurs noms ne vous disent rien ? Ces 5 soeurs sont pourtant tellement célébres que leur histoire a été imprimée à des millions d'exemplaires...

Elles n'ont pourtant sorti aucun disque ! Elles ont fait mieux : elles ont bravé les lois hautement misogynes de leur pays et obtenu des plus hautes autorités religieuses, que soient modifiées en leur faveur les dispositions testamentaires qui jusqu'alors dépouillait toute femme de leur pays de l'héritage parental. L'affaire avait pourtant mal commencé : on avait promis à leur pére, Tsélof'had, libéré aprés une longue détention à l'étranger, un bout de terrain en compensation de ses peines. Mort avant d'avoir pu prendre possession du terrain, celui-ci aurait dû revenir aux fils de Tsélof'had, s'il en avait eu. Il n'en avait pas ! Les 5 filles de Tsélof'had trouvérent tellement injuste de se retrouver à la rue sous prétexte qu'elles étaient femmes, qu'elles allérent négocier directement avec la plus haute autorité religieuse, celle juste en dessous de Dieu. Apparemment dans un bon jour, Dieu, par le truchement de l'autorité religieuse, déclara "Lorsqu'un homme mourra sans laisser de fils, vous transmettrez son héritage à sa fille". Ce n'était pas encore la totale égalité entre héritiers de tous sexes, et il y avait des contraintes de mariage à la clé, mais déjà ravies de l'avancée de leurs droits, les soeurs s'en allérent prendre possession de leur terrain sans autre forme de procés.

Anecdotique pensez-vous ? Loin de là, si l'on considére le contexte dans lequel l'histoire s'est déroulée et les conséquences qu'elle a eues sur la pensée d'un peuple !

Contrairement aux apparences, cette histoire n'est pas contemporaine. Elle est citée dans la Torah. Tsélof'had, le père, a connu l'esclavage en Egypte et est mort pendant l'Exode. C'est à Moîse que ses 5 descendantes se sont adressées pour faire modifier la loi d'héritage. Outre les conséquences purement matérielles de la décision, celle-ci posséde un sens plus symbolique, que les rabbins ont étudié. Ils en ont tiré des conclusions qui ont modifié chez le peuple juif la vision de la femme, lui donnant un rôle dans le développement personnel et historique des juifs.

Les docteurs de la loi juive estiment que dans la personnalité de chacun/e, le fils symbolise la conquête par la force, l'agressivité, le matériel, tandis que la fille représente la conquête par la négociation, l'empathie, le spirituel.

Or, selon la loi talmudique, tout être humain a le devoir d'assurer sa vie matérielle et d'enrichir sa vie spirituelle.

Chacun/e n'est pas doté/e équitablement des deux côtés "fils" et "fille" : certaines personnes sont plus fortes, d'autres possédent l'art de la négociation. Les rabbins insistent sur le fait que dans un monde où la force fait souvent loi (loi des fils), un manque d'agressivité dans le caractére n'est pas un handicap, car on peut tout aussi bien utiliser sa capacité à discuter, (loi des filles) pour surmonter l'hostilité adverse et changer le monde.

C'est un bel hommage aux femmes, auxquelles on associe pour une fois traditionnellement des qualités intellectuelles !

Cette vision de la femme, beaucoup de civilisations plus jeunes ne l'ont même pas encore intégrée.

Valérie Foulquier

Sources :

la Bible (Nombres 36, 1-12)
Discours de Rabbi de Loubavitch 13 Tamouz 5715.



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