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Il y ajoute l'interactivité et là les choses se compliquent. On se retrouve soudain capable de donner son avis sur tout, à n'importe qui, n'importe quand. A toute vitesse, sans prendre le temps de réfléchir. On est à même de discuter en tête à tête, d'organiser des groupes d'échange ou des réunions publiques avec des inconnus jamais rencontrés. On en oublie soudain tout ce que nous avions appris jusque-là de respect, d'écoute, d'attention. On envoie des mots sur la toile sans les avoir pesés comme s'ils allaient s'envoler comme le font les paroles ; mais ils sont écrits et ils peuvent être lus et relus par les personnes qui les reçoivent. Chaque nouvelle lecture leur donne un peu plus de poids, c'est comme si on répétait la même chose de plus en plus fort, de plus en plus prés de l'oreille, toujours plus fort. Et l'expéditeur n'a pas a se préoccuper immédiatement de l'effet produit, il ne le voit pas. Tous ces petits signes que nous avons appris à décrypter chez nos interlocuteurs n'existent plus : le front qui se plisse, la paupiére qui tremble, les lévres qui se serrent, le poing qui se ferme, ne sont plus là pour nous arrêter. Il est alors tentant de dire n'importe quoi à n'importe qui sans se préoccuper des conséquences, de toute façon on ne les voit pas, alors pourquoi se prendre la tête ? Est-ce qu'on a blessé quelqu'un, est-ce qu'on a exprimé une idée intolérable, inacceptable, est-ce qu'on a attisé la haine ? Pourquoi s'en inquiéter puisqu'on est seul devant son écran. On peut se permettre d'écrire des choses qu'on ne se permettrait pas ou qu'on nous permettrait pas de dire en face. Mais de l'autre côté de la toile il y a de vraies personnes qui n'ont rien de virtuel et rien de ce qu'on écrit n'est sans conséquence. Faut-il pour autant s'interdire de s'exprimer, avoir des sujets tabous, se plier à la dictature du politiquement correct ? Ou tout simplement sommes nous capables d'appliquer à nos écrits sur Internet la même attention, le même respect des autres et de leur vie que nous appliquons ou que nous essayons d'appliquer dans notre discours direct ? Nous ne pourrons jamais avoir la prétention d'être parfaites, d'être toujours tolérantes, toujours ouvertes aux autres et respectueuses (qui a déjà atteint l'état de Bouddha ?) mais comme on peut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler, on peut aussi faire tourner sept fois son doigt au dessus du clavier avant d'appuyer sur la touche d'envoi. |
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