Un enfant... ça se fait à deux !!



Le désir d'enfant dans un couple homosexuel... y a-t-il sujet plus controversé ? On pourrait à loisir discourir sur les arguments bons ou mauvais avancés par les uns et les autres pour lui reconnaître ou non une légitimité.

J'aurais pu reprendre cette discussion stérile qui consisterait à convaincre ceux qui doivent l'être, que des enfants élevés par des homosexuels ne sont pas des gays ou lesbiennes en devenir. J'aurais pu m'attarder sur les théories fumeuses avancées par Freud sur l'environnement familial à l'origine de toutes "déviances", et vers lesquelles se tournent les détracteurs de "l'homoparentalité".

J'aurais pu choisir de me mettre dans le camp d'une communauté dont je fais partie, pour citer nombre d'exemples positifs de vie familiale réussie. J'aurais pu vous donner des informations juridiques concrètes sur le "comment" du "pourquoi" d'une adoption ou d'une insémination non autorisées en France aux femmes célibataires. J'aurais pu m'attarder sur des situations humaines parfois intolérables que le droit souhaite occulter par souci de moralité ou d'inertie.

J'aurais pu vous dire que des enfants naissent (peu importe comment !) au sein de couples qui les ont désirés. Vous affirmer qu'il est choquant de se fermer à cette réalité car ignorer ce fait conduit à augmenter la précarité des droits de "parents" responsables et aimants.

Oui mais... non.

J'ai décidé de m'adresser à celles qui souhaitent avoir un enfant ou qui en ont déjà un mais surtout à celle qui l'a porté ou le portera. Pourquoi me direz-vous ? Tout simplement parce que l'enfant héritera nécessairement du nom de la mère déclarée célibataire. Qu'à ce titre des droits lui seront attribués à elle et à elle, seule. C'est un fait ou plutôt une réalité juridique contre laquelle nous ne pouvons rien et contre laquelle il n'est pas nécessaire de s'élever. Reconnaître dès la naissance et sur simple déclaration, des droits maternels à la mère est en effet, parfaitement justifié. Cependant, un couple se compose par essence de deux personnes qui acceptent les règles et les devoirs d'une vie à deux. Si la volonté de concevoir et d'élever un enfant émane des deux partenaires, il me paraît normal de penser qu'elles auront pris, ensemble, une décision qui les conduira aux "mêmes" responsabilités et au même amour.

Un jugement, récent et largement commenté dans la presse, a accordé un droit de visite à l'ex-compagne d'une femme, mère de deux enfants. Fera-t-elle jurisprudence ? Autrement dit, pouvons-nous espérer aujourd'hui que les concubines homosexuelles qui auront participé à la vie et l'éducation d'enfants désirés, pourront obtenir un droit qui paraît légitime ? La décision d'un tribunal d'instance est parfois à l'origine de l'évolution du droit. Pourtant, il arrive fréquemment que de longues années se passent avant qu'un jugement novateur soit appliqué par d'autres juridictions. C'est pourquoi, même si l'avancée reste significative, j'aimerais croire que les femmes à la fois "mères et compagnes" garderont à l'esprit que l'intérêt de l'enfant oblige parfois à certaines concessions. Certes, il arrive souvent qu'une rupture soit douloureuse. Pourtant, on ne saurait faire abstraction de la souffrance d'une séparation vécue par la concubine et l'enfant qu'elle aura appris à aimer. Aussi, j'aurais tendance à espérer que la saisie d'un tribunal ne sera plus que l'ultime recours de celles à qui l'on refuse un droit de visite.

Keba



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