Un loup pour la femme


Ah ! Ces goudous qui s’la jouent :

« Je suis une femme, j’aime les femmes.
- Y’en a marre de ces mecs phallocrates qui nous traitent comme de la merde, qui nient notre condition d’être humains.
- Y’en a marre de la concupiscence dégradante, de ce regard bovin qui salit, qui outrage, qui viole.
- Nous sommes les êtres opprimés de la moitié qui se veut supérieure. Mes sœurs, réveillez-vous ! On vous exploite, on vous spolie ! (euh… me suis trompée de refrain, là, non ?)
- Pour que le joug patriarcal s’effrite enfin et que naisse aux yeux du monde ce nouvel être humain : la Femme. »

Elles sont lesbiennes et féministes.
Elles sont en lutte, elles ont la rage.
Elles sont belles de cette force qui les anime.
Pour que demain soit meilleur qu’aujourd’hui.
Pour qu’on n’oublie pas cet hier qui continue de rassembler, de motiver.

Ok, ok...

Mais alors pourquoi faut-il qu’elles se déchirent ?
À quel moment le « Tu enfanteras dans la douleur » a-t-il été transposé en « Tu vivras dans la douleur » ?
Pourquoi faut-il que ces femmes qui s’aiment mettent autant de passion à s’entre-déchirer ?
Pourquoi retourner contre soi cette énergie libératrice ?
Quand celle qu’on aime devient celle que l’on fera le mieux souffrir.
Quand celle qui aime devient possessive. Et que l’aimée devient objet ; possession rien moins que relative que l’on casse consciencieusement au nom de la Passion.

Être l’égale de l’homme, c’est aussi rester Femme et affirmer une différence.
Ne pas devenir « macho » ; ne pas déconstruire son couple dans un rapport de force ; ne pas considérer l’autre comme une « faible femme » un peu névrosée, après tout elle n’est « qu’une » femme ; ne pas partir en croisade au moindre regard glissant vers le décolleté sulfureux de la blonde assise au bout du bar (en même temps, il est là pour ça ce décolleté, non ?) ; ne pas chercher à prouver au monde entier que oui, on a des couilles, parce que NON ! on n’en a pas et c’est bien comme ça.
Parce que si la femme est bien l’égale de l’homme, elle n’est pas comme l’homme.
Et parce qu’elle est femme, celle qui aime se sent plus proche de l’aimée. Plus sensible à ses fragilités. Plus en prise avec ses douleurs profondes.

Est-ce pour cela qu’elles se font si mal, ces femmes qui s’aiment ?
Pourquoi mettre autant de talent à se détruire, à se punir, à se désaimer ?
Pourquoi faut-il qu’on se quitte à coup de dague empoisonnée, entre coups bas et perfidie, harcèlement au sms et autres joies téléphoniques... ?

Par leur lutte, elles ont gagné le droit de s’aimer, de se mal-aimer, de se désaimer...
Par leur combat, elles ont acquis la force de se déchirer, de se blesser, de se détruire.
Parce qu’elles s’aiment.

Parce qu’elle se veut forte, gay et outée
Parce qu’elle a tout mélangé, perdue dans une symbiose sans issue
En quête d’une identité en perpétuelle évolution

La femme est devenue
Parfois
Un loup pour la femme.


Tranquillou


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