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La confiserie
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J’ai toujours rêvé d’aimer acidulé. De déguster cet amour comme on suce un bonbon. Découvrir des parfums inattendus et les sentir couler le long de ma gorge. Légère, me réveiller au matin et plonger dedans comme on plonge les mains dans une barbe à papa. J’ai toujours aimé les sucreries… Déjà à dix ans, je volais cinq francs dans le sac de ma mère et partais en courant chez la boulangère. Butin en poche, je filais au jardin public me cacher dans la cabane de bois, à l’abri des envieux. Ma main attrapait alors la poche transparente et, de mes doigts, j’écartais les plis du plastique. Mes yeux écarquillés découvraient ces promesses de plaisirs : des fraises tagada, des têtes-de-nègre, des cars-en-sac à la pelle. Mais de cent grammes de bonbons, je ne faisais que quelques minutes de dégustation. Alors, je retournais voler quelques sous à ma mère et repartais telle une flèche… Mais la confiserie était fermée. Tant pis, je reviendrai demain… Plus grande, je fus pareille avec les filles : gourmande. Un temps, j’en fus même boulimique. Au point qu’un jour, je me suis aperçu qu’à force d’en manger, mes papilles n’en détectaient plus le goût. Je me suis donc mise au régime pour un temps, pensant même arrêter toute consommation. Puis, un jour de printemps, à quelques rues de chez moi, une confiserie de rose vêtue prit place. Mon âme d’enfant renaissait à cette apparition. Timide, je passai la porte et découvris les lieux avec émerveillement. Cependant, méfiante, je n’achetai rien et repartis bredouille. À ma grande surprise, la confiseuse me rattrapa avant que je natteigne le bout de la rue et me tendit un sachet : « Tenez, cest pour vous, goûtez-les au moins, je vous les offre ». Dans un premier temps, je refusai poliment, en lui prétextant que tout cela n’était pas raisonnable, que j’avais arrêté ce genre de chose. Que Monsieur le Confiseur ne serait pas content s’il apprenait que Madame liquidait le stock de bonbons de cette façon. Dieu sait pourtant si mon cur palpitait rien quà lidée deffleurer sa main pour saisir ce bonheur en sachet. Elle insista, je refusai encore. Elle me dit : « Repassez demain, si vous voulez, je vous le mets de côté ». Je fis la moue et me gardai bien de lui montrer le bouillonnement intérieur qui était le mien. Sous une pluie fine, mon pied se fit guilleret, tellement guilleret qu’il glissa sur le clou d’un passage. Ma rotule sonna de son os sur le bitume, mais la douleur que j’aurais dû ressentir à cet instant était enrobée de pensées à l’avenir glucosé. Au jour d’aujourd’hui, je fais du caramel avec la confiseuse et redécouvre le goût du sucre d’orge. Mais je dois bien avouer que je ne peux oublier cette crainte enfantine : que la confiserie ferme de nouveau. Que le théâtre de mes sucreries baisse définitivement son rideau… |
| Maboo |
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