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Benja et Chloé |
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J’avais rien demandé et puis un jour de la fin d’un printemps, j’ai été livrée au monde. Livrée sans arme et sans colère. La colère, elle est venue après… On naît, mais on n’est encore presque rien. On m’a dit que l’avenir m’appartiendrait. D’abord j’ai été contente de savoir que j’allais avoir quelque chose à moi, puis, j’ai été déçue parce qu’il fallait attendre longtemps et que l’avenir, je savais même pas ce que c’était. C’est long le temps, alors j’ai pris mon mal en patience. C’est long le mal quand on n’a pas la patience. J’ai regardé vivre les adultes pour occuper le temps et le mal de l’impatience. C’est là que la colère m’est venue. Ils étaient grands et je les ai trouvés petits, ils étaient forts et ne m’ont pas défendue, ils savaient la vie et ils l’ont mentie. J’ai pas voulu devenir comme eux, alors, sans rien dire à personne, j’ai fait semblant de grandir. J’ai cherché dans les livres les leçons que je voulais apprendre, j’ai inventé l’amour qu’ils ne m’ont pas appris et j’ai fait les enfants que j’aurais voulu naître. Et puis, pour occuper le temps de l’avenir qui allait un jour leur appartenir et pour soigner le mal de la patience qu’il faudrait pour le construire, je les ai regardés vivre. Ils étaient petits et je les ai trouvés grands, ils étaient faibles et je les ai protégés, ils m’ont tout appris de la vie sans jamais la mentir. |
| Minouchon |
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