Fatiguée 

Après avoir tenté pas sept fois d'écrire un article pour feesdulogis.net sans jamais en terminer un seul, je me décide donc à prendre le taureau par les cornes au lieu de mes jambes à mon cou. Pourquoi ai-je perdu le feu sacré ?

Rassurez-vous, je ne vais pas vous entretenir sur mes problèmes privés, mon rhume des foins qui vient avec l'automne, mon manque de potassium et mes insomnies...
Non, je suis fatiguée d'écrire sur ce que ce monde a de laid, de minable et de médiocre.

Récapitulons les faits : d'abord, j'ai découvert que j'étais attirée par les filles (surtout certaines, à vrai dire). Puis je me suis souvenue qu'il ne faisait pas bon être autre chose qu'hétéro dans notre belle société démocratique et républicaine... Alors j'ai cherché un coin pour me poser et prendre le temps de digérer tout ça.


Je suis donc arrivée dans le monde merveilleux des lesbiennes non-mixtes et j'ai découvert qu'on pouvait ne pas être en compétition avec les hommes, ce qui m'a permis d'avoir plus tard d'excellentes relations pleines de respect avec ces messieurs (du respect pour eux et pour moi).

Puis je suis arrivée dans le monde des associations mixtes, j'ai découvert que les gays et les lesbiennes avaient des tas de choses à s'apporter et j'ai appris des tas de trucs passionnants.


Mais j'ai découvert aussi que certaines de mes camarades détestaient les hommes de manière totalement irrationnelle et qu'on n'avait pas le droit de discuter de ce sujet avec elles, parce que "ma petite, sans moi, sans tout mon militantisme, tu n'en serais pas là aujourd'hui", parce que leur vécu les dispensait de toute explication et surtout de toute remise en question.

J'ai découvert également que les pédés et les gouines ne trouvaient souvent rien de mieux à faire que de se taper dessus : et vas-y que les gouines sont moches et vulgaires ou coincées-cuculaprâle, et vas-y que les pédés sont des folles ridicules ou les pires machos que la Terre ait portés...

Plus tard, j'ai aussi découvert que les Bis étaient des homos qui ne s'assument pas ou, pire encore, des infidèles incapables d'amour et complètement déséquilibrés (tant qu'à faire, n'est-ce pas ?)

Ensuite, j'ai réalisé que les personnes transsexuelles n'avaient pas le droit de décider qui elles étaient et que d'autres personnes, ne connaissant souvent rien au transsexualisme (c'est tellement plus drôle de parler de ce qu'on ne connaît pas, le tout étant de le faire avec l'air convaincu), décernaient au petit bonheur des étiquettes rose ou bleues et avaient le culot de dire à une femme qu'elle n'en était pas une.

Je suis fatiguée de tout ce que j'entends de minable, de bas du front et de médiocre. Il y a quelques mois, j'ai entendu dire au défilé de la Pride de Toulouse à propos d'une Drag Queen : "Oh la honte, comment veux-tu qu'on soit respecté en défilant à côté d'individus pareils, avec leurs plumes dans le cul ? On devrait au moins les foutre en fin de cortège"...

Alors, je suis fatiguée d'entendre ça, fatiguée d'écrire des articles sur ça, fatiguée de devoir prendre un rôle de moralisatrice pour dire des évidences comme "l'intolérance, c'est mal" et "c'est très vilain de juger les gens sans les connaître".
Des défauts et des préjugés, on en a tous, le tout étant d'être prévenu et de ne pas considérer comme une humiliation de dire "j'ai eu tort". Je connais personnellement des gens qui sont intimement persuadés d'avoir toujours raison et ils n'ont pas beaucoup d'amis...

Alors si les gens veulent se mépriser et se haïr, passer des soirées à disserter de ce qui est bon (eux) et de ce qui est mal (les autres), qu'ils restent dans leur bocal bien étanche. Simplement, il faudrait penser à ajouter du formol, parce qu'au bout d'un moment, ça risque de sentir un peu fort.


Moi, pendant ce temps-là, j'irai refaire le monde avec tout celles et ceux qui voudront bien, on se mettra des plumes dans le cul et on rigolera bien !