La gynécologie médicale en danger
Le gouvernement brade la santé des femmes


Alors qu'on nous gave de beaux discours sur la parité et que les défenseurs de celle-ci se font mousser, les femmes restent les premières victimes du chômage, de la précarité, de la violence ; elles sont confrontées au manque de structures pour faire garder leurs gamins (c'est clair que si elles ne s'entêtaient pas à vouloir mener une vie sociale et si elles restaient à la maison, il n'y aurait plus de problèmes de garde, ni de chômage !) et la différence de salaires entre hommes et femmes, à travail et à compétences égaux, perdure. A ceci, le gouvernement veut ajouter la suppression de la gynécologie médicale bien que la nécessité de l'existence de cette profession soit évidente (à noter, entre autres, l'augmentation du nombre des femmes hétérosexuelles atteintes du sida, soit 22 % du total des malades en 1998, contre 16 % en 1990), que la demande d'un rétablissement d'une formation de gynécologie médicale digne de ce nom et la revendication pour les patientes d'un accès direct et libre à cette spécialité, soient réitérées avec insistance lors de manifestations, mais aussi au moyen de la pétition, lancée par le Comité de défense, réunissant plus d'1 200 000 signatures et par la création de 90 comités locaux de soutien et d'information.

Peut-on encore ignorer que la gynécologie médicale assure un large travail de prévention et d'éducation ? qu'elle prévient des cancers comme, entre autres, ceux du sein ou de l'utérus ? qu'elle prévient des infections graves, des chirurgies mutilantes, de l'I.V.G., etc. Peut-on encore ignorer qu'elle informe aussi, qu'il s'agisse de M.S.T., de moyens de contraception ou des risques encourus lors de telles situations ou tels comportements ? C'est ainsi que cette spécialité, créée en France, en 1967, et régulièrement consultée depuis par 6 millions de patientes, a permis de réduire le taux de mortalité chez la femme et de diminuer le nombre de cancers du col de l'utérus, de 6000 (en 1975) à 1600 (en 1995). Un exemple frappant : aux Pays-Bas, alors que la gynécologie médicale n'existe pas, 46 % des femmes d'environ 50 ans ont subi une ablation de l'utérus, contre 14 % en France.

Cette profession ayant donné à la femme la possibilité de se libérer des servitudes auxquelles son corps la soumettait, est en train de disparaître. On ne forme plus de gynécologues médicaux depuis 13 ans ! Une situation à laquelle le Comité de défense de la gynécologie médicale, constitué à l'initiative du docteur Dominique Malvy, essaie de remédier.

En effet, depuis trois ans, le Comité mène une large campagne d'information auprès de la population, de la presse mais aussi des élus et des gynécologues eux/elles-mêmes. Il négocie depuis deux ans avec les ministères et réclame "le rétablissement et la pérennisation de la spécialité de gynécologie médicale sous la forme d'un diplôme universitaire autonome et distinct de celui de l'obstétrique, le maintien du droit de consulter librement et directement, dans l'avenir comme aujourd'hui, le gynécologue de son choix et le remboursement par la sécurité sociale, dans les mêmes conditions qu'aujourd'hui de cette consultation directe" (voir la lettre aux élus).

Les pouvoirs publics continuent à faire la sourde oreille et à pondre des réformes trompeuses. Quels prétextes invoquent-ils pour justifier leur position ? Des prétextes bien entendu fallacieux : au nom de l'harmonisation européenne, de l'uniformisation des études médicales et des diplômes européens. Ne serait-ce pas plutôt à cause d'un enjeu économique, celui de réduire le déficit de la sécurité sociale ? En effet, la consultation chez un spécialiste coûte deux fois plus chère que celle faite chez un généraliste. Mais a-t-on réfléchi à long terme ? Une étude faite auprès de 3 000 femmes révèle que 52 % d'entre elles consultent leur gynécologue une fois par an et 31 % plus d'une fois par an... et ceci pour le dépistage ou la prévention de cancers, pour des conseils ou le suivi de la contraception. 57 % refusent d'avoir affaire pour ce type de consultation à un généraliste et ne consulteront plus qu'en cas de problèmes, voire en cas de graves problèmes uniquement (15 %)... quand il sera peut-être trop tard et que l'opération sera inéluctable. Le coût risque donc de se montrer beaucoup plus élevé qu'on ne semble le prévoir. Sans parler du coût humain !

Cette disparition progressive de la gynécologie médicale serait-elle le résultat du sexisme et du mépris nourri contre cette spécialité (des femmes à 87 %) régnant dans le milieu médical : est-ce que des grands patrons de la médecine, des chefs de services, des professeurs universitaires ou encore des gynécologues obstétriques (pour la plupart des hommes...) ne désireraient-ils pas voir la suppression d'une spécialité qui les dérange ?

Si le gouvernement ne change pas de politique, d'ici quelques années, il faudra donc tout d'abord consulter un généraliste qui aura suivi une formation rapide pendant laquelle il aura d'ailleurs aussi été "formé" à la pédiatrie. C'est alors à ce généraliste que reviendra de décider si oui ou non il est nécessaire de consulter un gynécologue obstétricien-chirurgien (spécialiste des accouchements pathologiques et de la chirurgie qui devra, en plus de sa fonction initiale, se charger de résoudre les difficultés rencontrées par le généraliste. De plus, il est à noter que les gynéco obstétriciens sont déjà peu nombreux et débordés).

 

Restons vigilant-e-s. Continuons à résister et à nous battre parce qu'il s'agit bien d'une régression sociale et d'une atteinte aux droits des femmes. Cette volonté de suppression est très symptomatique de la considération que le gouvernement porte à la santé des femmes. Aussi toutes les femmes doivent-elles se sentir concernées, quelque soit leur orientation sexuelle, parce que cancers comme M.S.T. s'attaquent indifféremment aux unes et aux autres !



Stéphanie


Pour contacter le Comité de défense de la gynécologie médicale par courrier : 3, rue de Genève, 81000 Albi et 19, rue des Gobelins, 75013 Paris. Pour se procurer la pétition ou encore contacter le comité de votre quartier. Pour plus de renseignements et pour avoir les dernières nouvelles du front (comprendre comment le principe du médecin référent va à l'encontre du code de la déontologie médicale, comment nous risquons de dériver "vers une médecine à 2 vitesses, à filières rigides, uniquement préoccupée, pour ne pas dire obsédée par des objectifs de maîtrise comptable des dépenses"), rejoignez le http://www.ilink.fr/asterise.

 

Sources :
DS, n° 26, juillet 1999.
Nouvel Observateur, n° 1805, 10 au 16 juin 1999.
Lesbia Magazine, n° 184, juillet/août 1999.
Libération, 9 septembre 2000.



 © 2000 feesdulogis.net