Nelly Kaplan dans tous ses états



Depuis son invention et pendant des années, le cinéma, sous un regard exclusivement masculin, a reproduit les schémas identitaires et sociaux d’une société à domination patriarcale. Aussi les femmes y tenaient-elles des rôles caricaturaux : de la femme dominée, éternellement maternelle et naïve, à la femme fatale, traîtresse et adultère.
Cependant, depuis les années 70, le cinéma connaît une féminisation qui, bousculant les idées reçues et le regard porté sur la réalité sociale, les relations familiales ou les rapports entre les sexes, va mettre à mal les modèles anciens.
Les réalisatrices apportent un autre point de vue. Un regard nouveau, au féminin. L’image de la femme, de son corps, de sa sexualité, de sa vie amoureuse et familiale change, offrant des alternatives à la représentation des sexes et des rapports de sexe à l’écran. Les relations hommes-femmes ne s’expriment plus seulement dans leur dimension sexuelle. On dépasse les clichés, on lève le voile sur des sujets tabous. Ce nouveau regard, audacieux, souvent dérange par des problématiques inédites, des personnages féminins différents.


La réalisatrice, scénariste, documentariste, poète, écrivain, Nelly Kaplan réfute la notion de cinéma féminin, classificatrice, réductrice, une notion qui ferait disparaître toute singularité et sous-entendrait une configuration type des films de femmes. Pourtant, bien qu’elle s’en défende, son œuvre est engagée, féministe.
En effet, dans la majorité de ses œuvres bibliographiques et filmiques, Nelly Kaplan s’attaque avec humour au patriarcat. Elle détruit le mythe masculin, en renversant l’ordre établi entre les sexes, et elle recrée un monde dans lequel la femme tient le rôle de l’élément perturbateur. Inversement des rôles : l’homme est représenté comme le « sexe faible » et devient objet sexuel. Nelly Kaplan renverse ainsi nombre de clichés. Toutes ses héroïnes sont des révoltées, étouffant dans un monde à l’esprit étriqué. Ainsi en est-il notamment du personnage de Marie (Bernadette Lafont), héroïne superbe de La Fiancée du pirate qui dévoile et brise tabous et ordre établi dans le petit village de Tellier. Portrait d’une femme moqueuse, audacieuse, belle et rebelle. Personnage féminin et féministe revendiquant considération et droit à la différence.


Nelly Kaplan est née en 1936, à Buenos Aires, de parents russes. Elle arrive à Paris dans les années cinquante, rencontre Soupault, Breton (et c’est alors le début « d’une éblouissante amitié amoureuse »), Pieyre de Mandiargues. Elle y entame une carrière cinématographique, travaille avec Abel Gance pendant dix ans tandis que, sous le pseudonyme de Belen, elle écrit. Elle publie divers textes surréalistes. Le Réservoir des sens est son premier recueil de nouvelles paru à la Jeune Parque en 1966. En 1969, elle réalise son premier long métrage, La Fiancée du pirate, avec Bernadette Lafont.
Nelly Kaplan assure depuis plusieurs années la chronique cinéma du Magazine Littéraire et cherche un producteur pour son prochain film : Cuisses de grenouille.


Tout ceci pour annoncer qu’enfin sortent en DVD, le 16 novembre 2004, La Fiancée du pirate (1969) - Charles et Lucie (1979) - Papa les petits bateaux (1971) - Plaisir d’amour (1991) - Il faut vivre dangereusement (1975), livré avec des suppléments : Interviews de Nelly Kaplan - Essais de Bernadette Lafont pour La fiancée du pirate - Films annonces - Images d'archives - Interview de Claude Makovski - Nelly Kaplan dans tous ses états - Abel Gance et son Napoléon - Abel Gance hier et demain.


Et, pour en savoir plus :
Nelly Kaplan, le verbe et la lumière, textes réunis et présentés par Mireille Calle-Gruber et Pascale Risterucci, L’Harmattan, 2004.



Filmographie





Documentaires

Gustave Moreau (1961), 22 mn. Scénario, réalisation et montage : Nelly Kaplan. Prises de vue : François Bogard. Musique : Jean Ledrut. Texte dit par Lolleh Bellon, André Breton, Jean Martin et José Squinquel.

Rodolphe Bresdin (1962), 17 mn. Sc., réal. et mont. : Nelly Kaplan. Prises de vue : Arcady. Mus. : Michel Magne. Texte dit par Michel Bouquet.

Abel Gance, hier et demain (1963), 28 mn. Sc., réal. et mont. : Nelly Kaplan. Prises de vue : Nelly Kaplan, Giovanni Ciarlo, Arcady. Mus. : Michel Magne. Texte dit par Abel Gance.

À la source, la femme aimée (1965), 9 mn. Sc., réal. et mont. : Nelly Kaplan. Prises de vue : François Bogard. Texte d’André Masson. Mus. : Bernard Gérard.

Dessins et Merveilles (1966), 12 mn. Sc., réal. et mont. : Nelly Kaplan. Prises de vue : François Bogard.Texte de Gaëtan Picon, dit par Claude Makovski.

La Nouvelle Orangerie (1966), 8 mn. Sc., réal. et mont. : Nelly Kaplan. Prises de vue : François Bogard. Texte dit par Jacques Paoli.

Les années 25 (1966), 10 mn. Sc., réal. et mont. : Nelly Kaplan. Prises de vue : François Bogard. Chansons de Ricet-Barrier. Texte dit par Jacques Paoli.

Le Regard Picasso (1967), 52 mn. Sc., réal. et mont. : Nelly Kaplan. Prises de vue : François Bogard. Partition sonore : Michel Fano. Mus. : variation de Beethoven sur un thème de Diabelli. Texte dit par Jacques Paoli.

Abel Gance et son Napoléon (1984), 60 mn. Sc., réal. et mont. : Nelly Kaplan. Prises de vue : Jean Monsigny. Mus. : Betty Willemetz et Hubert Rostaing. Présentation : Michel Drucker. Avec la voix d’Abel Gance.



Fictions et scénarios


Programme Magirama, en collaboration avec Abel Gance, 1956. Films en polyvision, sur triple écran.

La Fiancée du pirate (1969), 1h 47mn. Scénario : Nelly Kaplan et Claude Makovski. Directeur de la photo : Jean Badal. Musique : Georges Moustaki. La chanson Moi, je m’en balance, chantée par Barbara. Acteurs : Bernadette Lafont, Georges Géret, Julien Guiomar, Jean Paredès, Claire Maurier, Francis Lax, Henry Czarniak, Jacques Marin, Claude Makovski, Louis Malle, Emilia Palacio, Pascal Mazzotti, Marcel Perés, Micha Bayard, Fernand Berset, Gilbert Géniat, Jacques Masson, Renée Duncan, Michel Constantin.

Papa, les petits bateaux… (1971), 1h 39 mn. Sc. : Nelly Kaplan, Claude Makovski et René Guyonnet, adaptation libre du roman Bande de Raptés de Jean Laborde. Dir. de la photo : Ricardo Aronovich. Mus. : André Popp. Acteurs : Sheila White, Michel Bouquet, Judith Magre, Michael Lonsdale, André Valardy, Pierre Mondy, Sidney Chaplin, Bernard Mousson, Catherine Allégret, Dalio, Jean Paredès, Belen, Iks Vokam, Tenno Yug, J.-C. Massoulier, Regine Desforges, Jean-Jacques Pauvert.

Néa (1976), 1h 47 mn. Sc. : Nelly Kaplan et Jean Chapot, adaptation libre d’une nouvelle d’Emmanuelle Arsan. Dir. de la photo : Andréas Winding. Mus. : Michel Magne. Acteurs : Ann Zacharias, Samy Frey, Micheline Presle, Françoise Brion, Heinz Bennent, Ingrid Caven, Chantal Bronner, Martin Provost, Roland Briet, Claude Makovski, Jean Chapot, Belen, Michel Viala et le chat Villiers de l’Isle de Cumes.

Charles et Lucie (1979), 1h 38 mn. Sc. : Nelly Kaplan, Jean Chapot et Claude Makovski, d’après une idée originale de Jean Chapot. Dir. de la photo : Gilbert Sandoz. Mus. : Pierre Perret. Ginette Garcin, Daniel Ceccaldi, Belen, Jean-Marie Proslier, Georges Claisse, Guy Grosso, Henri Tisot, Féodor Atkine, Pierre Repp, Jacques Maury, Renée Duncan, Samson Fainsilber, Robert Beauvais, Claude Makovski, Jean Chapot.

Pattes de velours (1985), 1h 30 mn. Sc. : Nelly Kaplan et Jean Chapot. Dir. de la photo : Michel Carré. Mus. : Betty Wellmetz, chanson du film : Nelly Kaplan. Acteurs : Michel Bouquet, Pierre Arditi, Bernadette Lafont, Caroline Silhol, Roger Carel, Cécile Auclert, Yves Jouffroy, Jean Chapot, Claude Makovski, Grégorio Manzur, Guillermo Nunez.

Plaisir d’amour (1991), 1h 47 mn. Sc. : Nelly Kaplan et Jean Chapot. Dir. de la photo : Jean-François Robin. Mus. : Claude Bolling. Acteurs : Pierre Arditi, Françoise Fabian, Dominique Blanc, Cécile Sanz de Alba, Heinz Bennent, Pierre Dux, Jean-Jacques Moreau, Roger Robinel.






Bibliographie


Le Réservoir des sens, illustré par André Masson, La Jeune Parque, 1966 ; nouv. éd. augm. J.-J. Pauvert, 1988. Nouvelle édition au Castor Astral, avec ajout du texte La Gardienne du temps, 1995.

Le Collier de Ptyx, ciné-roman, J.-J. Pauvert, 1971.

Mémoires d’une liseuse de draps, J.-J. Pauvert, 1974.

Aux orchidées sauvages, La Différence, 1998.

Un manteau de fou rire (Mémoires d’une liseuse de draps, revisité par l’auteur), La Différence, 1998.

Ils furent une étrange comète, Le Castor Astral, 2002.

Manifeste d’un art nouveau : la polyvision, Caractères, 1955.

Le Sunlight d’Austerlitz, journal d’un tournage, Plon, 1960.

Napoleon, traduit en anglais et adapté par Bernard McGuirk, Londres, British Film Institute Publishing, 1994.



Nelly Kaplan a été co-scénariste du film de Claude Makovski, Il faut vivre dangereusement (1974) ainsi que des téléfilms de Jean Chapot : Livingstone (1980) ; Un Fait d’hiver (1981) ; La Tentation d’Antoine (1981) ; Ce fut un bel été (1982) ; Le Regard dans le miroir(1984) ; Le Crépuscule des loups (1986) ; Les Mouettes (1989) ; Honorin et la Loreleï (1991) ; Polly West est de retour (1992) ; Honorin et l’enfant prodige (1993) ; La Petite Fille en costume marin (1997).


Stéphanie


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