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Le Tokyo lesbien (épisode 1)
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Mon premier contact avec le Milieu homo s'est effectué lors d'un séjour d'un an au Japon. C'est avec beaucoup de curiosité et d'excitation, mêlés à un peu d'appréhension, que je me suis enfin décidée à entrer pour la première fois dans un bar lesbien, accompagnée pour me soutenir moralement de plusieurs paquets de clopes et d'une de mes amies hétéro, mais connaissant néanmoins mieux que moi le Milieu pour avoir déjà aidé son meilleur pote gay à y faire ses premiers pas. Nous plongeons donc dans le quartier gay et lesbien de Tokyo, Ni-chome, à l'écart du cœur de Shinjuku, de sa circulation intense, de ses haut-parleurs et de ses gratte-ciels illuminés. Impression un peu curieuse de rentrer dans un monde parallèle de petites ruelles calmes et de bâtiments vieillots – rien à voir avec le cachet du Marais parisien. Gay is beautiful n'est pas une conception japonaise – et, si vous entrez à Ni-chome, ce n'est pas pour un salon de thé à la mode ou une boutique de fringues originale. Une Japonaise à qui j'ai dit nonchalamment où j'avais été la veille m'a d'ailleurs fait remarquer, horrifiée : " Mais Ni-chome, c'est le quartier homo ? ! ". Mais oui, c'était le but… Mon amie et moi entrons donc au Mars bar – pourquoi donc un bar lesbien s'est-il affublé du viril patronyme du dieu de la guerre, cela me laisse perplexe, mais les voies du sens de la contradiction à la japonaise sont impénétrables Accueil amical de la barmaid, une petite butch au sourire éclatant – pas de doute, je suis dans la place ! Devant le commentaire de mon amie : " Elle est un peu masculine, mais plutôt pas mal ! ", nous nous lançons dans un débat animé concernant l'opportunité de l'emploi de cette conjonction adversative - débat interrompu par l'arrivée d'une habituée vêtue à la Matrix qui entreprend de draguer ma copine. Pas de chance, mauvaise pioche – remercions l'ambiguïté de la langue japonaise dont l'absence de genre a permis à mon amie de mettre en avant l'existence d'un petit ami sans dévoiler son hétérosexualité ! Pas démontée pour autant, notre inconnue se tourne vers moi : " Et toi, t'es casée ? ". Devant ma réponse évasive, elle se lève soudain et se dirige vers la porte. Nous la voyons revenir 15mn plus tard fort bien accompagnée et se livrant ensuite à de frénétiques embrassades avec sa nouvelle conquête. Mon amie me tire de ma contemplation devant cette scène nouvelle pour moi en me disant que sa voisine est étudiante dans la même université que nous. " C'est vrai ? Tu lui as demandé son mail? " " Bah…non ! " - j'avais presque oublié qu'elle était hétéro ! J'engage donc la conversation avec sa jolie voisine, émerveillée de constater que non, je ne suis pas la seule lesbienne parmi les 30 000 étudiants de ma fac… Nous finissons par quitter le bar quelques heures plus tard. Même si la seule blonde avec qui j'ai fauté était une Heineken, le bilan de la soirée est plus que positif. Sentiment d'une seconde naissance, de m'être enfin libérée de toutes mes peurs et préjugés, de faire partie d'une communauté … |
| Laurence |
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