La mixité à l'école


Ce n'est que depuis la Loi Haby du 11 juillet 1975 que la mixité est obligatoire en France. Mixité dont l'objectif est de donner l'égalité des chances entre les filles et les garçons. Mixité qui soulève depuis quelques années des interrogations notamment depuis que deux constats ont été effectués : d'une part, l'augmentation des agressions sexuelles contre les adolescentes à l'intérieur même des établissements et, d'autre part, avec l'échec scolaire croissant des garçons (amorcé dès les années soixante-dix, le retard des garçons ne ferait que s'accentuer). En dépit de la supériorité scolaire des filles, les enseignants eux-mêmes reproduisent les clichés sexistes, en favorisant inconsciemment les garçons.
Avec la rentrée de septembre 2003, le livre Les pièges de la mixité scolaire du sociologue Michel Fize a fait remonter en surface la polémique sur la mixité à l'école.
L'enquête de cet auteur part d'un double constat d'échec de la mixité. Avec, d'une part, le fait que les garçons travaillent moins bien que les filles, mais que ces dernières n'accèdent toujours pas en masse aux filières scientifiques et sont victimes du sexisme inconscient des professeurs. Et, d'autre part, que la mixité n'a pas mis fin aux violences sexistes voire sexuelles des garçons envers les filles. En ce qui concerne la violence scolaire, en décembre 2000, lors du colloque organisé par l'Association Du côté des Femmes de Cergy- Pontoise, un texte avait été prononcé sur la violence à l'école. Ce dernier est en ligne sur le site des chiennes de garde. Ce texte nous rappelle que " pendant longtemps, l'éducation des filles n'étaient pas considérée équivalente à celle des garçons ". La finalité de cette éducation était différente. Grosso modo, elle préparait surtout les jeunes filles à être de bonnes épouses, de bonnes mères etc. De cette finalité, " de nombreuses traces sont restées dans la façon dont les filles sont considérées, encore aujourd'hui, dans l'institution scolaire " (tant pour la notation des copies que dans le regard des enseignants qui considèrent globalement qu'il est plus intéressant d'enseigner à des garçons qu'à des filles car, pour eux, les filles sont jugées " toutes pareilles "). " Les élèves filles sont d'abord définies par rapport à leur sexe, alors que les garçons sont perçus comme des individus distincts. Par conséquent, les garçons reçoivent un enseignement plus personnalisé et monopolisent une plus grande part d'attention, quel que soit le sexe de l'enseignant. En toute logique, les enseignants valorisent chez les filles conformisme et passivité alors qu'ils favorisent l'initiative et l'originalité chez les garçons(…) Par la suite, les filles intègrent ces différences de jugement dans leur cursus et perdent confiance. " Pour ce qui est de la violence physique " tout se passe comme si l'attitude des garçons était inévitable. Que la seule façon de réagir est de protéger les filles ou de leur apprendre à se battre, mais certainement pas de tenter une prise de conscience (ou même des punitions) chez les garçons. Il en résulte, d'une part à un processus de victimisation " et d'autre part, " un processus de culpabilisation (…) pour résumer : si les garçons regardent sous les jupes des filles, c'est parce que les filles ont des jupes. S'ils frappent les filles, c'est parce qu'il y a des filles. "
Pour Michel Fize, le tort de l'Education Nationale est de ne pas avoir " pensé " la mixité, d'avoir cru qu'il suffisait de mettre garçons et filles ensemble pour assurer l'égalité des chances. Sans revenir sur le principe général de la mixité, l'auteur plaide pour l'ouverture provisoire de classes optionnelles non mixtes au collège.

Que l'on soit pour ou contre ou sans avis sur la question de la mixité scolaire il est clair que si la mixité avait pour but l'égalité des chances entre les sexes, il semble qu'on en soit encore loin… cela aurait manifestement exigé plus que de placer les garçons et les filles dans la même classe. Et il est rassurant de voir que, même si la question n'est pas résolue, celle-ci a été soulevée depuis quelques temps.

A lire :
L'article de Claire Chartier dans les dossiers de l'Express
Et l'interview de Michel Fize également dans les dossiers de l'Express.


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