Homophobie scolaire


Votre rédactrice en chef se sacrifie pour vous !!... Lors du colloque sur l’homophobie à l’école (pour plus d’infos, allez donc lire mon autre article...), j’ai rencontré une charmante demoiselle qui donnait un témoignage sur l’homophobie qu’elle avait elle-même subie au secondaire. J’ai trouvé ça particulièrement pertinent, quand on sait que notre beau cégep n’est pas exempt d’homphobie... Je l’ai donc gentiment invitée à me donner une entrevue. Voici la p’tite histoire de Marie-Noelle Le Pan, 18 ans, en cinéma à Maisonneuve, racontée par elle-même.

" Tout a commencé lorsque, ma copine et moi, nous avons annoncé ouvertement que ce n’était pas l’amitié qui nous liait. Près d’un mois passé dans l’ombre, notre couple avait besoin d’éclater au grand jour. Inutile de vous spécifier que la nouvelle, tombée dans les mains de personnes que nous croyions à l’époque nos amis, ne resta guère longtemps dans la noirceur. S’ensuivit une série d’événements qui nous prouvent, encore une fois, que les jeunes de nos jours ignorent tout, ou presque, de l’homosexualité.

Rumeurs, moqueries et hypocrisie, voilà ce qui nous attendait lorsque nous mettions les pieds à l’école. Inévitable. C’était ainsi jour après jour. Dès ce moment, ce fut le sujet de divertissement. Traitées de bêtes de cirques et essuyant les insultes les plus ridicules, nous avons vécu dans ce fléau d’ignorance pendant près de 3 mois. Après, l’accalmie. Nous avons cru, à tort, que certains avaient compris et que les esprits échauffés à la vue de l’homosexualité s’étaient tempérés. Les plus silencieux et les mieux placés se sont à leur tour réveillés. Victimes d’un complot complètement loufoque, nous avons appris de la bouche d’un responsable que nous nous étions données en spectacle, dans les toilettes. Quelle surprise avons-nous eue !! L’éducateur, visiblement mal à l’aise, nous a demandé de découdre nos mains et de garder ces simples baisers pour la chambre à coucher. Quoi de plus ahurissant, lorsque, dans cet établissement privé, les élèves sont soumis à un code relié au respect, à l’intégrité et à l’authenticité de la personne ! Nous étions abasourdies, frustrées et complètement révoltées. La tâche de sensibiliser l’entourage et lui faire ouvrir les yeux sur cette réalité devenait encore plus ardue si nous devions, en plus de convaincre les élèves, convaincre la direction. Incroyable !!

Les jours qui ont suivi ont été remplis de discussions. Menaces de dévoiler cette affaire aux journaux, statistiques révélatrices sur le sujet, rien ne pouvait nous arrêter. Parents et amis derrière nous, nous combattions cette aberration afin de préparer, peut-être, la voie aux générations futures. Après quelque temps, se rendant à l’évidence, le trio dirigeant admit avoir fait une erreur. Cependant, aucune excuse. Jamais nous n’avons été rappelées dans ce même bureau d’il y avait quelques jours, pour des excuses. Tu avales, tu souffles et tu continues. Les élèves, les profs et la direction, visiblement touchés par cette prise de «conscientisation», ont eu le profil bas pendant un certain temps. Ensuite, ce qui devait arriver arriva. Le tourbillon d’insultes, de regards et de moqueries gronda de nouveau. Les élèves, majoritairement plus jeunes, se sont mutuellement influencés, cultivés afin de nous faire sentir la haine qu’ils pouvaient entretenir envers l’homosexualité. Du côté de la direction, l’on a pris aussi sa revanche… Lorsque nous avons lancé nos mortiers le 6 juin dernier, nous avons compris que ce petit pas était pour nous très grand. Croyant en nous plus que jamais, nous sommes maintenant prêtes à affronter une nouvelle étape. C’était l’aboutissement de cinq mois durs et éprouvants.

Avec tous ces évènements échelonnés sur cinq mois, nous nous sommes construit une carapace. Garder toujours la tête haute et ne jamais baisser les bras. Lorsque nous avons vu, dans le Fugues du mois de juin, la campagne de sensibilisation que Gai Écoute prévoit tenir dans les écoles, nous avons senti le besoin de nous exprimer. Notre message est clair. Étudiants en région et dans les milieux difficiles, ne cessez pas le combat. Gagnez-le! Bref, informations, intégrité et authenticité, voilà ce qu’on doit toujours préconiser. Cela nous apprend une chose : jeunes, moins jeunes, vous vous devez toujours de vous sentir habités(es) par la fierté d’être gai(e). »

Marie-Noëlle Le Pan.

Méchant programme... Mais c’est quand je lui ai demandé où elle avait trouvé de l’aide que j’ai été le plus surprise. À l’intérieur de l’école, elle m’a avoué n’en avoir pas vraiment trouvé !! Certains profs lui donnaient leur appui, mais en silence, question de ne pas tacher leur réputation... Ils refusaient de prendre position pour l’aider. En fait, selon Marie, ils avaient peur pour leurs jobs. Les gens de l’école semblaient penser que puisque Marie-Noëlle était en secondaire 5, ça devait être juste une phase et ça allait passer...

Par contre, elle a reçu un appui inconditionnel de ses parents. Elle habitait avec sa blonde, chez ses parents, et elle dit qu’ils ont été une source de soutien vraiment importante, dans un contexte où elles auraient pu croire que personne ne les soutenait... J’ai voulu savoir pourquoi c’était important pour elle de s’afficher à l’école, et elle m’a répondu qu’en fait au départ, c’était pas supposé se passer ainsi. Elles avaient décidé de garder ça pour elles, mais d’en parler quand même à quelques amies, qui ne se sont pas avérées les bonnes. Suivant la technologie maintes fois éprouvée du téléphone arabe, toute l’école l’a su en une fin de semaine... C’est là que les emmerdes ont commencé. Se faire crier des noms, faire parler dans son dos, Marie et sa blonde en ont eu leur lot, comme on peut le lire dans le témoignage. Ce que j’ai beaucoup apprécié, c’est quand elles ont finalement décidé de continuer à vivre normalement, insultes ou pas, ce qui est loin d’être facile...

Je lui ai demandé de me raconter son coming out avec sa famille. Elle m’a dit qu’elle était d’abord allée voir son père, parce qu’il avait des amis gais, et parce qu’elle croyait que ça passerait mieux. En effet, il a très bien réagi. En deux jours, la famille était au courant, et tout s’était bien passé. Aujourd’hui, Marie-Noëlle se fait courir après par toutes les chaînes de télé pour aller raconter son histoire (on est-y chanceux de l’avoir eue, hein ?!?!). Elle s’implique beaucoup avec le G.R.I.S. Montréal, a donné une conférence aux Droits de la personne et dans d’autres colloques, et elle continue la bataille avec le collège où elle allait, en déposant une plainte contre eux. Chapeau Marie-Noëlle !!!