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Coming out : mode d’emploi
Je me suis finalement décidée à faire mon coming
out auprès de mes amis, de mes frères et sœurs, et de mes
parents. Voici les réflexions que cela m’inspire.
Qu’attendre
du coming out ?
Tout d’abord,
c’est vraiment très agréable de ne plus avoir à éluder
(ou pire, à mentir) au quotidien face à des questions du
genre : "Qu’est-ce que tu fais ce week-end ?", "Qu’est-ce
que tu lis en ce moment ?", "Qu’est-ce que tu as été
voir au ciné ?"
Ensuite, c’est quand
même plus pratique de ne plus avoir à cacher Lesbia Magazine,
ni les romans lesbiens qui traînent, les vidéos lesbiennes,
etc. avant l’arrivée des parents, de la famille, des amis. Cela
ne change rien au fait qu’il faudra toujours ranger le bazar qui règne
habituellement en maître à la maison, mais tout de même.
Et puis, j’ai découvert
qu’on n’en parle pas tout le temps, ni avec tout le monde, parce qu’après
tout, cela concerne l’aspect le plus intime de la vie privée, à
savoir la vie sexuelle. J’ai
aussi découvert avec un plaisir réel que, finalement, la
très grande majorité de ceux qui m’entourent m’accepte telle
que je suis, c’est-à-dire lesbienne. Je ne suis pas si monstrueuse
que ça : étonnant, non ?! J’en
ai déduit que le plus difficile, c’est finalement d’oser. Après
on se rend compte que ce n’est pas si difficile que ça à
faire et que les conséquences ne sont pas si difficiles que ça
à gérer.
Ce
qu’il vaut mieux savoir avant :
Tout d’abord,
un petit conseil : il vaut mieux commencer par l’annoncer à ses
amis, puis à ses frères et sœurs, pour enfin attaquer ce
qui nous semble à toutes être l’Everest, à savoir
les parents. Cela permet de se roder, de mieux trouver les mots, de s’habituer
à en parler et de se blinder avant le grand saut. Et puis, si les
amis et les frères et sœurs l’acceptent bien, cela donne du courage
et on a un peu moins la trouille avant d’aborder les parents. Ensuite,
il vaut mieux tâter le terrain afin d’évaluer l’homophobie
potentielle de l’interlocuteur auquel on veut s’adresser. Cela permet
de mieux trouver les mots qui touchent, en fonction de la réaction
qu’on suppose que l’autre va avoir. Ceci étant, ça n’empêche
pas les surprises (agréables comme désagréables).
J’ajoute qu’il ne
faut pas hésiter à utiliser l’écriture quand parler
fait peur. Cela permet de trouver les mots plus facilement, de mieux les
peser, de ne pas paniquer, de prendre son temps. Cela permet aussi (et
surtout dirais-je personnellement) de ne pas être là pour
affronter (voire subir) les réactions "à chaud".
L’écriture peut aussi être un
préalable au dialogue, qui est alors plus facile à établir.
Il n’y a pas de recette miracle : c’est une
question de sensibilité.
Il y a des gens auxquels on sent qu’on peut parler, d’autres auxquels
on sent qu’il vaut mieux écrire, et d’autres encore auxquels on
n’a rien envie de dire.
D’ailleurs, on n’est pas obligée de
le dire à tout le monde (heureusement !). Enfin,
il est absolument nécessaire de se préparer à toutes
les réactions possibles qui vont :
- des larmes (et ce n’est pas le plus difficile
à gérer),
- au rejet (genre : "On ne veut pas
de ça chez nous, ma fille"),
en passant par :
- la gêne (genre : "Pourquoi nous
en parles-tu alors qu’on ne voulait surtout pas savoir ?"),
- le doute (genre : "Tu en es vraiment
sûre, sûre, sûre ?"),
- l’indifférence feutrée (genre
: "Ha bon ?"),
- le rire (si, si, ça peut arriver
et croyez-moi, ça fait très mal parce c’est pas drôle
du tout),
- la colère (genre : "T’es folle
ou quoi ?!"). Je
n’en vois pas d’autres mais, à mon avis, il existe encore plein
de possibilités.
Que
redouter du coming out ?
Rien d’autre
que le rejet de la part :
- de ses amis
: mais dans ce cas, peut-on encore parler d’amis ?
- de ses frères et/ou sœurs : mais est-ce que cela va vraiment
vous empêcher de dormir, de vivre
votre vie ?
- des parents
: là, c’est plus délicat, mais, même si on en souffre,
on survit quand même.
Pour les parents,
il paraît qu’avec le temps, ils s’habituent, et même s’ils
ne peuvent s’empêcher de désapprouver, ils apprennent à
se taire, ce qui revient à accepter. Après tout, n’est-ce
pas tout ce qu’on leur demande ?
Ceci étant,
je tiens à préciser qu’accepter l’homosexualité de
sa fille ne veut pas dire tolérer la présence de l’autre.
Loin de là, très loin. C’est une autre étape à
franchir et le succès n’est pas forcément au rendez-vous.
Parfois, c’est trop leur demander, en tout cas c’est plus que ce qu’ils
sont en mesure d’accepter. Patience, vous verrez avec le temps s’ils évoluent.
Et puis, de toute façon, vous ne vivez pas avec eux et leur opinion
ne va pas changer votre façon de vivre. Alors prenez-les comme
ils sont et n’attendez rien d’autre d’eux que d’être prise comme
vous êtes.
Les
seules bonnes raisons de reculer l’échéance :
Les bonnes raisons
de reculer l’échéance ne sont pas nombreuses mais elles
existent.
Tout d’abord, la dépendance
financière vis-à-vis des parents en est une. Je crois en
effet, qu’il vaut quand même mieux éviter de se retrouver
à la rue sans ressources.
Ensuite, les problèmes
de santé des parents : je pense en l’occurrence aux cardiaques.
Là, forcément, le risque de déclencher une crise
cardiaque ou un infarctus est quand même non nul. Et encore, mon
père est un grand cardiaque et pourtant je le lui ai dit.
Je n’en vois pas d’autres
: désolée.
Conclusion
Qu’il est bon
de se sentir en harmonie avec soi-même au milieu de son entourage
hétéro.
Et dire que j’avais une peur terrible d’oser
le dire. Avec le recul, je ne regrette rien, absolument rien. J’assume
tout, même la tête de mon père et son regard "mitrailleuse
lourde" : je me sens tellement mieux maintenant. Et puis, je suis
fière de moi, tellement fière d’avoir enfin osé assumer
le regard de mes proches.
Enfin, je pense que, pour que la société
change de comportement à l’égard des lesbiennes, il m’appartient
de faire en sorte que mon entourage sache que j’existe, que je suis lesbienne,
que c’est ma vie privée (et pas la leur), et que cela ne change
rien à nos relations.
Et puis, il
n’y a pas d’âge pour se décider : moi, j’ai attendu longtemps
avant d’oser le dire, l’assumer. Il n’y a aucune honte à avoir
: je l’ai fait quand je me suis sentie prête dans ma tête.
Alors, vous
vous décidez quand ?
N’oubliez pas que
c’est oser qui est le plus difficile (un peu comme la première
fois en amour). Essayez, vous verrez que ce n’est pas si terrible.
Et bon coming
out à vous.
Evelyne
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