La violence dans les couples lesbiens

Un compte-rendu non exhaustif du débat
qui s'est tenu le samedi 4 novembre 2000
au festival "Quand les lesbiennes se font du cinéma".



La violence masculine d'une manière générale et envers les femmes est, si ce n'est encouragée par la société, du moins reconnue et parfois étudiée sociologiquement. La femme occidentale battue par son compagnon est correctement perçue comme une victime et possède quelques portes de sortie, formelles ou informelles (centre d'accueil, police, associations d'aide, législation). En revanche, le couple lesbien est illégitime dans la société hétérosexuelle, disqualifié parce que composé de deux femmes se passant d'hommes dans ce qui constitue la base de cette société - la sexualité et le couple. Le couple lesbien se pose en dehors - voire contre la société hétérosexuelle. La violence dans les couples lesbiens est rendue invisible par cette disqualification : la lesbienne battue par sa compagne n'a aucune structure, aucun refuge pour échapper à son sort, aucune oreille formée à écouter sa situation personnelle.

Elle hésitera à porter plainte auprès de la police, ne souhaitant pas, la plupart du temps, être du même coup repérée comme lesbienne. Si elle trouve la force de porter plainte, la loi qui s'appliquera éventuellement n'est pas celle régissant le couple, mais la loi générale concernant les rapports entre individus. La communauté lesbienne française n'a pas encore généré de structures d'aide particulières, étant encore au début de sa réflexion sur ce sujet, mal connu parce que tabou (beaucoup de lesbiennes semblent avoir une vision trop idyllique des relations lesbiennes, "la violence ne peut pas exister entre femmes", reliquat des généreuses idées féministes sur la sororité des années 70). La lesbienne qui se plaint publiquement d'être battue par sa compagne n'est pas toujours crue sur parole. D'où le fait qu'elle se tait le plus souvent, entretenant le tabou d'une communauté lesbienne meilleure qu'elle n'est.

Les causes de la violence entre lesbiennes n'ont été abordées que sous forme de quelques témoignages : ont été évoqués la violence générale de la société, le manque de respect de soi, la reproduction de schémas de fonctionnement du couple hétérosexuel, tant de la part de la femme battante, que de la femme battue - qui se replace parfois dans le rôle de sa propre mère, elle-même femme battue, ou subissant des violences, voire provoquant la compagne jusqu'à ce qu'elle devienne violente, afin de recréer des situations de violence familiales déjà vécues mais non résolues psychanalytiquement.

L'absence dans la salle - ou le silence - de femmes battantes n'a pas permis d'apporter un éclairage original "de l'autre côté" de la violence. Les seules femmes ayant reconnu avoir exercé des violences (encore s'agissait-il de pressions morales et non de coups) furent deux militantes lesbiennes féministes de longue date, horrifiées a posteriori par leur attitude et consternées d'en être arrivées là. Elles ont souligné le côté insidieux du processus de montée de la violence, qui a trompé leur vigilance habituelle concernant cette violence.

Les solutions à apporter à la violence dans le couple lesbien ont été très peu abordées, certaines ont parlé de psychothérapies leur ayant fait prendre conscience de l'engrenage dans lequel elles se mettaient et qui les amenaient à devenir victimes de violences, d'autres ont évoqué la répétition de situations violentes, de relation en relation. Une intervenante a tranché catégoriquement : aucune solution si ce n'est la rupture immédiate de la relation.

La conclusion s'est imposée : le problème existe, il doit être étudié pour être résolu. La communauté ne pourra compter principalement que sur elle-même pour y remédier, et ses membres - nous toutes - devront être désormais plus attentives à celles d'entre nous victimes de violences de la part de leurs compagnes, afin de leur apporter notre total soutien. La communauté devra aussi oeuvrer pour que cette violence soit reconnue par les pouvoirs publics, les services sociaux et que la loi soit adaptée en conséquence.



Valérie Foulquier


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