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Plus jamais ça ? |
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28 Janvier 2005 Cette semaine, je n’ai pas pu faire autrement que d’entendre, de voir, partout, ces images, ces témoignages sur les camps d’extermination nazis. Témoignages de l’horreur industrialisée, pensée, raisonnée, organisée, planifiée. 60 ans, c’était hier. Ce n’est pas encore vraiment de l’histoire. Certains des acteurs de ces évènements, survivants ou bourreaux, sont encore vivants. Et leurs témoignages attendent de nous une promesse : « Plus jamais ça ! ». Mais est-ce que nous sommes capables de la faire cette promesse ? Est-ce que nous avons seulement compris d’où est venue cette horreur, comment elle s’est installée, comment on a laissé faire ? Est-ce que je suis capable de faire cette promesse ? Est-ce que je comprends seulement ce qui se passe dans le monde qui m’entoure ? Est-ce que nous saurons détecter les germes de cette horreur dans notre société ? Certains jours j’ai l’impression que tout ça est encore possible, que les étoiles jaunes et les triangles roses peuvent ressurgir à tout moment et que personne ne dira rien, qu’on laissera faire. Quand un élu de la République lance des propos ouvertement homophobes dans l’hémicycle de l’assemblée nationale et que ce même député est capable, le jour même de la commémoration de la libération des camps, devant les caméras de télévision, de répéter qu’il considère les homosexuel(le)s comme des « nuisibles », combien de pas avant qu’il n’ajoute « dont il faut débarrasser la société » ? Nous avions Boutin, nous avons maintenant Vanneste quel est le suivant ? Combien de députés de cette majorité qui prétend nous gouverner et faire les lois qui régissent notre vie vont se croire autorisés à tenir de tels propos ? Combien de « citoyens » pour encore élire ces gens-là ? Et combien pour trouver ces propos anodins ? Parce qu’il est bien là le problème non ? Ou du moins une partie du problème. On stigmatise un groupe, une race, une ethnie, un sexe, pour ce qu’il/elles sont, ou ce que l’on croit qu’il/elles sont, ou ce que l’on nous fait croire qu’il/elles sont, et on les déclare « nuisibles » à la bonne marche de la société. Il n’y a ensuite qu’un pas à faire pour décider d’éliminer ces « gêneurs ». Alors les convaincus s’y emploient activement, à cette élimination, et les autres, tous les autres, laissent faire C’est normal, les nuisibles ça s’élimine Comme des rats Il suffit alors qu’une petite partie, une petite élite dirigeante décide de cette élimination et l’horreur reprend sa place. Les exécutants obéissent aux ordres (souvenez-vous du procès de Nuremberg), et les autres ferment les yeux, pour des tas de bonnes raisons Plus jamais ça ? Vaine promesse que je ne me sens pas capable de faire aujourd’hui, pas plus qu’hier. Parce que je ne crie pas assez fort quand j’entends ce genre de discours. Parce que parfois, trop souvent, je laisse faire ou dire. Parce que, seule, je ne me sens pas de taille à barrer la route à ces gens-là. Un soir de 21 Avril j’ai pleuré. Pleuré de rage, de peur, d’incompréhension, d’impuissance. Depuis j’essaye de rester en éveil, de ne plus me cacher la tête dans le sable et de parler. Que faire d’autre ? |
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Mireille |
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Notes : 27 Janvier 2005 : jour de la cérémonie internationale marquant le soixantième anniversaire de la libération des camps. Rappelons que la loi votée en 1942 par le gouvernement Pétain criminalisant l'homosexualité n'a été abrogée qu'en 1981. La déportation homosexuelle n'a été reconnue par le gouvernement français qu'en 2001. Pour en savoir plus sur la déportation homosexuelle cliquez ici. |
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