Le féminin du masculin est un masculin :
« le féminin »

Bien...

Parlons du féminin. Original, n'est-ce pas ? Je crois même que le sujet a déjà été traité ici, sur ce site par une de mes éminentes prédécesseuses... Heu... prédécesseurs ? Prédécesseures peut-être... Les canadiennes aiment bien mettre des e aux mots en --eur. Auteur/auteure par exemple. Très honnêtement, je n'aime pas trop. Ça fait « heure ».

Et puis comme il y a des mots féminins en eur tout court, comme la rumeur, la puanteur, la pesanteur, rien que des mots flatteurs vous remarquerez, je ne vois pas pourquoi on ne modifierait pas le côté putride de cette liste en considérant officiellement auteur, prédécesseur, professeur, comme féminin et/ou masculin sans modification de forme ni autre forme de procès.

Déjà Édith Cresson, premier ministre oubliée, s'était attaquée au délicat problème de la désignation des professions hautement honorifiques au féminin. Elle voulait qu'on lui donnât du Mme LE ministre car le féminin lui répugnait. Trop réducteur ? Possible. Pourtant, il aurait fallu admettre au moins le féminin de l'article, même si cela fait un peu référence à La « colonelle », laquelle n'est autre que la femme du colonel et non celle qui commande. Pourtant, on dit bien « Madame l'ambassadeur » et le L apostrophe vaguement masculin, comme par défaut, vient compenser « l'ambassadrice » de notre belle langue, laquelle est devenue au fil du temps non pas le féminin d'ambassadeur, mais son épouse. Heu... C'est pas trop compliqué ? Moi, j'avoue que je m'y perds parfois.

Question. Vous l'appelez comment, vous, votre médecin ? Moi c'est madame ou monsieur mais ma bonne maman l'appelait « docteur ». Qu'il soit homme ou qu'elle soit femme. (oups, j'ai failli buter sur l'expression usuelle « qu'il soit homme ou femme », laquelle serait inexacte, pour le moins...).

Passons. Quoique... Il y a les féminins en --esse. Ah... Pas terrible non plus les z-esses. Il y a mairesse, poétesse, là pas d'ambiguïté possible, c'est le féminin que la langue nous donne. Pas de charge connotative désagréable, rien que du vocabulaire pur et dur. Quoique... Il y a des gens, dont moi, qui n'aiment pas ces --esse. Ça fait fesse. Ça fait gonzesse. Ça ne fait pas très élégant quand, à côté, on a des mots masculins qui ont acquis des lettres de noblesse au fil du temps. Personne ne sourit en entendant parler d'un « grrrand poète », de « monsieur le maire », alors qu'on a toujours un vague doute en entendant « madame la mairesse » ou « la grande poétesse Sappho de Mytilène... », que d'aucun transforment souvent en « la grande poète grecque... » ou « madame le maire ». Et ça nous ramène au féminin indiqué seulement par l'article. Très commode finalement notre langue avec de beaux déterminants bien distincts entre féminin et masculin. Si seulement il n'y avait pas cette fichue élision par l'apostrophe devant les mots commençant par une voyelle... Ce serait presque aussi simple qu'en espagnol ou en italien. Ou en anglais, langue dont on finit par se dire que pratiquement tout est neutre, du bébé au cadavre (baby and body are neutral, indeed !), tant les mots sont pour eux asexués. D'ailleurs, l'humanité est tellement neutre dans l'esprit de certains anglophones qu'on s'aperçoit que ça finit par en faire de véritable va-t-en-guerre... Mais ceci est une parenthèse, évidemment, et toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé serait fortuite et involontaire, n'en doutez pas.

Les seuls féminins qui fassent sensiblement l'unanimité, ce sont ceux en --trice, et ceux en --té. Tout le monde est d'accord sur révélateur/révélatrice, instituteur/institutrice, et féminité, acuité, célérité, opiniâtreté. Bien sûr, il y a le lycée, le gynécée, le musée mais ce ne sont là que de modestes trublions dont l'influence reste somme toute d'une portée assez limitée dans la sphère du doute.

Hé... Mais... Il y a la portée, justement ! Portée musicale ou portée d'adorables petits chatons, mais écrite -ée tout de même... Mmmmmm, pas une seule règle qui ne soit transgressée par quelque exception dans notre bonne vieille langue française.

Voulez-vous que je vous dise ? Les Français ont une réputation de râleurs qui n'est pas usurpée mais qui est peut-être due à cette rébellion constante de la langue à rester dans les cadres que lui donne pourtant opiniâtrement la grammaire. Les Françaises, elles, n'ont pas de réputation spécifique, sauf dans l'esprit de certains machos indécrottables de toutes nationalités qui nous imaginent taillées dans le bois dont on fait les poupées du Moulin Rouge. Pourtant croyez-moi, nous sommes des résistantes, car pour retrouver notre féminité (féminin en --é) dans les innombrables dénivelés (masculin en --é) de l'orthographe (féminin en --e), il faut du courage (masculin en --e) par poignée (féminin en --ée) et ça, ça ne s'apprend ni sur les bancs de l'école ni dans les manuels mais dans la douleur (féminin en --eur).

Pour en savoir plus sur les règles qui doivent s'appliquer en matière de féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres, vous pouvez vous référer à :

  • La circulaire du 6 mars 1998 relative à la féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres, parue au journal officiel de la République.
  • Femme, j'écris ton nom... Guide d'aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions. Paris, La Documentation française1999.
  • Le lexique d'aide à la féminisation, une bese de données qui donne le féminin des mots à partir du masculin.
  • Les femmes et les associations