Même chez les fes fées, les avis sont partagés sur ce sujet : doit-on faire une information spécifique en direction des lesbiennes concernant les risques de contamination par le virus HIV ? Ou doit-on simplement rappeler de manière plus générale que le SIDA existe toujours, qu'on en meurt encore, et que la trithérapie est loin d'être une solution miracle.

Pour ma part, il me semble qu'une information spécifique en direction des lesbiennes est quand même nécessaire. Parce que la question revient régulièrement, et pas seulement de la part des plus jeunes. Parce que notre niveau d'ignorance quant aux risques que de transmission des maladies quelles qu'elles soient est immense et impressionnant.

Il est clair que les lesbiennes ne font pas partie des « catégories de population » les plus à risque (contrairement à ce que les centres de transfusion semblent toujours croire), et il ne s'agit pas ici de tomber dans le travers du "-« pourquoi pas nous ! », « pourquoi n'y en aurait-il que pour les gays et les hétéro ? ».

Il est clair également, comme nous en avons déjà parlé dans un article l'année dernière, que les femmes restent les plus exposées dans les relations hétéros.

Alors être plus précis, plus clair, pour mieux comprendre me paraît indispensable. C'est cette clarté qui peut permettre d'identifier clairement les « pratiques » à risque, et de ne pas flipper pour rien.

Comme le rappelait Karole sur le forum il y a quelque temps déjà (et elle sait de quoi elle parle : 5 ans à SIDA Info Service), il ne s'agit pas de classer les gens par genre sexuel, mais bien par pratiques sexuelles. Je me permets donc de reporter ici la liste assez complète qu'elle nous avait faite à l'époque :

  1. Le baiser : aucun risque
  2. Le cunnilingus : à ce jour, aucun cas recensé. À éviter en période de règles, surtout à cause de l'hépatite B, ou si on a d'énormes plaies dans la bouche. Les sécrétions vaginales contiennent peu ou pas du tout de virus (sa vie est difficile à cause de l'acidité)
  3. Attouchements avec les mains… aucun risque.
  4. Pénétration anale ou vaginale avec les mains : aucun risque non plus.
  5. Partage de godes : risque faible, mais existant. Mettre un préservatif sur le gode et le changer en cas d'échange.

Et pour être encore plus claire encore, voilà comment Karole terminait son intervention :

« Pour te donner un ordre d'idées, tu prends plus de risques d'être écrasée par un autobus en traversant une rue, que d'être contaminée par le VIH en baisant avec une fille.

Les vrais risques liés au VIH pour les lesbiennes n'ont pas réellement de lien avec le sexe, mais plutôt avec les échanges de seringues, avec l'insémination artificielle sauvage, et la bisexualité (genre : je baise avec un mec, et j'oublie que les préservatifs, ça existe.)
Méfie-toi surtout des personnes qui tentent de récupérer la pandémie au nom des lesbiennes, se sentant lésées par rapport aux gays, même si elles sont moins virulentes aujourd'hui, tu risques d'entendre des choses totalement irrationnelles et angoissantes.
À l’inverse, n'oublie pas que l'hépatite (A et B), ainsi que les chlamydia, eux, se transmettent très bien entre deux filles.
Le principal problème des lesbiennes, est de ne pas avoir de relations régulières avec leur gynécologue (et là, je ne parle pas de sexualité). »

Voilà.

Pour être exhaustive, je vous traduis aussi une dépêche de l'Agence Reuters Health qui rapporte une étude américaine sur un cas de transmission entre 2 partenaires lesbiennes et qui confirme qu'en médecine, le risque nul n'existe pas.

Doctors Report Female-To-Female HIV Transmission
Tue February 11, 2003 05:28 PM ET
By Alan Mozes
NEW YORK (Reuters Health) -

Sur la base d'analyses génétiques, deux chercheurs américains rapportent un cas d'infection au VIH résultant du contact sexuel entre deux femmes.

« Je pense que nous touchons le sommet d'un iceberg, dans le sens où l'idée générale est que cela n'arrive jamais" a dit le Dr Helena A. Kwakwa du Jonathan Lax Treatment Center, de la clinique du SIDA à Philadelphie. "Mais je pense quand même que bien que ce soit un événement exceptionnel, c'est quelque chose dont nous devons tenir compte. »

Dans le dernier numéro de la revue Clinical Infectious Diseases, Kwakwa et sa collègue le Dr M. W. Ghobrial rapportent le cas récent d'une jeune femme de 20 ans infectée par le VIH.

La patiente a indiqué qu'elle avait eu des relations sexuelles exclusivement avec une femme infectée par le VIH depuis 2 ans, et qu'elle était au courant de la séropositivité de sa partenaire.
Les relations sexuelles avec sa partenaire incluaient le cunnilingus et le partage de jouets sexuels. La patiente a dit que bien que n'ayant jamais eu de rapports pendant leurs règles, de petits saignements étaient parfois apparus pendant ces rapports.
La partenaire infectée était ouvertement bisexuelle, et affirmait utiliser des préservatifs dans tous ses rapports hétérosexuels.

Kwakwa et Ghobrial ont envisagé les autres explications, confirmant que la patiente n'avait jamais partagé de rasoir ou de brosse à dents avec sa partenaire infectée. De même, elle n'avait pas d'historique d'injection de drogue, n'avait jamais eu de transfusion sanguine, n'avait eu aucune exposition connue à des fluides corporels, n'avait jamais eu de rapports hétérosexuels, avait des gencives et des dents saines, et n'avait ni tatouage ni piercing.

Les chercheurs ont déterminé que les génotypes des virus VIH des deux femmes étaient très proches. Ils en ont conclu que la patiente avait pu se contaminer lors de ses rapports sexuels avec sa partenaire infectée. Les auteurs suggèrent que l'infection résulte probablement de la conjonction d'un écoulement de sang avec le partage de jouets sexuels. Kwakwa et Ghobrial notent qu'il y a eu des rapports sur plusieurs cas de transmission de femme à femme, mais que ces cas n'étaient pas confirmés par le typage génétique du virus.

« Je pense que c'est un signal d'alarme, car les autres rapports étaient jusqu'à présents basés sur un historique, sur l'absence d'autres facteurs de risque » dit Kwakwa à Reuters Health. « Je pense que ceci donne plus de poids à l'existence d'une transmission du VIH de femme à femme. »
Elle ajoute que les femmes ayant des rapports sexuels avec des femmes peuvent faire beaucoup de choses pour se protéger du VIH.

« La méthode de la barrière préventive aide », note-t-elle. « L'utilisation de digues dentaires, de films plastiques, et éviter de partager ses jouets sexuels -- du moins sans les laver en utilisant savon, eau et désinfectant. »

Ronald Johnson, directeur exécutif associé du Gay Men's Health Crisis de New York, soutient également le safe sex pour les femmes ayant des rapports sexuels avec des hommes et des femmes.
« Le risque de transmission de femme à femme est très faible », dit-il à Reuters Health. « Mais, comme le montre cette étude, il existe, et nous avons besoin de plus d'information et de recherches sur la transmission de femme à femme. La triste réalité est que nous en savons encore trop peu à ce propos… et que nous avons besoin de plus d'information.»

SOURCE : Clinical Infectious Diseases 2003 ; 36 : e40-e41.

Voilà, j'ai tout dit ?

Ah non ! Encore quelques adresses utiles qu'il est bon d'avoir sous la main.

Voilà, cette fois y-a tout, enfin je crois…

Et pour résumer, ne voyez pas des virus partout, mais faites quand même un peu attention. C'est comme quand on traverse la rue, faut regarder à droite et à gauche avant d'y aller, mais pas rester bêtement pétrifiée sur le trottoir.