Patho-logis !



 

Il y a déjà quelques semaines, je vous avais accordé le privilège (si ! C'en est un !) d'entrer dans mon intimité en vous relatant mes visites à El Moumout Freudi, psychanalyste de son état. Après avoir surmonté mon "imbécilophobie aiguë", je puis vous avouer que cette consultation n'était pas la première mais que mon analyse avait débuté longtemps auparavant ! Ainsi, je me souviens relatant à ce praticien de génie des symptômes tout aussi angoissants que ceux découverts lors du diagnostic de mon " intolérantophobie "

Tout commença par une nuit de pleine lune durant laquelle me vint une vision d'horreur ! Sueurs froides, palpitations, panique, je sentais une transformation s'opérer. Livres, revues, sites Internet, films, télé, vêtements, chaussures, disques, bars ou boîtes de nuit, je mutais en une lesbienne "convulsive" Vous me direz, pas de quoi casser trois pattes à une lapine, je n'étais après tout que ce que je vivais au quotidien ! Et c'est bien là, où l'intervention d'El Moumout s'imposait. Je me sentais glisser lentement et cela sans en mesurer la portée, vers une dangereuse pathologie. En effet, je vivais, je lisais, je sortais, j'écoutais, je surfais, je mangeais, je dormais, je consommais... lesbienne. Loin de moi la solidarité naturelle d'une appartenance à une communauté, je m'étais lancée par-devers moi, dans une spirale frénétique d'auto-ghettoïsation.

Guettant avec impatience le nouveau numéro de Lesbia, dévorant tous les derniers romans découverts par "Les mots à la bouche ", vénérant Amélie, Ellula ou kd, butinant de festival en festival, squattant les nouveaux lieux de rencontres à la mode, enregistrant à tour de bras les émissions sur le sujet... que n'aurais-je fait pour papoter lesbien ou culture lesbienne. " As-tu lu le dernier de Machine qui nous plonge dans un univers si criant de vérité parce qu'autobiographique. Et ce vécu faisant parfois place à une fantasmagorie critique du surmoi sexuel - ce qui entre nous explique beaucoup de chose - ?? " " Mais ma chérie, dès sa sortie en librairie annoncée depuis trois ans, deux mois et quatre jours, je me suis précipitée pour l'acheter et je t'avoue, j'ai aaaaadddoooorrréé ! "

De Mélissa à Phranc, des Indigo Girls à Juliette, mon univers musical se résumait également en un seul et unique mot : Lesbiennes ! Les sorties ? Même schéma névrosé... Les copines ? Cette question ! Cousines et soeurs... évidemment ! Mais alors, que fallait-il en penser ?

El Moumout me fournit là un diagnostic que je jugeais alarmant : " Après avoir subi les années de doutes qui vous ont conduite à l'acceptation de votre nouveau vous et ce malgré les jugements, le " qu'en dira-t-on ", les bouleversements familiaux et la crise de la vache folle - dont on peut reconnaître la connotation subversive - vous vous rassurez en ne fréquentant que vos semblables. Vous pensez créer un univers dans lequel vous vous sentez comprise et en sécurité. Au risque de friser le lesbianisme paranoïaque ouaté, vous devez rétablir un espace de dialogue et de discussion avec ceux qui vous ont rejetée ! "

Quelle ironie ! Après moult combats, au cours desquels je ne cessais de réclamer à cor et à cris plus de tolérance, voire d'indifférence, je m'enfermais dans une identité qui refusait toute promiscuité avec " l'ennemi " hétérosexuel. Je m'étonnais moi-même ! Après mon sempiternel " mais que faire ? " Je décidais de réagir !! M'astreignant à un entraînement sévère, je courus de-ci, delà m'enquérir des goûts et des couleurs de l'hétérosexuel moyen ! Car pour apprivoiser ses peurs, rien ne vaut l'étude de son adversaire en milieu naturel. Enfer et déception ! L'aventure me paraît rapidement insurmontable : coincée à la Brasserie du Commerce entre un supporter du PSG, une kronenbourg et une secrétaire truculente me narrant ses déboires amoureux, je sentais bien que ma place n'était pas en ces lieux ! Qu'importe, sus à la librairie et aux derniers magazines à la mode : FHM, Madame Figaro, Modes et travaux... aïe, retour à la case El Moumout !

" Petite mademoiselle, vous vous fourvoyez (oui, je suis en plus petite et alors ?) ! Vous avez trouvé un soutien dans la communauté que vous fréquentez, ce qui vous a permis de mieux vivre votre différence - si tant est qu'il y en ait une -. Les amies dont vous vous entourez ne sont que la conclusion d'une affirmation de votre nouveau " vous ". Vous semblez trouver comme beaucoup un bien-être légitime à ne pas devoir jouer devant vos amies, un rôle que certains vous ont souvent obligé à tenir. Cela ne signifie pas que vous rejetiez voire détestiez les personnes ou la culture étrangères à votre sphère privée, bien au contraire ! Il est par ailleurs nécessaire que votre expérience dans l'affirmation de votre personnalité puisse servir à d'autres. De ce fait pourquoi voudriez-vous vous excuser de ce que vous êtes et de ce qui vous intéresse ? " Oui en effet, on se le demande ? " Ce n'est pas dans un esprit communautaire qu'il faut réagir mais bien dans celui d'une plus grande tolérance. Aussi, pour une juste mesure, vous suggèrerai-je une thérapie lourde mais nécessaire : Ecrivez des articles pour les Fées du Logis ! " Tout était donc dit !

Me voilà donc aujourd'hui tentant avec d'autres l'aventure de ma thérapie collective essayant de me convaincre que je ne suis plus une lesbienne convulsive !

 

Keba