Ma journée des femmes

 

Une journaliste a contacté une Fée du Logis  pour savoir ce qu’une « association féministe » avait prévu de faire pour le 8 mars, journée internationale des femmes...

Et bien, en ce qui me concerne, le 8 mars, je me suis levée à 6 heures, à 7h30 j’étais au boulot et comme c’était la journée des femmes, j’ai entendu plus de blagues sur les femmes que n’importe quel autre jour de l’année. Haha. J’ai fait mes deux heures supplémentaires habituelles (non payées mais récupérables, sauf que je n’ai déjà pas le temps de faire des journées normales, alors prendre un jour de congé, vous imaginez !). J’ai constaté une fois de plus que dans ma société tous les postes où se prennent les décisions sont occupés par des hommes (sur 20 personnes, il y a 8 femmes, 6 postes où on a son mot à dire et ce sont 6 hommes qui les occupent), à midi, à la cantine de l’entreprise il y avait... Des moules. Le cuisinier a beaucoup d’humour. Le soir, je suis rentrée chez moi et je n’ai pas regardé la télé : voir des présentateurs laisser ce jour-là (attention, hein, profitez-en bien parce que demain, là aussi c’est fini !) leur fauteuil à leur collègue féminine avec un grand sourire généreux, c’était au-dessus de mes forces... Je me suis couchée bien contente que cette saleté de journée des femmes soit enfin terminée.

Bien sûr, il est clair que, pour une fois, on a gracieusement droit à un temps de parole assez étendu sur les médias, donc il faut en profiter ! Mais d’un point de vue général, ça me fait mal aux ovaires de constater qu’on en est encore là, une journée institutionnelle des femmes, comme pour le Téléthon, Sidaction, journée anti-tabac et autre fête des mères.

Cette année, une fois de plus, on a surtout eu droit à des initiatives navrantes telles que « aujourd’hui, pour la journée des femmes, ce sont les femmes qui vont diriger le journal » sous-entendu, « demain, les gonzesses, hop ! à votre place, dans l’ombre, comme d’habitude ! Pis surtout n’allez pas croire que cette journée est une occasion de prouver ce que vous valez afin d’asseoir votre demande de promotion, c’est pas Disneyland ici, c’est un journal sérieux ». Finalement, cette journée révèle le sexisme plus qu’elle ne le dénonce.

La journée des femmes permet à bien des gens de se constituer un capital de « politiquement correct » en traitant la moitié de l’humanité avec une condescendance révoltante. Je ne veux pas qu’on me cède pour une journée tel avantage ou tel poste ! Je veux qu’on me le donne parce que je sais le faire ! Et s’il faut là aussi en passer par une loi sur la parité et bien allons-y !! Et à celles et ceux qui me répondraient qu’on va se retrouver avec des femmes incompétentes à certains postes et que ça va desservir la cause des femmes, je demande : en quoi cela sert-il la cause des femmes d’avoir en place des hommes incompétents à certains postes et de savoir que des femmes compétentes n’ont pas accès à ces mêmes postes ou d’autres postes ?
En allant plus loin que la cause des femmes et en parlant du bien de l’humanité (et oui, carrément !), si je dis qu’il faut la parité dans tous les domaines, ce n’est pas parce que je pense que les femmes feraient mieux que les hommes. Je pense qu’elles feraient aussi bien et qu’il n’y a pas de raison qu’elles n’en aient pas l’occasion.

Et il va bien falloir que ça change, sinon je vais finir par m’énerver !

 

 Frédérique