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" Bonjour à tous, je m'appelle Laura et je n'ai pas de gaydar. " Mes paumes sont moites et je suis un peu nerveuse. " Bonjour Laura. " Un choeur de voix me soulève, rebondissant contre les murs de la cave de l'église. Ce son est mêlé au raclement des pieds et les grincements des chaises pliantes. L'odeur du café et de la tisane est partout ; une femme dans un coin mâchonne une barre de céréales. C'est honteux de vivre jour après jour dans le noir. Chaque jour, je remercie Dieu de m'avoir donné Leslie. Elle me protège et me garde (à peu près) saine d'esprit. Cela ne la dérange pas, elle m'aime sans condition. Je l'aime surtout parce qu'elle m'empêche de me rendre complètement ridicule dans le milieu. Quand j'étais jeune, j'avais le béguin pour toutes les filles qu'il fallait. J'attendais, le souffle court, que Linda Carter se transforme en Wonder Woman et trotte, avec son justaucorps rouge, blanc et bleu et ses hauts talons. Plus tard, il suffisait que Lindsay Wagner, surnommée la Femme Bionique, parle pour que je tombe du canapé ! En mûrissant, j'ai décidé que j'avais besoin de vraie compagnie féminine. J'ai alors réalisé que je n'avais AUCUNE IDÉE de ce à quoi ressemblait une lesbienne. J'avais environ dix-sept ans quand j'ai commencé à fréquenter les bars homos de Long Beach. C'était incroyable - la variété, la différence de tenues, de voix, de taille - tout. Je n'avais aucun moyen de savoir si une femme s'intéressait à moi tant que sa langue n'était pas dans mon oreille. A la fac ça n'a fait qu'empirer. Je me suis bagarrée avec un immense cow-boy parce que je draguais sa copine. Je trouvais que je me débrouillais plutôt bien jusqu'à ce qu'il m'informe qu'elle n'était pas intéressée par un monstre comme moi. J'ai rétorqué, plutôt spirituellement, qu'elle devrait chercher quelqu'un qui ne soit jamais tout mou et j'ai fait un signe de la main. Avec le recul je suis contente de ne pas avoir tiré la langue parce qu'il a chargé et m'a frappée. Donc, pendant qu'on bandait mes côtes à l'infirmerie, j'ai commencé à me demander ce qui faisait d'une lesbienne une lesbienne. J'étais lesbienne tout le temps - pas seulement quand je faisais l'amour. J'avais couché avec des femmes qui disaient ne pas être vraiment homos. Que c'était un endroit intéressant à visiter pour elles, mais qu'elles n'avaient pas l'intention de vivre à Homoland, USA. Et donc, j'en avais conclu qu'être lesbienne n'avait rien à voir avec nos gonades. C'est un état d'esprit, comme la Belgique, mais pas aussi plat. L'autre jour, j'ai assisté à une conférence sur le transsexualisme. J'essaye toujours de me remettre du choc. Une femme animait la conférence. C'était une séduisante blonde, légèrement butch. Elle portait un élégant tailleur pantalon et des mocassins vraiment jolis. Elle venait du département d'Histoire de Stanford. Elle présentait des interviews qu'elle avait découvert dans les archives sur lesquelles elle travaillait. Les lumières se sont éteintes et on a vu deux femmes en train de parler du fait d'être transsexuelle à San Francisco dans les années soixante. Elles n'étaient manifestement pas lesbiennes - elles avaient le genre de coiffure qui demande un entretien hebdomadaire, beaucoup de fond de teint et de rouge à lèvres et des faux cils. Sans parler des collants et des hauts talons. Et comme ces preuves ne suffisaient pas, elles se plaignaient des hommes. Transsexuelles oui, lesbiennes non.
J'étais à l'aise et en confiance. Je savais où je me situais dans ce monde et où elles
étaient assises - les jambes croisées, fumant avec leurs longs fume-cigarette. Son amie et elle avaient l'air d'avoir eu une vie de couple pleine d'amour et bien remplie. On a vu des photos d'elles faisant toutes ces choses qu'on fait dans la vie : pique-niquant à la plage, repeignant la maison et enlaçant leur deux petits chiens hirsutes. J'étais un peu triste en regardant ces photos car j'imaginais Leslie ou moi parlant de notre vie ensemble après qu'une de nous deux soit morte. J'ai essuyé une petite larme juste au moment où elle a dit : " Je crois que cette photo résume tout. " Là, sur un écran de cinéma de six mètres de long, il y avait deux femmes entièrement nues, sous l'emprise de la passion. Une des femmes avait dans sa bouche le large téton insolemment érigé de l'autre. La caméra zoome arrière pour montrer la photo en entier. Elle avait manifestement été prise avant l'opération parce que son téton n'était pas la seule partie érigée de son corps ! Ça m'a fait faire un looping ! J'étais là, en complète empathie avec une autre lesbienne, et elle avait un pénis. Peut-être que c'est bien que je ne sois pas capable de mettre chacun dans la petite case qui lui est assignée. Peut-être que ça me donne la liberté de voir les gens en tant que véritables et uniques individus, de les juger sur leurs paroles et leurs actions et non sur leurs attributs ou leurs habits. La cécité dont je souffre pourrait simplement être la véritable expression de ce que nous essayons d'atteindre depuis tant d'années. Ou alors je suis juste une imbécile de plus tâtonnant dans l'obscurité.
Traduction : Carole et Magali Retrouvez les autres textes (en anglais) de Laura sur son site Hear Me Out. |