Le relapse
(version moderne de la roulette russe)

Le sida a fait son apparition en France dans les années 80. L'opinion publique, et les pouvoirs du même nom, ont d'abord pris cette maladie avec incrédulité - encore un bobard venu de l'Est ? - avant de s'apercevoir, à la satisfaction des bien-pensants, qu'il touchait principalement les homosexuels. Le "cancer gay" était né... Les gays s'organisèrent donc pour créer une prévention à grande échelle auprès des populations dites "à risques". Les organismes officiels leur ont emboîté le pas, tant bien que mal.
L'ensemble de la population française commence à se rendre compte que le sida peut toucher n'importe qui, et pas seulement "les pédés".

La prévention sous toutes ses formes a fini par imposer le préservatif comme l'un des rares moyens de lutte efficace lors de rapports sexuels.
Pendant ce temps, de totalement incurable, la maladie est devenue combattable à coup de thérapies sans cesse améliorées, sans cesse renouvelées.
20 ans après, les campagnes de prévention n'atteignent plus leur but : le jeune public blasé entend parler du sida depuis l'enfance/adolescence, les quadragénaires ont commencé leur vie sexuelle avec la terrible menace, et les plus âgés - du moins ceux qui ont survécu à la maladie, ou ont échappé par miracle à la contamination - ont pris le train de la prévention en route, après avoir vécu l'heureux temps de la libération sexuelle des années 70. Ceux-là ont eu, en plus, la douleur d'assister à l'inattendue et sidérante hécatombe des premières années sida, celles qui leur a enlevé bon nombre de copains.

20 ans après donc, on assiste à un phénomène de relâchement général, appelé "relapse". Les jeunes côtoient la maladie depuis toujours et n'en ont pas peur, et les autres en ont marre de se protéger - de qui, de quoi ? et pourquoi ? demandent-ils - pour aimer. Ils sont maintenant nombreux, les homosexuels qui, parfaitement au courant des pratiques à risques, parfaitement informés des moyens de prévention, parfaitement au fait de la déchéance physique de l'épée de Damoclès qui les menace en cas de séroconversion.
Tous sont poussés par l'envie, l'excitation d'avoir des pratiques à risques - les plus âgés regrettent la liberté perdue, les plus jeunes rêvent de l'âge d'or décrit par leurs aînés. Les progrès de la médecine nourrissent l'espérance qu'on trouve bientôt " un vaccin " qui les libère des contraintes du préservatif, qui, malgré toutes les campagnes publicitaires, n'est pas toujours aussi érotique qu'on cherche à le faire croire...
Les études étatsuniennes et britanniques d'il y a 5 ans le prouvent : les cas d'infection par le VIH dus à des relations homosexuelles augmentent de nouveau, après avoir connu une stagnation.
Les associations de lutte contre le sida et les pouvoirs publics doivent donc repartir en guerre.

Maintenant.

 

Valérie Foulquier
(sur une idée de
Keba)