Un, deux, trois ! Partez !



Elle est arrivée en frimant un peu, le style « je suis jeune mais j'assure ! ». En fait elle n'en menait pas large… Drôle d'idée de prendre ce rendez-vous avec une presque inconnue !

Je l'écoute, ça déborde, elle a besoin de parler, de dire toutes ces choses qu'elle garde au fond d'elle depuis trop de temps. Elle est pleine de questions, d'enthousiasmes, de colères, et surtout tellement pleine d'envie de vivre. Elle réclame, vitupère, s'emporte et puis se calme, regarde ses chaussures et réfléchit.

Quand elle relève la tête, je sens arriver la question qui tue : «  Vivre sa vie en suivant ses envies, comment on peut faire ? »
Outch ! Cette question-là, personne ne peut vraiment y répondre à sa place, moi pas plus qu'une autre… Elle réclame l'espace de sa vie, le bonheur comme une évidence…

Elle joue un peu avec ses lacets, me regarde par en dessous, quêtant une approbation trop lente à venir : « On doit pouvoir vivre le bonheur au quotidien, non ? Sans se prendre la tête ? »
La révolte gronde, elle redresse son regard : « Sinon, c'est vraiment pas la peine ! Épuisant et pas marrant du tout ! »

Je la laisse poursuivre, sans l'interrompre, elle a besoin de toute la place : « J'ai envie de vivre pour moi, enfin ! Ne plus penser toujours aux autres, ne plus me taire pour ne pas les déranger, ne plus cacher mon bonheur, mon amour, pour ne pas perturber maman, papa, les voisins, mon patron… Stop ! fini de faire passer au second plan ce que je suis vraiment pour leur plaire, pour me "conformer" à leurs attentes… »
Tout son corps se redresse, elle regarde droit, loin : « J'ai l'impression de me réveiller, de penser enfin à moi ! »

Silence… Elle se frotte les yeux : « Et puis je n'ai pas envie de passer à côté ! Je sens que c'est tout près. Mon cœur bat la chamade, l'adrénaline monte, le frisson me traverse. Il s'enfuit le bonheur, il m'échappe, joue à cache-cache avec ma vie. Je l'attraperai si je ne perds pas de temps à faire du sur place. »

Rêveuse, elle dessine dans la buée de son verre, du bout du doigt, un petit cœur, non, l'efface, ouvre la bouche pour parler, se ravise, réfléchit… Je l'attends, inutile de brusquer les choses, elle est prête, presque : « Ça y est ! C'est décidé ! J'ai trop envie de la saisir, de l'apprivoiser, de la séduire, de la protéger, de la chérir ! L'important est là ! Uniquement là ! Et tant pis pour ceux qui ne voudront pas comprendre mon choix de vie ! »

Ses yeux brillent : « C'est elle qui allume des soleils dans ma vie. » Elle se lève, déterminée, me fait claquer une bise sur chaque joue (tiens, en arrivant elle m'avait serré la main) : « Ce soir, je la présente à maman ! »

Et elle s'en va, me laissant seule avec mon café froid et quelques pensées nostalgiques… si ça pouvait toujours être aussi simple !



Mireille


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