Elle est partout ! La revendication pour le mariage homo a envahit
les sites gays et lesbiens. Alors, même si je milite contre
l'homophobie, même si j'ai signé les pétitions
ad hoc au moment du fameux mariage de Bègles, cette doléance
me dérange de plus en plus. Car je suis fondamentalement contre
le mariage !
C'est pour ça que j'ai envie de pousser un grand coup de gueule
à contre-courant. Et je ne peux m'empêcher de regarder
derrière moi. Il n'y a pas si longtemps, l'homosexualité
réclamait le droit à sa différence, le droit
d'aimer, le droit d'exister et rien que ça.
Il n'y a pas si longtemps et même encore maintenant, au nom
d'un dieu, de l'ordre moral ou naturel, de la famille, voire de la
science, les homos -dont je fais partie- étaient considérés
comme des pécheurs, des déviants sociaux ou encore des
malades. Nous étions interdits par la loi et subversifs. Voire
exotiques !
Désormais, la militance homo revendique le droit à la
normalité. Nous nous regroupons autour de revendications d'intégration.
Et moi, je ne me reconnais pas du tout dans ces demandes répétées
de mariage.
Je ne m'y reconnais pas en tant que féministe. Le mariage est
l'un des fondements du patriarcat avec la famille et ça me
reste en travers de la gorge. Je préfère le non-mariage.
C'est une liberté dans laquelle je me vautre, une liberté
prise sur l'une des quasi-obligations hétérosexuelles.
Oui, j'aurais préféré signer une pétition
pour des back-rooms pour filles parce que le cul n'est pas sorti du
placard. Et je préfère défendre une sexualité
plus débridée que cette question bien trop sérieuse
pour moi. De domicile conjugal et de contrat. D'État qui sanctionne
l'amour. D'État homophobe. Alors, je ne veux pas que l'État
se mêle de quoi que ce soit dans ma vie privée.
Et puis, arrêtons l'hypocrisie sur le mariage. Là où
il existe, le mariage gay n'a rien changé au mariage. C'est
un contrat à caractère économique et tout le monde le
sait. Et il me plaît à penser que l'amour n'a pas besoin
de contrat. Que les ruptures coûtent assez sans avoir à
engraisser juges et avocats. Je voudrais plutôt en finir avec
les discriminations pécuniaires qui pénalisent les célibataires.
J'ai donc l'honneur de ne pas te demander ta main parce que je ne
veux pas m'enfermer dans ce tiroir du couple et encore pire :
le tiroir étatique du couple marié. Je ne veux pas de
ce contrat que l'on élève au statut de norme sociale
et qui est considéré comme une réussite dans
la vie. Je le refuse d'un point de vue théorique.
Sans me jeter de la poudre plein les yeux car c'est un chemin difficile
que de renoncer à la possession, la jalousie et la dépendance
affective. Sur cette voie, la norme mariage est définitivement
bannie de ma route. Et je ne souhaite vraiment pas pour les lesbiennes
ce mariage contre lequel se sont battues les féministes. Et
je crie désormais bien haut : Non au mariage homo !
Non au mariage hétéro !