Surprise du soir !




D’abord elle ne sait pas où elle est. Elle ne reconnaît pas le contact de ces draps. Cette chambre ? Non, elle n’est pas chez elle, pas dans son lit. Ensuite, ce corps contre le sien. Endormi, chaud. Ce bras posé en travers de son ventre. Cette main si près de son sexe. Si près. Elle ferme les yeux de nouveau. Vérifie qu’elle n’est pas encore endormie, dans un rêve. Et puis elle se souvient, doucement, les images, les sensations, les unes après les autres.
Ce corps près du sien, ce corps qui la cherche dans le sommeil, ce corps de femme qui fait renaître la chaleur en elle, elle le reconnaît…



Hier…
C’était seulement hier… Pas plus tard qu’hier…
Soirée tranquille dans un petit café-concert avec la bande habituelle et quelques autres. Quelques autres dont cette fille d’allure sportive avec qui elle avait sympathisé. Comment faire autrement, d’ailleurs ? La petite bande s’est installée autour d’une table et elle s’est retrouvée coincée sur la banquette entre David, un grand baraqué qui pourrait faire du rugby et cette fille. En fait, au début elle ne l’avait pas vraiment remarquée cette fille. Cette fille ? Fred. Bonjour Fred, moi c’est Marie. Drôle de nom Fred pour une fille… une femme… non, une fille, avec ces vêtements de sport un peu trop larges et cette coiffure en pétard, c’est une fille. Marie sait bien qu’elle a des idées parfois un peu trop « raides » sur ce qu’est une femme, une fille, un garçon, un homme, etc. Ce sont ses petites cases à elle, rassurantes et pratiques.

Donc la voilà coincée entre David et Fred. La conversation s’installe tout autour de la table, mais dès que le concert commence, plus moyen de s’entendre à moins de s’adresser directement au conduit auditif de son voisin. Ou de sa voisine. En l’occurrence Marie est très bavarde, intarissable même sur l’histoire de cette petite salle de concert, les artistes qu’elle y a déjà vus, ce qu’elle pense du groupe de ce soir et Fred n’est pas en reste de commentaires et de réactions. Marie se rapproche donc tout naturellement de cette « fille » qui la fait sourire et lui raconte des bêtises dans le creux de l’oreille. Soudain elle se rend compte que quelque chose d’inhabituel se passe. La chaleur qu’elle sent en elle, le frisson dans son cou, ça ne colle pas avec la « case fille » dans laquelle elle a posée Fred. Qu’est-ce qui la trouble ainsi ? La main qui s’est installée sur sa cuisse ? Le souffle chaud dans son cou quand Fred lui parle ? Ce corps contre le sien ? Impossible ! Elle a dû se tromper de verre et boire quelque chose de trop fort pour elle. Ou alors elle couve une grippe. Elle tente de se raidir intérieurement (la case fille !), mais elle ne tient pas longtemps. Après tout elle est là pour s’amuser et se détendre. Et puis, aussi, elle est border-case, Fred, avec ses allures de garçon manqué. Marie aime bien s’inventer des excuses quand elle sait qu’elle risque de déroger à ses principes.

Plus la soirée avance, plus elle se laisse troubler, plus elle laisse son propre souffle s’attarder dans le cou de Fred. Elle reconnaît la chaleur dans son ventre et le désir de peau contre sa peau. A la fin du concert, elle n’hésite plus pour suivre cette « fille ».

Taxi. Ascenseur trop éclairé. Une porte qui claque. Plus de questions dans sa tête quand ses lèvres s’ouvrent enfin au baiser de Fred. Pas d’hésitation à se laisser plaquer contre ce corps qu’elle n’a pu que deviner sous les vêtements larges. Urgence des mains qui se glissent sous un pull pour l’enlever.

Fred sourit aux yeux étonnés de Marie. Sous le pull informe, il n’y a plus de garçon manqué, pas de brassière de sport, mais une petite guêpière lacée dans le dos. Marie sent qu’elle n’est pas au bout de ses surprises…




Elle se réveille contre ce corps de femme.
Elle reconnaît les vibrations de cette nuit.


Mireille


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