Je suis une autre moi-même



Quand j’avais 37 ans, « je m’ai tuée »…

Brutalement une douleur explose en moi, ce désir qui fait mal, trop mal, c’est ELLE, son visage et son corps… Non !! Juste son visage… Elle n’a pas de corps, je n’ai plus de corps. Pas ÇA ! J’ai 37 ans… Je ne veux pas.

Je suis amoureuse, comme on l’est à 8 ans, juste avec ce bien-être sans nom qui fait chaud au corps, sans savoir, je ne veux pas savoir… C’est mon secret.

Les « homos », ILS sont là, autour de moi, mes potes, mes frangins… Eux, ils ont un sexe, pas moi, pas ELLES… Leurs copines, elles « partagent » des appartements et se tiennent par la main comme le font les petites filles avec leur sac d’écolière sur le dos.

Parce que cette douleur, délicieusement horrible, me dévore, arrache une à une toutes mes certitudes, anéantit, tel un raz-de-marée, cet équilibre dont j’étais si fière, que j’avais construit au fil des années. Et pire : me laisse béante, face à cette sensation que je ne suis pas ce que je croyais être ! Je suis le produit stéréotypé d’une société qui m’a forgé des repères, donné des valeurs, auxquels j’ai cru… mais qui n’étaient que normatifs. Je vis avec ce corps de mère, alourdi d’avoir porté, respecté parce qu’il a accompli son devoir.

Le sanglot s’insinue, souffle court, irise mes artères, envahit mes poumons… Et c’est un vagissement qui jaillit d’un corps de femme…

Je suis une autre moi-même.
Où sont mes « sœurs »…
Internet, un « chat » de lesbiennes, sous l’étendard arc-en-ciel de l’affirmation… elles vont m’aider, à comprendre, à m’apprendre… elles se sont arraché le drap blanc de la virginité, comme un trophée, comme une victoire… et quelle victoire… Et j’ai croisé le regard de l’amie, celle qu’on hue, qu’on salit sur le « trône » de la jalousie, mon « corps-âme-sœur » d’une nuit, elle m’a donné la vie …


Marie


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