|
En préambule de ces quelques lignes, je vais placer une cinquantaine davertissements. Il faut prendre ce texte au second degré. Je nai rien contre les hétéros, jai de très bons amis qui le sont :-) Je ne suis pas totalement intolérante, un petit peu seulement. Enfin, pour conclure, je laffirme bien haut et sans rougir : je suis une téléphage. Vous avez déjà certainement tous vu cette émission de la première chaîne de télévision où des gens échangent leur vie, lespace de quelques jours. Le but très pédagogique de cette expérience est, daprès lanimatrice blonde, de permettre aux deux protagonistes de mieux se comprendre. Dans les faits, ça se termine bien souvent en bataille rangée, chacun restant fermement campé sur ses positions. Pour éclairer les quelques extrémistes qui ne regardent jamais la chaîne susnommée ou qui pire encore nallument jamais leur télévision, une mère de sept enfants peut, par exemple, essayer de convaincre une célibataire endurcie que sa vie est merveilleuse, une matonne quelle fait du social à une libertaire acharnée, une huissière que sa mission est positive à une pauvre femme à découvert dun million de francs. Bref, lintérêt de la démarche est nul, mais le téléspectateur rit bien aux dépens des témoins. À la fin de chaque émission, un appel à témoin est lancé. Depuis quelque temps, nous réfléchissons avec ma moitié sur le sujet qui pourrait le plus nous concerner. Conclusion, ce que nous aimerions vraiment faire c'est : « vis ma vie dhétéro » Le destin étant vraiment farceur, le fourbe, il nous a amenées à vivre cette fabuleuse expérience avec, dans le rôle de lhétérosexuelle stéréotypée, une ancienne copine de collège de ma compagne que nous hébergeons un week-end. À dire vrai, c'est plutôt cette pauvre petite qui a vécu notre vie de gouines invétérées. Fidèles aux principes du concept, nous lui avons en effet concocté un week-end sous le signe de lhomosexualité. Bon, au premier regard, je ne trouve pas le physique de mon interlocutrice formidable, cette précision est importante et ne vise pas uniquement à la dénigrer à tout prix. La pauvre enfant est assez mal à laise dans nos murs, malgré mes tentatives désespérées pour la rassurer : « Je te préviens le chat est fou, fais bien attention. » « Demain, nous recevons des copines lesbiennes, mais très sympas » Elle regrette déjà davoir tenté lexpérience et le mutisme de mon bébé à moi, lancée dans un round dobservation, ne fait rien pour la rassurer. Nous passons une soirée soft. Nous nous calons, plus nous quelle dailleurs, devant LAuberge espagnole. Je claironne dès les trois premières secondes du film que le personnage de la Belge est homo. Là, premier malentendu, est-ce que lactrice lest aussi ? Première mise au point, des hétéros peuvent feindre dêtre homos pour une fiction. Notre invitée encaisse, perplexe. La nuit se passe sans encombres. Nous ne linvitons pas dans nos draps, quand je vous dis que nous sommes soft. Le lendemain, c'est moi qui me heurte à ma première grande surprise du séjour. Dans la rue, tous les hommes se retournent sur notre cobaye. Je la regarde à nouveau : traits réguliers, blondes, yeux clairs, poitrine potable, aucun charme, vraiment pas de quoi casser trois pattes à Saturnin (le canard). Les hétéros ont, semble-t-il, un sixième sens qui leur permet de se reconnaître entre eux (bon allez, on ne vous la jamais faite celle-là ?). Le soir venu, nos amies arrivent. C'est au tour de notre invitée dobserver. La conversation tourne essentiellement autour de lhomosexualité. Nous avons beaucoup reparlé de cette soirée par la suite et nous nous sommes interrogées sur linstinct de survie qui nous a poussées à aborder ce sujet en priorité. Jentreprends de bouter hors de lesprit de ma jeune victime tous les préjugés sur les homos. Non, il ny en pas une qui fait lhomme et lautre la femme. Ca la laisse perplexe. Elle essaie dattribuer les rôles dans notre couple damies. Ne le fait pas pour nous, heureusement La soirée suit son cours. Les questions sont parfois surprenantes. « Mylène Farmer, elle est lesbienne ? » Euh non, pas vraiment, ce nest pas parce que nous lécoutons quelle lest. Et ainsi de suite. À lissue de cette soirée, la petite profite de mon absence pour déclarer à mon amour que les lesbiennes réfléchissent beaucoup et semblent très intelligentes. Le reste de laventure se déroule sans encombres. Le chat ne la pas éborgnée. Nous ne lavons pas convertie |