![]() Ah, le coming-out Nous sommes tous et toutes passés par là Sûrement un des sujets les plus galvaudés des conversations entre gays ! Après quatre ans datermoiements, jai enfin pris mon courage à deux mains et jai décidé dannoncer à ma meilleure amie que ma grande passion pour Catherine Zeta Jones nétait pas uniquement esthétique ! Me trouvant à létranger et à 10 000 km de distance, la solution la meilleure ma paru être le mail. Jécris donc une missive euphémisante. « Je me demande si je ne préfère pas les filles » et je clique sur « Envoyer » Plusieurs jours dattente interminable et je reçois enfin la réponse attendue dont le contenu me laisse perplexe. Aucune mention de la confession qui ma tant coûté et, à la place, un compte rendu détaillé sur la passion de son chef de bureau pour le chocolat Crunch. Serait-ce là un message codé, une métaphore cacaotière dont les vertus aphrodisiaques bien connues signifieraient quen terme de comportement sexuel, nous avons tous nos petites déviances et que la mienne nest pas plus répréhensible quune autre ? Je renvoie tout de même un mail désespéré condamnant le manque de réaction de mon amie qui tombe des nues, nayant pas reçu mon 1er mail ! Bill Gates doit être homophobe et mon premier coming-out ne sest donc pas fait en douceur, mais, comme dans les contes de mon enfance, tout est bien qui finit bien (mais je ne sais pas si jaurai beaucoup denfants !) et la réponse de ma meilleure amie a été comme dhabitude en tout point admirable : « Je taime comme tu es ». Enhardie par ce succès, jai donc entrepris de mettre au courant mes autres amies à loccasion dun passage en France. Deux dentre elles ont très bien réagi, massurant que cela ne changeait absolument rien. La troisième, tout en tenant le même discours, a tout de même lâché un « du moment que tu ne me dragues pas » qui ma paru un peu déplacé vous avez remarqué que lorsquon fait un coming-out, cest toujours votre amie la moins gâtée par la nature qui a le plus peur pour sa vertu ? (Envoyez-moi vos témoignages que je puisse vérifier mon intuition mathématique ) mais bon, cest toujours mieux quune réaction ouvertement hostile Je vous passe linévitable réaction du mâle en rut qui, apprenant vos penchants saphiques, vous crucifie dun stupide « mais cest parce que tu nas pas rencontré un vrai mec » - sous-entendu « messayer, cest madopter » et je passe à mon dernier coming-out en date : C., mon voisin de palier, venu me rendre une visite de courtoisie jhabite une résidence étudiante et il nest pas rare daller chez les uns et chez les autres pour boire un coup ou juste papoter. Jétais dailleurs en grande discussion avec une de mes très bonnes amies et voisine. Je fais rentrer C et celui-ci remarque mes murs chargés en photos féminines jai toujours rêvé davoir ce genre de chambre étant ado, mais je métais censurée pour ne pas mettre la puce à loreille de mes parents, maccordant tout de même trois ou quatre posters de Steffi Graf (ce qui a persuadé ma mère que, décidément, jadorais le tennis, alors quen fait, jai toujours davantage admiré le jeu de jambes de la belle Allemande que son foudroyant coup droit !). Bref, celui-ci se lance dans une réflexion du type « Je ne comprends pas pourquoi les filles ont toujours des posters de nana, pourquoi tu naffiches pas plutôt des mecs ? » -- occasion en or pour lui dire que je suis lesbienne Il prend un air étonné, puis enchaîne par un « ah, désolé les filles, je dérange peut-être ? » (encore le fameux mythe de la sexualité débridée des lesbiennes ?). Série de plaisanteries douteuses, puis on change de sujet. Jai appris le lendemain quil avait cru pendant 30 bonnes minutes que je nétais pas sérieuse ! Après consultation, le diagnostic unanime de mes amis proches a été : « Cest parce que tu ne ressembles pas à une lesbienne ». Javoue que cette idée me passe un peu au-dessus de la tête : dites, dessinez-moi une lesbienne ? Deux écoles apparaissent lors de lexamen de mon cas : il y a les amateurs de comédie populaire, partisans du : « Tu ne ressembles pas à Josiane Balasko dans Gazon maudit » et les fans de films dauteurs : « Tu nas rien de Rita dans Mulholland Drive ». Merci les gars, en gros je ressemble à rien quoi ! Traduit en langage lesbien, la conclusion est que je ne suis ni butch ni lipstick. Juste une fille ordinaire qui a comme particularité statistique de préférer les filles. On en revient à la constatation de Carole dans son dernier article : et oui, nimporte qui peut être lesbienne, il ny a pas dimage dÉpinal contrairement à lidée répandue dans la société. Décidément la meilleure volonté ne triomphe pas toujours du manque de visibilité lesbienne Mais je continue le combat ! |