God hates fag




Le monde abrite bien des contradictions. Certaines sont plus évidentes que d'autres. Récemment, l'idée de balancer des bombes sur Bagdad pour soulager ses habitants opprimés me semblait un rien paradoxale, pour citer un exemple.

Jusqu'à récemment, cette « noble guerre » détenait donc la palme d'or dans mon classement des aberrations… jusqu'à ce que je tombe sur un certain site Internet. GodHatesFag.com soit en français DieuHaitLesPédés. Ca a le mérite d'être clair, net et précis, je veux bien leur accorder ce point. Un peu horrifiée, je clique quand même et me retrouve propulsée dans ce qui ressemble à une troisième dimension, un monde parallèle où tout fonctionne à l'envers. Quand j'étais petite, on m'avait dit que Dieu aimait tout le monde. Apparemment, certains ont dû sécher les cours de catéchisme (aurais-je oublié de préciser que le site en question appartient à une branche protestante un rien extrémiste ?) parce que je ne retrouve pas les principes qui m'ont été rabâchés dans le discours haineux de ces gentils chrétiens américains. Mais soit, j'ai dû me tromper : Dieu ne nous aime pas. Ces gens semblent être bien placés pour savoir ce qui est bien et inversement, ils doivent être en ligne directe avec le Créateur, privilège pas donné à tout le monde. Une des attractions principales du site demeure le chronomètre qui indique depuis combien de jours Matthew Sheppard brûle en enfer. Petit rappel des faits : le jeune Matthew a créé une polémique sans précédent ou presque dans l'Amérique puritaine en ayant l'audace de mourir massacré par des homophobes. Le pauvre aimait les garçons, autant dire qu'il cherchait les ennuis. En dessous d'une icône qui montre le martyr… oops, pardon… le suppôt de Satan rougir sous les flammes se trouve un texte qui expose très clairement leurs vues sur les homosexuels. Autant prévenir les cœurs sensibles, ne vous aventurez pas dans cette charmante oasis de paix, d'amour et de respect, en un mot ce lieu divin. J'ai rarement vu des propos si haineux. Outre ce fait, je suis quand même un petit peu perturbée car j'ignorais qu'une religion pouvait être fondée sur la haine. Bêtement, je croyais que c'était le contraire. À la réflexion, je crois qu'il est pratique pour ces gens de se focaliser sur les gays, les méchants et s'autoproclamer bons par opposition.

Un peu plus tard, cette hypothèse a été confirmée. Je traînais dans les rayons d'une librairie religieuse en attendant ma mère (dont les grands discours m'avaient un peu préparée à affronter ceux, un rien plus radicaux, de nos amis chez GodHatesFags). Mon regard s'est fixé sur un livre au titre accrocheur : « Ne devenez pas gay, vous serez triste ». J'aurais aimé pouvoir dire : « Très bien, je prends note, j'éviterai donc d'aller grossir les rangs de cette communauté déviante », mais Monsieur l'expert a dû oublier qu'on ne choisit pas de tomber amoureux. Sinon, effectivement, la mise en garde est gentille, j'ai cru remarquer qu'il n'était pas facile de vivre en paix lorsque l'on est homosexuel. Non pas car le péché auquel on s'adonne nous ronge, nous hante, mais plutôt parce que certains aiment pointer du doigt et nous condamner pour se donner bonne conscience.

Face à tant d'intolérance, je ne sais trop quelle position adopter. Devrais-je ignorer ? C'est vrai qu'il est plus noble de ne pas rentrer dans un jeu si bas… mais la menace est quand même réelle et j'ai peur qu'il soit de mon devoir de me battre, ne serait-ce que par instinct de survie. Je n'ai pas de solution miracle, juste la triste constatation à faire que Dieu, s'il existe, semble être devenu le monopole de quelques humains. Ca prendra du temps pour réparer le mal qu'ils m'ont fait, mais j'espère ne jamais me poser comme eux et dire : « Ça y est, je détiens à la vérité ». Comme le dit Ani DiFranco : I'm trying to evolve…



Charlotte