La difficulté d'être et être simplement




J’ai coupé mes cheveux et tout a changé. Je me sentais mieux dans ma peau parce que je me rapprochais de l’image que je voulais donner de moi, l’image qui traduisait exactement ce que je suis au fond de moi.

Je regardais les garçons, je regardais de plus en plus les filles, sans me poser de questions, jusqu’au jour où j’ai compris que j’étais ce que l’on appelle homosexuelle ou lesbienne.

Tout un chemin à parcourir alors, entre réaliser la chose et l’assumer complètement. Je vais dire un lieu commun : c’est la société qui d’abord nous renvoie ce que nous sommes, c’est à nous après de construire notre identité. Être homo, c’est une orientation sexuelle, d’accord, qui influence forcément notre vie, mais parler d’homosexualité, c’est aussi défendre l’idée de liberté et de tolérance.

On dit « cette personne est homo », mais ce n’est qu’une ébauche de ce qu’elle est vraiment. Le désir est un des mystères de la vie.

Je veux donner une image androgyne de moi, mais quand on m’appelle « monsieur » cela m’irrite.
Je sens vivre en moi cette dualité, le masculin et le féminin, je sais, tout le monde a cette dualité à l’intérieur, mais là, c’est autrement ; se regarder dans un miroir et, au-delà de l’image, chercher notre moi. Le cheminement se fait au gré du temps.

Je suis ce que je suis avec mes désirs ; désir de plaire avec mon corps de femme, désir de plaire avec mon ambiguïté.

Je me souviens de ce jour où une amie, à Londres, décide de nous emmener dans une boîte de sa connaissance ; nous entrons, on nous salue, on nous demande de cocher dans une grille : femme, homme… je ne me rappelle plus des autres propositions ! Dans cette boîte, impossible de « catégoriser », c’était le désir profond à l’état brut. Chacun exprimait son être. Moi-même, je n’avais plus de repère, je me souviens être allée dans les toilettes pour femmes et là, deux superbes créatures qui avaient l’air d’être des femmes se regardaient dans la glace, je me retrouve au milieu des deux et là, j’avais l’impression d’être moins femmes qu’elles ???
De retour dans la boîte, je discute avec une amie de mon amie, cette personne a l’apparence d’une femme, mais est-ce un homme ? Une femme ? Une transsexuelle ? Un travesti ? je n’en sais rien, sauf que j’ai éprouvé un désir terrible pour cette personne.

Au-delà des apparences, nous sommes. Au-delà d’être homo, nous sommes.



Kriss