Permission de parler ?


Il y a peu, j’ai (re)viré ma cuti… Après environ 10 ans de vie amoureuse lesbienne, j’ai entamé une relation avec un homme. Parce que je l’aime.

Du coup, forcément, j’ai été amenée à être vue comme une hétérosexuelle en société. J’avais l’impression que tout le monde trouvait ça aussi bizarre que moi, puis j’ai réalisé que j’étais la seule à avoir conscience que je n’étais pas dans une relation lesbienne… je veux dire par là, que, pour tout le monde, sauf moi, la chose allait tellement de soi qu’il n’y avait visiblement que moi (et mon compagnon tout neuf) à y penser.

J’étais donc perçue comme hétérosexuelle en société… et ça m’a valu quelques soirées de merde. Depuis le temps, j’avais oublié comment ça faisait d’être considérée uniquement comme « la très jolie parure de printemps » de monsieur.

Un soir, nous sommes allés à une soirée quelconque, assez sympa, ou je me suis retrouvée en train de papoter avec des gens que je venais tout juste de rencontrer au bar. J’en étais donc à discuter de choses et d’autres avec un jeune homme un peu timide et qui me semblait tout à fait sympathique lorsque celui-ci sembla remarquer que j’avais un amoureux. Le jeune homme timide, que j’appellerais Simplet pour des raisons un peu mesquines je l’avoue (mais il le mérite), a donc interrompu la conversation qu’on avait ensemble pour demander à mon amoureux, qui passait par là : « Ca ne te dérange pas si je lui parle ? »

Moi, consternée. Lui attendant visiblement la permission de la part de mon ami Pierrot qui a rigolé, trouvant que la blague était plaisante, jusqu'au moment où il a réalisé que Simplet était tout à fait sérieux. Là, il a prudemment quitté les lieux, laissant l’inconscient à son triste sort.

Moi je n’en revenais pas ! Ce type n’avait même pas 152 ans ! Et sitôt qu’il remarquait que j’entretenais une relation de nature hétérosexuelle, voilà qu’il demande à mon amoureux la permission de me parler !!!

Comme je n’attends pas la permission pour parler ou penser par moi-même (parfois, il m’arrive même d’aller seule aux toilettes), je lui ai demandé de s’expliquer un peu :

« et s’il t’avait dit que ça le dérangeait, tu aurais cessé de me parler ? »
Silence embarrassé du type qui sent bien qu’il a gaffé quelque part, mais qui ne voit pas trop où.
« Et si tu avais voulu lui parler, tu m’aurais demandé la permission ? A ton avis, à quel âge une femme est assez grande pour être considérée comme majeure ?
- Excuse-moi, c’est pas ça, c’est que je suis assez jaloux et…
- Et alors ? C’est ton problème. Même si lui étais jaloux, ce serait son problème aussi, pas le mien ! »

Là, il a fait dériver la conversation sur les relations amoureuses, tout ça… Roméo et Juliette, le Prince et la princesse, la Belle et la Bête… Ebahie par tant d’ « innocence », je lui ai moi aussi raconté de jolis contes : Riri, Fifi et Loulou (qui partouzent dans leur cabane en paille), Cendrillon et Blanche Neige (qui se broutent derrière le miroir magique), Prince Pédé (qui viendra l’enculer s’il n’est pas sage) et Evinrud, la libellule qui papillonne à qui mieux mieux parce que le sexe, c’est bon, mangez-en !

Ce soir-là, le pauvre Simplet a appris pêle-mêle : que les gouines ça existe, oui les pédés aussi, qu’on peut coucher avec quelqu’un sans l’aimer éperdument, qu’on peut être dans une relation hétéro sans pour autant perdre son indépendance et son individualité. Il a aussi appris que j’étais pas super marrante quand on demandait à quelqu’un d’autre que moi la permission de me parler.

Il y a plein de choses qui me blessent quand je suis avec une fiancée : les regards de travers, l’absence de reconnaissance sociale, les soucis du coming out au boulot, etc. Lorsque je suis avec un fiancé, l’enfer, c’est aussi les autres…