There is something about Mary



C’est presque un euphémisme que de dire que la majorité des queers américains s’est sentie menacée à l’arrivée au gouvernement du couple Bush-Cheney. En particulier après avoir vécu sous l’administration Clinton-Gore. Pourtant, beaucoup ignorent un détail qui pourrait avoir de l’importance. Ce détail, c’est une femme, Mary Cheney, la fille du nouveau vice-président, une femme très proche de son père, mais aussi une femme ouvertement lesbienne. Apres tout, avoir une lesbienne dans la deuxième famille américaine peut consoler un peu d’avoir perdu le "gay-friendly" Bill Clinton.

Et puis Mary Cheney n’est pas n’importe quelle lesbienne, c’est une lesbienne professionnelle. Jusqu’a l’année dernière, elle travaillait pour Coors Brewing Co en tant que porte-parole auprès de la communauté GLBT, un sacr é bon poste dans les cercles "queer-and-beer". Elle vit depuis des années au grand jour avec sa "life partner" dans le Colorado, et est aussi très proche de sa famille. Proche sentimentalement comme idéologiquement à vrai dire, si bien qu’elle a prit les devants de la scène dans la campagne de son père, et a assumé le rôle de "body man", l’aide de camp qui reste en permanence avec le candidat. Et son amie était à ses cotés sur le podium lors de la cérémonie d’investiture.

D’accord, il faut aussi avouer que Mary Cheney n’a pas prononcé un mot en public sur sa vie privée depuis le début de la campagne électorale. Avec ou contre son gré? Difficile à dire. Après tout ce n’est pas elle le personnage public, et sa vie privée ne regarde pas les Américains D’un autre coté, cela ressemble à du classique "don’t ask, don’t tell", le meilleur moyen que l’armée américaine a jusqu’alors trouvé pour gérer le "problème" gai et lesbien. En gros, "messieurs, mesdames nous reconnaissons votre existence parce que nous n’avons plus trop le choix, mais nous vous saurions gré de garder pour vous votre vie privée". Bref, Mary Cheney n’était pas disposée à répondre aux questions de la presse. Par contraste, un traitement très différent a été réservé à George P. Bush, le sexy neveu Latino du nouveau président, qui donne maintenant plus d’interviews que Ricky Martin.

En tout cas moi je trouve ça pas mal qu’une femme ouvertement homosexuelle ait l’opportunité de faire son nid dans un panier de crabes homophobes. Le seul fait qu’elle soit présente (même muette) est comme un gros pied de nez à la droite religieuse à la Ashroft, qui non seulement veut nous couper le sifflet mais aimerait bien aussi que l’on disparaisse complètement. J’exagère très certainement. Peut-être que je me trompe aussi, peut-être que la seule chose que révèle la présence de Mary dans ce monde, est que son père est clairement hypocrite. Il aime manifestement sa fille, mais a la mémoire courte et s’empresse de réajuster ses œillères devant ses partisans. Peut-être même que l’existence de sa fille n’empêche même pas ces mêmes partisans d’exprimer leur haine envers ces "modes de vie alternatifs"…

C’est bien évident que la présence d’une seule personne ne va pas bouleverser les modes de pensée de la droite religieuse. Alors Gouverneur du Texas, G. W. Bush avait exprimé son soutien aux archaïques lois contre la sodomie, et refusé d’ajouter l’orientation sexuelle à la liste des motifs englobés dans la loi contre les "Hate Crimes". Quant a D. Cheney, il s’est ouvertement opposé aux homosexuels dans armée lorsqu’il était Secrétaire de la Défense. Bush n’est pas un affreux homophobe pourtant, seulement il s’est appuyé sur le soutien politique de ceux qui le sont pour se faire élire, et du coup il a des dettes a payer. La différence entre les deux administrations est des plus flagrantes. Le soir même de son élection en 1992, Clinton a mentionné la communauté gaie. A l’opposé, Bush n’a quasiment jamais prononcé les termes "gai," "lesbienne" ou même SIDA.

Au début des années 90, des études marketing ont révèlé que les activités politiques anti-gais de la famille Coors coûtaient de l’argent à l’entreprise Coors. La compagnie modifia sa structure, et même si les profits ont continué à subventionner ces mêmes activités politiques, la firme a entreprit d’adoucir son image publique de manière à élargir sa cible marketing. C’est dans cette optique que Mary Cheney était chargée d’obtenir la levée des boycotts et de vendre la bière auprès des Gais et Lesbiennes. Les Républicains auraient-ils opté pour une stratégie similaire en utilisant Mary pour vendre auprès de la communauté GLBT un "conservatisme adouci"? Dans tous les cas, l’image est une chose, mais si le client n’est pas satisfait par le produit, il finira de toute façon par changer de crémerie.