Les Mystères des Petites Annonces




Un soir de beuverie (j'étais encore bourrée à la Cocaféine !) j'avais menacé quelques copines d'une chose horrible : et bien voilà, je l'ai fait...
Je vais donc pouvoir maintenant vous présenter une petite étude socio-géographico-analytico-humoristique des PA de notre revue lesbienne mensuelle.

Attention, ce genre d'études n'est pas dans mes compétences habituelles. Moi, je suis vétérinaire et pas sociologue. Mes conclusions devront donc être prises avec beaucoup de précautions ; elles vous paraîtront sans doute parfois complètement subjectives : c'est normal, c'est complètement volontaire.
Il se peut que j'en profite pour tordre le cou à certaines idées reçues ; il se peut également que j'en renforce d'autres. Je ne suis pas dans votre tête, et ce que je pense des PA que je lis attentivement tous les mois n'est pas forcément ce que vous, vous en pensez en les lisant aussi attentivement... Ne niez pas, je sais que vous le faîtes !!!

Alors ou ? ? ?

Quel échantillon ?

J'avais prévu initialement de travailler sur une année complète et d'en profiter pour analyser d'éventuelles variations saisonnières dans les demandes. Je dois vous avouer que j'ai craqué avant d'avoir enregistré dans ma base de données toute l'année 1999. De toute façon, il m'aurait manqué le mois de mai (Qui est parti avec MON Lesbia du mois de mai ????).

J'ai donc travaillé sur 7 mois ½ de publication : décembre, novembre, octobre, septembre, juillet-août, juin, janvier et ½ avril. Cela représente en tout, 571 Annonces.

1ère Question : Où sont-elles ?

Ben, j'en sais rien. En fait, les femmes des PA ne disent souvent pas où elles habitent. Par contre, elles disent où elles cherchent. On peut alors supposer qu'elles choisissent leur environnement proche. Mais, on peut également penser que certaines pourraient envisager de cibler une région où elles n'habitent pas, pour limiter les risques, où parce qu'elles bougeraient volontiers.

Seules 5% des annonces ne précisent rien sur la géographie de leur recherche.

Au palmarès des régions les plus recherchées on trouve en n°1 la Région Parisienne, citée dans près de 40% des cas, suivie par les régions Provence-Alpes-Côte d'Azur et Rhône-Alpes. Ensuite vient l'Ouest, de la Bretagne au Sud-Ouest.

Certaines régions (dont je tairai le nom ici), qui paraissent en blanc sur la carte, ne sont pratiquement jamais citées. Les interprétations possibles sont multiples : 1. Il n'y a pas de lesbiennes dans ces régions (J'y crois pas, j'en connais...) ; 2. Elles ne connaissent pas notre célèbre revue lesbienne nationale (Possible, certaines de ces régions sont ravitaillées par les corbeaux...) ; 3. Elles ont déjà toutes trouvé l'âme soeur (Ça se saurait !!!) ; 4. Elles sont toutes au placard (Ça non plus j'y crois pas...) ; 5. Les associations et lieux de rencontre étant très concentrés dans ces régions, le recours aux PA est inutile (Non, là, je plaisante. Regarder la carte, et dites-moi si vous connaissez beaucoup de lieux lesbiens dans les zones blanches...).

Si vous avez une meilleure explication, n'hésitez pas à m'écrire au journal qui transmettra (Zut, ça déteint sur moi !!!)




2ème Question : Qui sont-elles ?
Ou plus précisément que disent-elles d'elles-mêmes ?

84% d'entre elles annoncent leur âge. La moyenne est de 40 ans. Si on va de moins de 20 ans à plus de 60, plus de 50% des femmes qui annoncent leur âge ont 40 ans et plus.

On peut déjà remarquer qu'elles n'hésitent pas à afficher leur âge, même si certaines restent imprécises et annoncent la 30aine ou la 40aine plutôt qu'un âge exact, mais celles-ci sont rares.

De plus même si, comme je le relevais précédemment, un peu plus de la moitié des femmes ont plus de 40 ans, 46% ont moins de 40 ans. L'âge fatidique à partir duquel le nombre d'annonces augmente considérablement n'est pas 40 ans mais 35. C'est l'approche de la quarantaine et non pas la quarantaine elle-même qui change tout.

L'idée d'être seule à 40 ans deviendrait-elle moins supportable à partir de 35 ans ? Une toute autre interprétation est possible : à 35 ans, on a déjà réglé beaucoup de chose dans sa vie et on peut alors se permettre de prendre le temps de chercher l'âme soeur...


Et à part ça, que disent-elles d'autre ?

1% annonce qu'elles sont mariées et 3% annoncent qu'elles ont des enfants.

Moins de 1% d'entre elles s'affichent ouvertement comme bisexuelles (on verra plus loin qu'elles n'ont pas tort d'être discrètes sur ce sujet !).

Quant à leur style, elles en disent peu de chose mais on peut quand même noter que 12% se décrivent comme "féminines", 3,5% comme "androgynes" et seulement 1% comme "masculines". Est-ce à dire que plus de 80% refusent ce type d'étiquettes ? En tout cas, elles refusent de se l'appliquer à elles-mêmes.

Notons que 5% préfèrent se décrire comme "sportives" : il vaut mieux prévenir, en effet, si pour avoir répondu à une PA on se retrouve obligée à faire du footing tous les matins et à passer ses vacances à crapahuter en montagne, bonjour la galère !!! Mais je m'égare, je laisse parler ma flemme légendaire...

Une caractéristique largement répandue : la prudence...

93% choisissent les réponses passant par le journal, gardant ainsi un filtre et la sécurité de l'anonymat.

5% osent donner leur numéro de téléphone (mais osera-t-on appeler ?) et 2% leur numéro de portable (c'est votre portable professionnel ??).

3ème Question : Qu'est-ce qu'elles cherchent ?

Les différentes questions s'entremêlent : ce qu'elles cherchent peut nous en apprendre beaucoup sur qui sont ces femmes. De la même façon, quand on regarde d'un peu plus près les mots qu'elles utilisent, on se fait une meilleure idée de qui elles sont et de ce qu'elles veulent.

Les âges ciblés

Je n'ai pas pu prendre en compte les annonces où des phrases du style " âge en rapport " figurent, mais près de 60% des annonces donnent un âge cible. Lorsqu'on analyse la pyramide des âges ciblés, elle est légèrement plus jeune que la pyramide des âges annoncés.

On peut cependant noter quelques exceptions avec recherche d'âge mûr... tout n'est pas perdu pour les tempes grisonnantes (j'en sais quelque chose !!!).

5% des annonces donnent un âge cible fixe ; seulement 3% et 1% des annonces donnent respectivement un âge minimum et un âge maximum.

La plupart des annonces font figurer une fourchette cible, plus ou moins large, de 2 ans à 30 ans, peut être fonction de l'adresse de l'annonceuse... Le plus souvent elles choisissent de viser large, 10 ans ou 15 ans (la plage 30-45 ans est la plus fréquente), mais certaines essayent de viser beaucoup plus juste dans le coeur de leur cible et cherchent un âge fixe.

Le style

Le style des annonces est neutre dans 84% des cas. L'humour (celui que je suis capable de détecter...) n'est présent que dans 6% des cas. 4% des annonces peuvent être qualifiées de poétiques (la poésie que je suis capable de détecter) et 4% ont été cataloguées comme " bavardes " et il y en a 1% que j'ai trouvées tristes. J'ai été très frustrée de n'en trouver que 0,2% de coquines, c'est à dire une. A vous de vérifier !

Les mots-clés

Les mots les plus utilisés dans les annonces et qui décrivent comment ces femmes voient leur avenir sont assez significatifs : près de 40% d'entre eux (sur les 5007 mots relevés dans les 571 annonces) évoquent une relation empreinte de compréhension, d'écoute et surtout de douceur, de tendresse et de sensibilité, une relation qui dure.

De sexe il est très peu question (4% des mots). L'aventure, la surprise a un peu meilleure presse (6%), ainsi que le rire (5%). Elles aiment la nature et les voyages.

Près de 3% des annonces contiennent un SOS et près de 2% d'entre elles évoquent des qualités plutôt négatives ne donnant pas très envie de répondre.

Le militantisme et le féminisme ne font absolument pas partie de l'univers des petites annonces.

 

Et les interdits

J'avais prévu de tordre le cou à quelques idées reçues. En voilà une : 71% des annonces ne contiennent pas de restriction. Bon d'accord, cela veut quand même dire que 29% en contiennent.

Le nombre de restrictions par annonce peut aller jusqu'à 6 (là, on frise l'hystérie !!!). Plus généralement, il y en a 2 ou 3.

Au palmarès des interdits, les n°1 sont les " bi " qui représentent près de 45% des restrictions (d'où la discrétion évoquée plus haut quand les femmes se décrivent).

En n°2, vient l'alcool dans 29% des cas, suivi par le tabac et l'allure masculine, chacune dans 21% des cas... Derrière enfin, les "névrosées", les "vulgaires", les "pas sérieuses", les "camionneuses" et les "aventurières"...

Cet aspect des Petites Annonces est souvent le sujet d'âpres discussions... Comment peut-on prédire ce que va donner une rencontre à partir des quelques éléments parfois subjectifs de personnalités ? Il n'est pas rare de voir des couples se former alors que l'une des partenaires ne correspond a priori absolument pas à ce qu'attendait l'autre. Quel est le défaut des camionneuses et des masculines ? Comment peut-on se considérer soi-même comme névrosée, vulgaire ou pas sérieuse... Comment peut-on prévoir l'évolution d'une aventure... On peut parfois y rencontrer l'amitié, voire plus si affinité...

Je crois que sur ce sujet, je serai d'accord avec celles qui refusent l'intolérance que représentent ces restrictions, même si j'ai aussi un pincement au coeur en pensant aux accidents de vie d'où elles sont peut-être issues.

Bi

45%

Baiseuse

1%

Alcoolique

29%

Chômeuse

1%

Fumeuse

21%

Coincée

1%

Masculine

21%

Echangiste

1%

Névrosée

16%

Egoïste

1%

Vulgaire

10%

Intégriste

1%

Pas sérieuse

9%

Jalouse

1%

Camionneuse

6%

Libertine

1%

Aventurière

5%

Mal élevée

1%

Volage

3%

Non fumeuse

1%

Immature

2%

Parasite

1%

Droguée

2%

Portable

1%

Androgyne

1%

Primaire

1%

Malsaine

1%

Psy

1%

Menteuse

1%

Radicale

1%

SM

1%

Râleuse

1%

<45 ans

1%

Triste

1%

Armoire

1%





Je ne sais pas si vous avez appris beaucoup de choses en lisant cette analyse pseudo-scientifique. Pour ma part, je trouve que les femmes des petites annonces ressemblent beaucoup aux femmes que l'on peut rencontrer ailleurs, avec son cortège de solitude, de blessures et d'intolérance... Et surtout, beaucoup d'idéalisme.

Est-ce que je vais répondre à la prochaine qui me fera sourire ou même rire aux éclats... Non, je ne peux pas, je me ferais traiter de pas sérieuse, voire d'aventurière...

Un petit conseil à Mesdames les annonceuses : mettez y un peu d'humour et de fantaisie et sortez... là où vous cherchez, il y a plein de lesbiennes, des associations, des lieux où vous pourrez rencontrer l'âme soeur sans avoir de mauvaises surprises...



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