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Les Chiennes de Garde "Putain", "Concert de vagins" De Simone Veil à Dominique Voynet, la vie politique française témoigne de l'abondance des insultes subies personnellement par les femmes politiques lorsqu'elles montent au créneau pour défendre leurs idées. Derrière ces mots orduriers se profilent des comportements de mépris invraisemblable envers les femmes et un sexisme profondément ancré dans la société française. C'est sur cette écoeurante constatation qu'en mars 1999, un petit groupe de femmes militantes et féministes créa un groupe d'alerte qui riposte désormais dent pour dent, et à coups de griffes médiatisés, à toute cette boue machiste. Naissance des "Chiennes de Garde" ! Le nom du groupe, volontairement subversif, fait réagir : les Chiennes ne sont pas là pour être gentilles, ou convenables : leur nom est violemment provocateur, comme le sont leurs actions, à la mesure de la violence et de la grossièreté qu'elles ont à combattre. L'enjeu est d'importance : la dignité des femmes. En mars 1999, les Chiennes publient un "manifeste français", par lequel elles s'engagent à manifester leur soutien aux femmes publiques attaquées en tant que femmes, et affirment la liberté d'action et de choix de toutes les femmes. Ce manifeste connaît un succès foudroyant : à son premier anniversaire, au 8 mars 2000, plusieurs milliers d'hommes et de femmes l'ont déjà signé, par fax, par courrier ou par mail. Il est désormais doublé d'un "manifeste international", qui exige la reconnaissance de la légitimité des femmes du monde entier à participer aux décisions à égalité avec les hommes et demande le vote d'une loi anti-sexiste en France. Signer les manifestes n'oblige pas à adhérer. Mixte, l'organisation, est ouverte à tout être humain concerné par la dignité des femmes. Indépendantes, les Chiennes ne suscitent pas pour l'instant de rencontres avec les autres associations féministes, mais ne les refusent pas : elles auront leur table au forum des associations lors de la Fierté lesbienne parisienne, à Wagram. Elles reçoivent quotidiennement beaucoup de demandes et font leur choix d'après de stricts critères : l'insulte doit être publique (devant témoins), sexiste et viser une personne en particulier. Le choix d'une demande est malaisé et nécessairement subjectif : le bureau ne vote pas toujours à l'unanimité, mais la démocratie l'emporte. La notoriété, la coloration politique, ou l'orientation sexuelle de la personne insultée ne sont pas prises en compte : les Chiennes ont refusé à Martine Aubry l'aide qu'elles ont accordée à Marie-Josée Roig ou à Nicole Abar (1). L'action des Chiennes de Garde se traduit par la médiatisation d'incidents sexistes, en vue de leur apaisement, dont le plus connu est certainement l'affaire du Fouquet's (2). Les Chiennes ont déjà envoyé des lettres publiques à Marc Blondel, à Ernest-Antoine Seillière, et à Alain de Greef, qui ont soutenu des attitudes sexistes visant des personnes précises. (3) Les fondatrices du mouvement, de par leur notoriété antérieure ou leur métier, ont plus facilement accès aux médias et ont l'habitude de s'exprimer en public. Elles portent enfin sur le devant de la scène les revendications des féministes peu entendues ! Non, il n'y a pas de degré dans la violence sexiste, il y a "la" violence sexiste et sa cohorte de manifestations diverses, verbales ou physiques. A ce titre, il est regrettable que les voies originales des Chiennes soient encore si mal comprises par leurs soeurs féministes. Parce que les Chiennes ont abandonné la méthode de l'article mal écrit éternellement triste, paraissant dans une improbable revue diffusée confidentiellement, parce qu'elles manient l'humour et la provocation plutôt que le misérabilisme, elles sont suspectées d'élitisme et d'être accro à la pub. La médiatisation les dessert auprès de leur base féministe pour qui l'objectif didactique - porté par l'humour, le ton décalé, "deuxième degré" qui plait tant aux médias - est transparent. De ce fait, telle, qui trouve "people" le refus du Fouquet's d'admettre des clientes, n'oserait pas dire à SOS Racisme que se battre contre le refus par certaines discothèques d'admettre des blacks est un combat mineur. Alors, oui, avec les Chiennes, boycottons le Fouquet's ! Comment faire mieux comprendre que le sexisme est un racisme comme un autre ? Pour faire passer le message, la méthode a sans doute changé mais qu'on ne s'y trompe pas : le combat des Chiennes de Garde - la dignité des femmes - est une des formes du mouvement humaniste renaissant : le combat pour la dignité humaine, contre toutes les formes de racisme et d'exclusion. Dans ce mouvement, on retrouve José Bové, Viviane Forrester ou Marie-France Hirigoyen (4). Comme Florence Montreynaud (5), ces militants se battent depuis 30 ans, dans l'ombre ou presque et il aura fallu la peur collective grandissante du nouvel ordre économique et politique, par peur des effets pervers de la mondialisation et du libéralisme pour que renaisse une prise de conscience collective et que se créent des associations telles qu'ATTAC, les Etats généraux de l'écologie... et les Chiennes de garde ! Pourtant, depuis un an, la politique des Chiennes a déjà payé, ô combien ! Elles "montrent les crocs" dans les médias français les plus représentatifs, ce qui incite désormais les pires machos du monde politique à surveiller un peu leur langage, non par une brusque conversion au féminisme, mais par peur de passer pour des ringards. Les femmes du gouvernement n'ont enfin plus peur d'affirmer qu'elles quitteront la salle chaque fois qu'elles seront insultées. Les femmes insultées savent qu'il existe désormais une organisation prête à braquer le projecteur sur la face de leurs insulteurs. Les Chiennes ont fait le pari que les exemples venus de femmes publiques ne pourront que servir toutes les femmes, qui ont tant besoin de modèles positifs auxquels se référer. Les changements se font à petits pas et les Chiennes de Garde espèrent fermement que leurs actions aboutiront à un réel bouleversement des mentalités, pour dépasser l'effet médiatique qu'elles ont suscité par leur énergie. Références http://www.chiennesdegarde.org/ Notes (1) [Martine Aubry a saisi les Chiennes de Garde, pour avoir été traitée de "brute", dans un jeu de mots basé sur le titre du film "le bon, la brute et le truand". Les Chiennes ont estimé que "brute" n'était pas une injure sexiste et qu'elle aurait aussi bien pu s'adresser à un homme politique. Les Chiennes sont intervenues auprès de Catherine Trautmann, alors Ministre de la Culture, pour que Marie-Josée Roig, maire RPR d'Avignon n'ait plus à travailler en collaboration avec l'un des conseillers ministériels qui avait participé à une bande dessinée ignoble salissant la maire. Nicole Abar, entraîneuse d'une équipe de foot féminine, a été traitée publiquement de "brouteuse de gazon" par le maire du Plessis-Robinson.] (2) [en novembre, deux femmes ont été interdites d'accès au Fouquet's, une brasserie parisienne, parce qu'elles n'étaient "pas accompagnées", en vertu d'un panonceau indiquant "Les dames seules ne sont pas admises au bar ". Les Chiennes ont demandé au directeur du Fouquet's de présenter des excuses publiques à ces deux femmes ainsi qu'au réseau des Chiennes de Garde qui les soutient et de prendre l'engagement de cesser désormais toute pratique discriminatoire de ce type et d'apposer sous le panonceau une mention indiquant "qu'il s'agit d'un souvenir historique, non valable de nos jours". La médiatisation de l'affaire, les manifestations devant le Fouquet's et l'obstination des Chiennes a abouti puisqu'au 8 mars 2000 la propriétaire a présenté les excuses de l'établissement et a invité les Chiennes à fêter la journée des femmes lors d'un cocktail au Fouquet's.] (3) Voir détails dans le chapitre actions/publications sur le site des Chiennes. (4) José Bové : figure emblématique de la lutte contre la "mal-bouffe" et cofondateur de la Confédération paysanne ; co- auteur de Le Monde n'est pas une marchandise : des paysans contre la malbouffe, entretiens avec Gilles Luneau, La Découverte, 2000 ; Marie-France Hirigoyen, Le Harcèlement moral, Pocket 2000 ; Viviane Forrester, L'Horreur économique LGF, 1999 et la suite Une étrange dictature, Fayard, 2000. (5) Florence Montreynaud, co-fondatrice avec Isabelle Alonso, des Chiennes de Garde, auteure du XXe siècle des femmes, Nathan, 1999. |
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