La vague,



Mathilde s'assoit face à la mer et voit une vague se lever au loin, grandir, s'approcher, changer de forme et de couleur, s'enrouler sur elle-même, se rompre, s'évanouir, refluer. Mais aussitôt son regard se porte sur la suivante, identique et différente des flux divers qui interfèrent, force et direction… hauteur et creux… vents et courants… flux et reflux …
Aucune ne semble semblable à la précédente, ni à la suivante mais peut-être peut-on définir des séquences… Une semblable parmi tant d'autres… La vague s'avance, de plus en plus ronde mais la crête ne blanchit pas à la même hauteur…

Une certaine langueur et un malaise envahissent Mathilde, sans doute étourdie des rondeurs de la vague… Les nerfs à fleur de peau de renoncer à la logique rassurante.
Elle se lève et marche dans le sable encore mouillé de l'écume qui se retire.
La plage est bondée du soleil de l'été, les draps de bain jouent à touche-touche à l'infini formant un tapis en patchwork sur le sable fin imaginé.
L'esprit de Mathilde n'est pas en paix, ce n'est pas une rêveuse, il lui faut comprendre, réfléchir pour ne pas être vide et le simple mouvement de son corps n'y suffit pas. Elle devient boudeuse… quand tout à coup son regard se porte sur une poitrine baignée de soleil.
Elle s'arrête, le regard fixe sur la rondeur dorée de la peau avec l'auréole brune du téton, le sein gauche, non le droit… le gauche semble plus galbé offert à l'envie, le droit peut-être un peu plus terne, inhibé par le voisinage…
Sont-ils tous différents ? Esthétisme, symbole…Regard, prise en main, mise en bouche… Elle continue sa promenade, observe attentivement tous les seins nus, sans profondeur de champ pour la mer et les vagues, le sable et les pins odorants, juste un petit rectangle de poitrine où Mathilde cherche une logique, une cohérence à tous ces seins vus, comme des vagues sans fin dessinées, à l'infini toujours différents.
Le soleil commence à être moins chaud, tranquillement il va vers son bain du soir et Mathilde s'ébroue, la fraîcheur lui fait du bien mais elle est insatisfaite et ne trouvera au fond pas de repos sur cette plage.

Toutes ses copines se moquent toujours d'elle et la traitent de mateuse. Franchement, c'est pas ça, elle ne cherche aucun désir, ni une âme charitable et bienveillante, non. Mais personne ne veut la croire quand elle dit juste qu'elle réfléchit à donner une logique à chaque phénomène, un rythme sinusoïdal à chaque chose, une cohérence interne à la nature, une raison au déraisonnable.
D'ailleurs, ça n'existe pas le non-raisonnable, et l'émotion de la beauté de la vague, ça n'existe pas, quant à être touchée par la beauté d'un sein désirable accrochée à sa propriétaire… Non mais, ridicule, se dit-elle…

Dépitée, Mathilde s'étend sur sa serviette, reprend son livre… le pose… pose aussi sa tête sur le doux du velouté… pose sa main sur la peau toute chaude allongée près d'elle, une peau dorée en courbe de monts et merveilles. Les doigts effleurent les différents reliefs si doux si tendres si… oui, bien sûr elle le sent… la vague qui gonfle, avance, disparaît pour mieux s'amplifier, la vague qui envahit tout, la vague qui déferle et éclabousse tout.
Mathilde a beau tout ranger en case, se défendre mathématiquement dans l'observation la plus méthodique, elle se sent désarmée de la vague de la jouissance de ce corps-là…
Elle se laisse enfin aller à caresser ce corps et suit le lent mouvement du rythme de la vague en elle…



Françoise


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