Un peu de tenue, voyons !



Début du mois de juin, les premiers rayons du soleil qui commencent à nous réchauffer la couenne, les couleurs qui s’épanouissent dans la lumière… Ça vous fait penser à quoi ?
A la marche des Fiertés bien sur (nan nan pas le club med !!!)


On s’y prépare plus ou moins longtemps à l’avance selon son investissement militant personnel, ou associatif, ou politique ou tout simplement festif. Oui, il y a aussi un investissement commercial, je sais, mais dans notre monde libéral et mercantile vous connaissez une grande manifestation qui ne soit pas, peu ou prou, récupérée par les marchands du temple ?

Et comme tous les ans, pendant tout le mois de juin, on va entendre les sempiternelles polémiques qui refont surface. Outre cette fameuse récupération commerciale, on reproche aussi à la marche de donner lieu à tout un tas de débordements et de démonstrations provocantes jugés « inappropriés » et ensuite mises en avant dans les médias. Et puis aussi d’être récupérée par les politiques à des fins purement électorales. Et puis de ne pas être assez revendicative, ou trop (c’est selon). Et puis aussi de ne servir à rien, parce que ce n’est pas en un défilé qu’on va faire changer les mentalités… etc etc.


Sans avoir ici la prétention d’être la porte parole des organisateurs/trices passé(e)s et actuel(le)s de cette marche des Fiertés LGBT, et sans vouloir m’exprimer à la place des autres participant(e)s, je voudrais juste vous faire partager ce que j’ai vu ou ressenti à l’occasion de certaines de ces marches.

A la première marche organisée dans une petite ville de province, Rennes, vu le grand nombre de réticences au sein même des associations organisatrices, il avait été décidé de mettre à disposition des participants des masques leur permettant de ne pas être reconnus par des collègues, des parents etc. Quel intérêt me direz vous de participer à une marche de Fierté, pour la visibilité, en étant masqué ? Pas évident à défendre en effet. Mais il y a eu au cours de cette marche où nous étions il est vrai peu nombreux, pas loin de 10 à 15 % de masques. Chose étrange, pendant cette même manifestation, certains visages se sont découverts. La chaleur était peut être plus forte que la peur. Ou tout simplement, constatant l’absence d’hostilité de la part des badauds ou par simple émulation, un sentiment de sécurité, de confiance, voire de fierté a pu voir le jour. La crainte et la honte ont reculé. L’année suivante, les masques étaient encore disponibles, mais très peu ont servi. Ils ont disparu complètement des marches suivantes.


Il est clair que ce n’est pas en une journée de marche que tout va changer, que tout le monde va sortir du placard où l’on s’enferme parfois tout seul, mais cela peut dans certains cas être un déclic, et permettre aux isolé(e)s, aux enfermé(e)s, de voir qu’il est possible de respirer librement en étant soi-même.

La Fierté dont il est question dans ces marches c’est bien celle là. Il ne s’agit pas d’être fiers d’être différents en regardant les autres de haut comme un troupeau de moutons méprisables. Non. Il s’agit plutôt de la fierté qui est l’absence de honte. Car enfin combien se sentent encore obligé(e)s de cacher leur différence, pourquoi tant de questions face au « coming-out », combien de gestes retenus en public… Et quel meilleur moyen qu’une grande fête de la visibilité pour se sentir poussé, au moins une fois par an, vers plus de liberté « d’être ».

Une grande fête c’est plein de musique et de couleurs, c’est joyeux, ça donne envie de rire et de chanter. Certains y font des folies de leur corps, comme dans toutes les grandes fêtes, non ? Peut-être pas au JMJ, je vous le concède, ou alors pas le même genre de folies… mais regardez autour de vous, les grands concerts, les festivals, les match de foot (mauvais exemple ?), le 14 juillet, la fête de la musique, le mariage de votre cousin… il y a toujours des excentriques excessifs avec lesquels on ne voudrait peut être pas être confondus. Pourtant ils sont bien là aussi. Seule différence, qui peut être de taille, on ne les voit pas à la télé ! Mais regardez le cortège, et vous verrez que le nombre de participants simplement en costume « de ville » est bien plus nombreux.


Et puis nous sommes là pour revendiquer, avant tout, le droit à « être nous même », alors si ce garçon se sent lui-même en drag-queen, ou cette fille en drag-king (tiens, Word connaît drag-queen mais pas drag-king), si ceux là ont envie de se tenir en laisse parce que c’est ainsi qu’ils conçoivent leur relation et que sais-je encore comme démonstration de différence, c’est bien l’occasion de le vivre au grand jour. Tout ça ne me dérange pas. Personnellement, je ne considère pas Ma différence comme plus valide que la leur.

C’est de la provocation ? Oui, sans doute ! Et alors ? Qui est-ce que ça provoque ? Ceux qui de toute façon rejettent toute différence ? Pour ceux là, pour les Boutin et consorts, le fait même que nous disions notre existence est condamnable. Alors la forme du défilé importe peu. Même sous une forme, bien sage, bien policée, toute manifestation LGBT constituerait une provocation. Il ne faut pas oublier que ce pour quoi on manifeste c’est avant tout pour un mode de vie et d’amour plus libre, qui permette à chacun(e) de vivre toute sa vie, y compris sa sexualité sans avoir à se cacher. Alors je ne vois rien de choquant à ce que la sexualité soit largement visible dans ce défilé, au même titre que les couples qui marchent sagement en se tenant par la main, accompagnés par leurs enfants. Au pire, je peux parfois trouver que certains en font un peu trop et penser à la chanson de Brel – Les bourgeois (paroles).

La marche des Fiertés, c’est tout ça pour moi. Et c’est déjà beaucoup ! Et plus on est nombreux à y participer, y compris les hétéros venus faire la fête au milieu de gens différents d’eux, plus c’est efficace pour notre visibilité vis-à-vis de tous. En plus, il y a tous les slogans, toutes les expressions, tous les groupes qui vont combattre l’isolement. Prenez simplement le temps de laisser passer le cortège devant vous, regardez les pancartes, les banderoles, les t-shirts. Toutes les revendications pour lesquelles certain(e)s se battent toute l’année sont là. Pour ça aussi j’aime cette marche, parce qu’elle me montre que le militantisme est vivant, qu’il bouge toujours, partout, dans plein de directions.


Alors oui ! Cette année encore j’irai marcher dans les rues de Rennes et de Paris, et crier des slogans, et danser et chanter sur des musiques débiles, avec des tas de gens qui ne me ressemblent pas mais qui souhaitent comme moi être libres et respectés


Mireille avec les idées de Carole et de Steph


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